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Opinion | Salk Institute ou l'Odyssée du profane (04-09-2013)

La première publication Standard du Courrier sonne le glas des vacances. Heureusement, il est des lots de consolation, telle cette carte postale signée Donatien Frobert, qui a découvert cet été le Salk Institute for Biological Studies, construit par Louis Kahn à San Diego (Etats-Unis) en 1962-1963. Un incontournable monolithe chargé de sens.

Education | Etats-Unis | Louis Kahn

Contexte
Le Salk Institute for Biological Studies (Institut Salk pour les études biologiques) est un institut de recherches scientifiques localisé à La Jolla, en Californie, et fondé en 1960 par Jonas Salk, le scientifique ayant mis au point le premier vaccin contre la poliomyélite.
Employant près de 850 chercheurs, cet établissement est spécialisé en bio-médecine, biologie moléculaire, génétique et neurosciences. Outre l’institut, différents bâtiments composent un campus construit par l’architecte Louis Kahn entre 1962 et 1963 dans le style brutaliste. L’ensemble d’origine fut désigné 'monument historique' en 1991.
Selon le site Internet de l’Institut, «la création de Kahn consiste en deux entités symétriques cernant une vaste cour. Chaque bâtiment compte six étages. Trois niveaux accueillent les laboratoires et les trois niveaux supérieurs abritent des services. (...) Au total, compter vingt-neuf structures liées les unes aux autres pour former l’Institut.
A noter : l’intérêt de l’architecte pour la lumière naturelle. En réponse à la demande de Salk de fournir un environnement accueillant et inspirant pour la recherche, Kahn a empli les laboratoires de lumière du jour.
(...) Des règles de zoning locale contraignant la hauteur des bâtiments, elles impliquaient de construire deux niveaux en sous-sol. Cela n’a pas, toutefois, empêché l’architecte de faire entrer la lumière naturelle dans le bâtiment. Pour ce faire, il a conçu une série de puits de douze mètres de long et de sept mètres de large des deux côtés de chaque bâtiment afin d’acheminer la lumière jusqu’aux niveaux inférieurs.
(...) Un autre défi consistait à utiliser des matériaux qui résisteraient des générations durant avec un minimum d’entretien. D’où le choix de béton, verre, teck et acier. Les murs en béton coulé sur place fondent la première impression des visiteurs. Kahn est d’ailleurs remonté à l’époque romaine pour redécouvrir les qualités imperméables du béton. Une fois le béton coulé, il n’a voulu d’aucune finition - ni remplissage, ni lissage, et surtout aucune peinture -. (...) L’aspect extérieur du bâtiment ressemble donc aujourd’hui pour l’essentiel à ce qu’il était dans les années 1960».
EB

02(@Donatien Frobert)_S.JPG Salk Institute (San Diego) ou Khéops regardant le Pacifique

En route vers la West Coast, j’ai suivi le conseil d’un connaisseur : n’aller sous aucun prétexte à San Diego sans passer admirer le 'Salk Institute for Biological Research' conçu par Louis Kahn. Selon certains, il vaut à lui seul le billet d’avion pour la Californie.

Dire que le Salk Institute est lové dans un écrin de nature est un euphémisme : entouré de verdure et de massifs fleuris, à flanc de falaises mouillées par les eaux turquoise du Pacifique, c’est après une route côtière sinueuse, à La Jolla, qu’il surgit.

Intimidant, austère, le bâtiment impressionne par ses énormes volumes de béton brut. Est-ce un monument ? Un temple dévolu à une quelconque divinité du 'concrete' (béton, ndlr.) ?

Parmi les premières impressions : celle d’avoir déjà vu des mausolées moins lugubres que cet édifice cyclopéen. Cependant, il faut reconnaître aux symétries, aux rythmes des trames, aux volumes qui se répètent, une harmonie certaine dans la monumentalité. Les rayons du soleil sur les faces des volumes créent un jeu d’ombres renforçant les lignes de fuite.

03(@Donatien Frobert)_S.JPG Ma visite se cantonna aux abords de l’Institut, fermé ce jour-là. Naïvement, j’imaginai, comme c’est le cas de nombre d’ouvrages contemporains, que la simplicité des espaces extérieurs était compensée par des espaces intérieurs fonctionnels, lumineux, facilitant le dialogue entre chercheurs...

Las ! Je lus plus tard que les principes qui avaient présidé à la composition des espaces intérieurs «ne fonctionnaient pas comme prévu dans la pratique».

En fin de compte, lorsque je m’interrogeai sur ce qui différenciait cet ouvrage incontournable de l’architecture du XXe siècle d’un banal pâté de béton tel qu’il en fleurit des myriades dans les décennies suivantes, les arguments se firent courts. Ce fut le premier ? Le droit d’aînesse est un argument un peu faible... Fonctionnel ? Apparemment non, malgré des théories 'en béton'.

04(@Donatien Frobert).JPG La symétrie, la ligne claire, le brutalisme, révélateur par contraste de la nature environnante : ces qualités ne semblent pas en faire un bâtiment si différent du campus universitaire qui se situe de l’autre côté de la route.

Cependant, en plus de son élégante sobriété, il est possible d’apprécier le Salk Institute pour ce frisson qu’il procure consistant à deviner, sous la simplicité du trait, une foule de symboles muets et de références cachées aux profanes.

Convoquons  Baudelaire : «C’est une pyramide, un immense caveau (...)».

Autrement dit, nous autres non-architectes pouvons appréhender le Salk Institute comme l’Homme craint le monolithe dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

Donatien Frobert

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