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Chine | Macao-Paris, même combat au pays de la cacophonie ? (23-10-2013)

Promouvoir une mise en scène de l'urbanisme, rompre avec un amoncellement de normes, encourager des horaires de travail aménagés... comptent parmi les propositions de l'architecte Francisco Vizeu Pinheiro, lequel observe avec désoeuvrement la situation administrative cacophonique de Macao. Le 21 janvier 2013, Luciana Leitão, journaliste, propose dans le quotidien local Business Daily un long entretien avec l'homme de l'art.

Urbanisme et aménagement du territoire | Chine | Francisco Vizeu Pinheiro

UN IMPORTANT ARCHITECTE APPELLE A PLUS D'ATTENTION VIS-A-VIS DE L'URBANISME
Luciana Leitão | Business Daily

MACAO - L'urbanisme à Macao est entravé par l'absence d'un département gouvernemental pour superviser le développement de la ville, assure Francisco Vizeu Pinheiro, architecte et urbaniste.

Francisco Vizeu Pinheiro a publié plusieurs articles sur l'urbanisme et les principes écologiques. Il explique à Business Daily qu'il est difficile de coordonner un plan d'urbanisme avec plusieurs départements en charge du développement de la ville.

Il est critique vis-à-vis de ce qu'il nomme des «décisions précipitées» prises par le gouvernement comme, par exemple, la décision de construire un ensemble de logements sociaux à Coloane. Francisco Vizeu Pinheiro affirme que le gouvernement devrait améliorer la communication entre ses services et le secteur privé.

02(@toehk).jpgLuciana Leitão : Comment évaluez-vous l'action du gouvernement quant à l'urbanisme ?

Francisco Vizeu Pinheiro : En regard de la législation de Macao, chaque service administratif est autonome ; la tendance est à la fragmentation et à l'isolation de chacun de ces services. 

Nous avons connu beaucoup de fragmentation de par le passé : le bureau du développement des infrastructures a été divisé en deux afin de créer le bureau pour les infrastructures de transports, principalement en vue de superviser la construction du Light Rapid Transit [un métro aérien]. Nous avons aussi vu la création du bureau des transports, lequel dépend du bureau des transports et travaux publics. Il y a eu aussi la création du bureau de la protection environnemental. Il y a donc nombre de services et, du fait de la nature des lois de Macao, aucun ne se justifie auprès des autres.

De l'autre côté du spectre, il y a Singapour, une référence pour les plus grandes villes d'Asie. Ils ont une Autorité pour le Redéveloppement Urbain (URA) qui coordonne tous les services et qui interagit avec le secteur privé. L'URA met en oeuvre le plan directeur de la ville. Ils savent ainsi ce qu'ils veulent pour la ville dans les 20 ans à venir. Il y a quelques années, c'était une ville-jardin mais maintenant c'est une ville dans un jardin. Les politiciens suivent ainsi le plan pour la ville. Et sans surprise, Singapour a changé ces dix dernières années et d'une ville sans intérêt et particulièrement ennuyante, elle est devenue l'une des villes les plus prospères et dynamiques d'Asie. Ils ont fait le pari de la qualité.

A Macao, nous allons souvent vers l'option la moins onéreuse. Dès qu'il y a une offre, nous choisissons la plus 'cheap'. Ce qui signifie que nous ne choisissons pas la qualité. C'est une question de vision et de planification.

03(@smagdali)_B.jpgAvez-vous noté des signes d'amélioration et de récents changements ?

Il y a eu des changements mais partiels. Par exemple, de nombreux arbres ont été plantés en ville et des jardins ont été créés. Ceux qui visitent la ville en parlent. Mais dans des quartiers qui requièrent la coopération entre différents services administratifs, cela n'arrive pas.

L'un des problèmes de Macao est la dégradation du trafic, pas seulement à cause des ponts et du réseau viaire mais aussi à cause des espaces publics et des zones résidentielles. Nous ne pouvons pas avoir des voitures dans toutes les rues. Si nous voulons avoir des sites historiques plaisants, nous devons réduire la présence des voitures et créer des zones piétonnes et vertes. Pour cela, vous avez besoin que différents services définissent ces aires comme non-automobiles.

Nous avons aussi besoin que ces services limitent la hauteur des constructions et la densité. La ville a besoin de ses services administratifs non pour se consulter les uns les autres mais pour planifier et ce, ensemble. Si cela n'arrive pas, nous aboutissons au système le plus handicapé du monde.

04(@littleyiye).jpgLa ville doit-elle avoir un département pour coordonner tous ses services ?

Nous devrions avoir une commission ou un autre département pour coordonner l'ensemble des services. Nous avons aussi besoin d'une vision claire pour la ville. Que voulons-nous pour Macao dans vingt ans ? Nous prenons le risque de prendre des décisions à l'emporte-pièce pour résoudre les problèmes. Les pires décisions sont prises dans l'urgence.

Je vais vous donner un exemple : l'ensemble de logements sociaux à Coloane. Il y a deux ans, la décision avait été prise de transformer Coloane en espace vert mais, soudainement, en lieu et place ont été créées des centaines de constructions de mauvaise qualité sans aucun plan d'aménagement.

Le plus grand problème est-il le manque de coordination entre les différents services ?

Il y a nombre de solutions mais nous avons avant tout besoin d'une bonne gestion de la ville. Ceci pourrait résoudre bien des problèmes non seulement entre les services administratifs eux-mêmes, mais aussi entre le gouvernement et le secteur privé.

Je vous donne un exemple : à Fisherman's Wharf, plus de 60% des magasins sont fermés. Tout pourrait s'améliorer s'il y avait une coopération entre le gouvernement et les différentes entreprises. Autre exemple : depuis l'hydroptère, nous pourrions avoir un bord de mer avec de beaux arbres, un espace pour faire du vélo ou du jogging, et ainsi passer devant le Fisherman's Wharf, le Musée des Sciences, la statue Kun Iam et les lacs. Autre exemple encore : l'usine de feux d'artifice de Taipa. C'est un lieu fantastique. Cela pourrait devenir le parc central de Taipa. Il y a assez d'arbres pour verdir le site et valoriser le patrimoine. Cela pourrait même attirer les gens jusqu'au village de Taipa.

05(@RollerCoasterPhilosophy)_S.jpgLe manque de communication est-il au sein même du gouvernement ou bien avec les institutions privées et publiques ?

Chaque service administratif à différents secrétaires ; ils n'ont aucunement besoin de se justifier auprès des autres. Ce qui est dommageable est le manque de coordination et de coopérations entre techniciens.

Il y a aussi une faible participation des universités ; Hong Kong et Singapour en tirent, quant à elles, des bénéfices.

Autre lacune, l'absence d'une chaîne de communication à Macao ou d'une interface entre les citoyens et les planificateurs. Il devrait y avoir une interface permettant à chacun de pouvoir exprimer leurs idées. Ces propositions pourraient être introduites par une mise en scène de l'urbanisme et ainsi nous pourrions dire que l'aménagement est fait pour Macao par ses habitants.

Macao est pour l'heure en train de discuter des lois portant sur le plan d'urbanisme et sur la protection du patrimoine. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

Plus qu'un plan directeur, nous avons besoin d'un directeur pour le plan. Sans cela, les plans les plus beaux seront les plus inutiles. La planification dans les systèmes britannique et américain est faite selon des directives simples et non pas selon un amoncellement de normes. Plus nous aurons de normes, plus nous serons restreints.

Par exemple, le plan pour la zone NAPE et les lacs contient plus de 200 pages. Grosso modo, ceux qui mettent en oeuvre le plan, les architectes, ont peu de liberté. Les directives ne devraient dire que le plus important : un nombre d'arbres ou une bonne ventilation. Restons simples.

D'habitude, la planification à Macao requiert un nombre incroyable de législateurs faisant des lois ; elle a toutefois un faible impact sur l'espace. Les universitaires ou les personnes proches du monde de la construction ne sont, quant à elles, consultées qu'après coup ; ils ne font jamais partie du processus de réalisation.

Nous avons pourtant besoin de connaître l'impact environnemental des projets. Jusqu'à présent, je ne vois aucune analyse de l'impact environnemental du métro aérien sur le lac Nam Van. En parlant du lac, il y a un centre nautique dirigé par le Bureau du Développement du Sport mais le reste du lac n'est pas exploité. Les magasins sont fermés, notamment à cause d'un mur qui les sépare de l'eau. C'est inutile d'aller à cet endroit avec un tel mur. Tout cela pourrait être corrigé ; le lieu n'en serait que plus agréable.

06(@wiredtouristcom).jpgLe trafic est l'une des préoccupations majeures de la population. Le métro aérien résoudra-t-il ce problème ?

En 2007, nous préconisions un modèle différent, souterrain, mais certains ont affirmé cela impossible. Nous avons donc privilégié un monorail dont l'empreinte spatiale est plus petite, alors que le métro aérien oblige à la création d'importants viaducs à travers la ville. Beaucoup de villes comme New York ou Chicago détruisent leurs métros aériens mais Macao, elle, en construit un. Bien sûr, cela améliorera les conditions de circulation et le nombre de bus faisant le tour des casinos diminuera puisque le métro est principalement fait pour relier les casinos. Le métro aérien ne résoudra toutefois pas tous les problèmes.

Nous pourrions avoir, par exemple, un bon réseau de bus électriques pour rompre avec la pollution. Ces bus pourraient bénéficier de couloirs appropriés. Le nombre de voitures pourrait être également contrôlé parce qu'un jour nous n'aurons pas assez d'espace pour loger toutes les voitures que les gens sont en train d'acheter. Macao est si petite qu'il serait facile d'avoir des voitures électriques. Nous pourrions convertir les taxis à l'électricité. C'est une question de volonté et puis, d'action.

07(@TwangDunga).jpgLe gouvernement a, ces dernières années, fait quelques ajustements quant au réseau viaire. N'était-ce pas dans le bon sens ?

Il y a eu une consultation mais je n'ai, à ce sujet, aucune remarque à faire. Il y a eu quelques améliorations mais il n'y a pas eu de grands changements. Il vaut mieux commencer tard que jamais.

De nombreuses résolutions pourraient être prises. Pour alléger le stress par exemple, des horaires de travail flexibles pourraient être permises. Pourquoi tous les fonctionnaires devraient-ils travailler à partir de 9h00 ? Pour les services d'accueil du public, soit, mais les autres pourraient arriver à 10h00 et partir plus tard. Cela pourrait éviter bien des embouteillages aux heures de pointe.

Macao grandit économiquement très rapidement mais les citoyens se plaignent d'une qualité de vie allant se détériorant. Etes-vous d'accord ?

Complètement d'accord. Nous avons davantage de pollution, la conception des appartements est bien pire qu'avant, les espaces se réduisent. Une maison n'est plus qu'un espace pour dormir. Or, c'est un lieu d'épanouissement et de plaisir.

Il est également important que Macao coordonne son action avec les régions alentours. A cause de son développement, Macao est en train de détruire son patrimoine et ses jardins. Il fait sens de construire en-dehors de la ville comme sur les îles Hengqin par exemple. C'est une question de négociation, mais je pense que sur le long terme, la qualité de vie s'améliorera.

Luciana Leitão | Business Daily | Macao
21-01-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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