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Italie | Tout est la faute des starchitectes ? (06-11-2013)

L'accusation lancée par Daniel Libeskind le 21 février 2013 contre les starchitectes et la moralité de leurs oeuvres à fait renaître la polémique quant à l'architecture, ses intentions et sa fonctionnalité. Dans ce contexte, Giacinto Di Pietrantonio rapporte, dans un article paru le 4 mai 2013 dans le journal en ligne italien Artribune, ses réflexions sur l'architecture contemporaine. 

Bâtiments Publics | Culture | Italie

Contexte
Lors d’un entretien publié en février 2013 dans le magazine britannique Architectural Journal, Daniel Libeskind a fortement critiqué ses confrères qui offrent leurs services aux «régimes totalitaires». «Je ne peux pas dissocier la géométrie de ceux qui l’ont commissionnée et de la moralité de ces états. […] Je préfère réaliser des oeuvres en me confrontant aux défis et aux difficultés de la démocratie plutôt que de travailler dans un système homogène», affirme-t-il. Les mots du starchitecte ont provoqué la fervente curiosité de la presse qui a promptement chassé les noms des possibles 'accusés' ; apparemment, Rem Koolhaas, Herzog et De Meuron, Massimiliano Fuksas et Vittorio Gregotti seraient en mire, notamment à cause de leurs projets en Chine.
Nombreux sont les architectes qui n'ont pas tardé à inculper eux mêmes l’accusateur. Mais plus que cette 'starwar', la question est autre : quels sont les principes moraux à respecter dans le cadre  d’une oeuvre architecturale?
«L’architecture ne travaille pas seule ; elle devrait être une partie du processus permettant d’aller vers un monde meilleur», assure Daniel Libeskind.
Construire pour un régime totalitaire échappe à la moralité, certes. Et dépasser les budgets prévus, gaspiller des millions ? N’est-ce pourtant pas là l’affaire de bien des grands projets contemporains ?
Enfin, imaginons. Et si les projets réalisés dans ces régimes totalitaires étaient un service rendu aux populations au-delà d’une simple courbette aveugle au pouvoir politique ?
Cela écrit, le symbole demeure. 
CG

CE N'EST PAS LA FAUTE DES STARCHITECTES
Giacinto Di Pietrantonio | Artribune

MILAN - L'attaque de Daniel Libeskind lancée contre les starchitectes semble avoir rouvert le débat sur la 'fonctionnalité' de l'architecture. Pilier de la modernité, ce sujet a été, pendant le postmodernisme, chargé d'autres intentions.

L'architecture, forme d'art symbolique, a eu, au fil du temps, la tâche de représenter époques et sociétés. En Egypte comme en Grèce, nous pouvons observer aujourd'hui encore des édifices témoignant de l'histoire de ces peuples.

02(@AleBovini)_S.jpgLa religion délimite l'espace de la société. Par exemple, l'Empire romain a été représenté par son architecture religieuse et civile. 

La chute de l'Empire a laissé place au Moyen-âge, période où la spiritualité de l'église chrétienne dominait. 

Lors de la sécularisation de la société, les différentes formes d'architecture se sont confrontées dans un même lieu, l'église faisant front au palais, l'évêque face au prince.

La révolution industrielle a porté quant elle une attention particulière quant à l'architecture des usines et des bâtiments annexes, enfin sur la ville dans sa totalité. 

Le complexe Crespi d'Adda* est l'une des tentatives visant à réaliser l'utopie socialiste-moderniste de la ville-usine comme lieu d'émancipation.

D'autres exemples d'expérimentations sociales, notamment Brasilia d'Oscar Niemeyer, reflètent l'exaltation du travail. La théorie marxiste a été abandonnée suite à la naissance de la société post-industrielle.

L'architecture est, depuis quarante ans, un instrument de représentation symbolique. De la société du travail, nous sommes arrivés à celle de la culture ; les musées sont devenus les lieux d'une nouvelle représentation architecturale.

03(@dalbera)_B.jpgSelon Mario Botta, «pendant le vingtième siècle, plus de cent musées ont été conçus et chaque architecte veut désormais créer un musée, au même titre que l'homme de l'art voulait ériger une cathédrale au Moyen-âge» et ce, sans s'arrêter évidemment de construire d'autres typologies de bâtiments.

Les musées, grâce à leurs architectures spectaculaires, ont surtout permis l'invention du mot 'starchitecte'. 

L'architecture a dès lors posé son attention sur la représentation des lieux de la société du spectacle, laquelle nécessite d'avoir des célébrités en toutes situations : starchitectes, chefstar etc.

Les starchitectes trouvent dans les programmes de musées le privilège de concevoir un espace fortement communicatif, symbolique et étonnant ; livrer un musée souvent correspond à devenir célèbre.

Les musées sont considérés comme les lieux où la plus totale liberté d'expression est permise, où la liberté du langage de l'art a contaminé celle de l'architecture.

Il est cependant surprenant que les artistes aient pu critiquer cette assomption de liberté des architectes en affirmant que les espaces créés n'étaient pas aptes à accueillir leurs oeuvres.

Cependant, ces lamentations ont été pour la plupart lancées avant la réalisation des musées. Par exemple, le Guggenheim de Bilbao est futuriste à l'extérieur et reste traditionnel à l'intérieur ; le MAXXI, quant à lui, est l'exemple opposé. Orthogonal à l'extérieur, il est dominé par les formes courbes à l'intérieur.

04(@hillman54)_S.jpgSi les musées peuvent être considérés comme non fonctionnels, ils peuvent toutefois inciter à commissionner des oeuvres 'ad hoc' et changer la perspective de l'art contemporain.

Les oeuvres pourraient ainsi défier leur contenant. A ce sujet, les Italiens sont des experts ; comme dit Luciano Fabro**«nous, artistes de l'Art Povera, sommes habitués à travailler dans n'importe quel environnement ; nous sommes donc capables de résoudre le rapport à l'architecture».

En Italie, les artistes travaillaient déjà aux côtés d'architectes qui acceptaient le défi de s'inscrire dans une construction existante. Le Bernin a inséré harmonieusement son baldaquin dans Saint-Pierre soixante-dix ans après l'achèvement par Michel-Ange de la coupole. Plutôt que 'starchitectes oui ou non ?', la question devrait se centrer sur l'architecture fonctionnelle et symbolique et sur la capacité des architectes à témoigner de leur époque.

Giacinto Di Pietrantonio | Artribune | Italie
04-05-2013
Adapté par : Caterina Grosso

* Le village Crespi d'Adda, non loin de Bergame, a été construit à la fin du XIXe siècle par la famille d'industriels Crespi. Dans ce 'village du travail', chaque employé avait une maison et un jardin potager pour toute sa famille. Crespi d'Adda est inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial Protégé par l'Unesco
** Luciano Fabro (Turin 1936, Milan 2007), était un artiste italien associé au mouvement de l'Arte Povera

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