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Visite | Le fond, la forme, l'ornement : la triade Parreira (04-09-2013)

Deux longères, de l’ardoise, du cuivre. Le parti est simple, les matériaux nobles. Pour éviter l’ennui ou la monotonie d’un archétype, un léger «twist». L’espace culturel de Gournay-en-Bray (76) se déhanche pour mieux séduire. Livré en 2012, inauguré en 2013, le nouvel équipement conçu par Vincent Parreira mêle fond, forme et ornement.

Culture | Cuivre | Seine-Maritime | Vincent Parreira

L’autocar traine les journalistes sur les petites routes de Normandie. Le printemps est encore pluvieux. Aux banlieues grises de la capitale succèdent le bocage verdoyant du Vexin. En route, l’architecte séduit son auditoire.

A Gournay-en-Bray, quelques constructions remarquables détournent les regards. Une grand’ rue puis un signal, une construction de cuivre et quelques lettres rouges : L’ATELIER. Arrêt du véhicule, tout le monde descend.

02(@LucBoegly)_S.jpg«Il y avait ici une ancienne usine textile qui a fait vivre de nombreux Gournaisiens. L’entreprise familiale a fermé laissant derrière elle un bâtiment s’étalant sur l’ensemble du terrain», explique Vincent Parreira.

La parcelle nettoyée de ses laborieux vestiges laisse désormais place à un espace culturel comptant médiathèque et maison des associations. Depuis la rue, une dent creuse signale l’ouvrage. «Nous ne voulions pas construire dans l’alignement».

Au centre du terrain, l’équipement ne s’offre dès lors pas immédiatement au regard, du moins depuis l’axe principal de Gournay. «Nous voulions offrir le temps de la distance pour ne pas rentrer immédiatement. La marche assure une transition», souligne l’architecte. De l’expérience, donc.

Voisin, un ancien couvent semble dicter le parti à adopter. La masse de la bâtisse au toit à double pente impose sa présence. «Archétype», le mot n’a de cesse d’être répété. «L’archétype est une belle architecture contemporaine», assure Vincent Parreira.

«Il s’agit là d’un sujet récurrent pour l’agence mais certainement pas d’un but recherché», confie-t-il.

«Dix logements pour la RIVP, un espace jeune dans le XVIIIe arrondissement de Paris et cet équipement sont trois projets forts que nous livrons cette année. Tous trois présentent cette même cacophonie et pour chacun d’entre eux nous avons fait montre d’expérimentations, notamment en utilisant des matériaux nobles», poursuit-il.

03(@LucBoegly)_S.jpgLa matière, certes, mais avant tout la forme. Ici, deux longères déhanchées dont l’une s’inscrit dans la continuité visuelle du pignon du couvent.

«Nous voulions sortir de la monotonie de la longère, nous inscrire dans un enchevêtrement de châssis et de toitures», précise l’architecte.

L’entrée s’opère via un vaste espace de liaison vitré entre les deux entités. La signalétique mêle les typographies et détonne quelque peu, autant que portes et passages aux contours arrondis sans ni lien ni écho avec une construction jusqu’alors caractérisée par un jeu des lignes brisées.

Médiathèque. Ecrit en gros. En grand. Façon Roger Excoffon, 1950. Les volumes sont généreux, ici comme ailleurs. D’aucuns respirent.

«Les espaces intérieurs sont surdimensionnés comme dans les combles d’un château. Nous voulions mettre les usagers dans une volumétrie autre que celle qu’ils pratiquent quotidiennement chez eux», précise l’architecte.

A l’opposé des salles de lecture, une salle de répétition de danse offre une hauteur sous plafond considérable, du moins, inattendue. «L’édifice est plus cher que si nous avions réalisé un simple toit terrasse. Mais voilà toute la problématique de l’espace et de l’émotion», indique Vincent Parreira. L’effet opère et les journalistes n’ont de cesse de s’émerveiller sur les volumes.

05(@LucBoegly)_S.jpgA l’étage, l’école de musique. Même sensation, autre interrogation. Forme et fonction ? Les espaces semblent parfois résiduels et, in fine, l’impression que le programme s’immisce dans la forme plus qu’il ne la façonne. Le prix de l’émotion, sans aucun doute.

A la blancheur de l’intérieur s’oppose les atours sombres de l’extérieur. Cuivre et ardoise habillent les façades de l’équipement. «La matière parle davantage que la couleur», assure Vincent Parreira.

«Il ne s’agissait pas d’un habitat. Aussi, nous voulions assurer à l’édifice, par un matériau noble, l’identité d’un équipement public», dit-il.

Le projet n’a pas été sans évolution. Les premières esquisses prévoyaient une enveloppe en polycarbonate puis une cote de maille en ardoise «façon Paco Rabanne». Aujourd’hui, finalement, la construction mêle ardoise et cuivre dans une unité somme toute séduisante. A l’indigo de l’un s’oppose le marron de l’autre. Et à l’avenir, le vert ?

A l’interrogation de son interlocuteur, Vincent Parreira répond ipso facto : «j’espère que ça va jurer !». Et l’architecte d’expliquer le cuivre en regard du grand paysage, notamment le vert tendre des pelouses et des moutons de verdure.

A Gournay-en-Bray, l’ornement, la forme et le fond forment la triade d’un projet qui, par la faconde de l’homme de l’art, prend tout son sens.

Jean-Philippe Hugron

04(@LucBoegly).jpgFiche technique

Nom de code : CULT | L’ATELIER | 44 avenue du Général Leclerc | 76220 Gournay-en-Bray
Espace culturel comprenant une médiathèque et une Maison des associations (Mac)
Maître d’ouvrage : Ville de Gournay-en-Bray (76)
Maître d’oeuvre : AAVP Architecture mandataire : Vincent Parreira, Marie Brodin, chef de projet
Surface : 2.545m² SHON / 7.700m² superficie terrain
Coût : 5.790.000€ HT
Calendrier : Production mai 2013 / Etudes septembre 2007 / Réception décembre 2011 / Concours décembre 2006

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