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Etats-Unis | A Denver, les prérogatives des architectes revues et corrigées par la crise (28-08-2013)

Ici ou ailleurs, la crise économique a imposé aux architectes de revoir leurs ambitions à la baisse. Ailleurs, à Denver, elle a surtout modifié leurs impératifs. Optimisme anglo-saxon versus pessimisme francophone ? En tout cas, dans un article publié le 20 juin 2013 dans The Denver Post, Ray Mark Rinaldi estime que les architectes locaux sont désormais plus attentifs à la dimension citoyenne de leurs projets.  

Urbanisme et aménagement du territoire | Etats-Unis

L’ARCHITECTURE EST DE NOUVEAU EN ACTIVITE MAIS LA RECESSION A CHANGE LA DONNE
Ray Mark Rinaldi | The Denver Post

DENVER - En regardant Denver ces jours-ci, il est facile de voir comment la récession a modifié l’environnement construit. La forêt de grues qui dominait le 'skyline' de Downtown il y a à peine quelques années - à l’époque où se construisaient l’immeuble regroupant les tribunaux du Colorado (the State Courts building), l’hôtel Four Seasons et le musée d’histoire du Colorado - se réduit aujourd’hui à quelques arbres.

Des choses continuent de se construire mais l’activité se concentre sur des appartements de faible hauteur à LoDo ou la réhabilitation de maisons à Stapleton. En lieu et place de nouveaux gratte-ciel, de vieux bâtiments reviennent à la vie, tel le nouvel hôtel Hilton, au croisement de la quinzième et de Welton street, judicieusement sorti de la coquille d’une ancienne tour de bureaux.

Pour les architectes qui ont conçu ces projets, la vie a été transformée, fondamentalement et sans doute pour toujours, par la récession.

Les agences touchées par une baisse de leurs revenus de 30 ou 40% durant les années difficiles disent que leur profession a appris à opérer de manière plus rapide, plus humble et plus frugale. Et elles construisent des bâtiments qui sont plus petits, plus intelligents et plus durables.

«Je pense que nos préoccupations ont changé», dit Kitty Yuen, un architecte de l’agence locale Burkett Design. «Nous ne parlons plus tant du prix d’un projet. Nous parlons plutôt de la façon de communiquer avec la communauté et du bien que nous faisons avec tel projet».

De tels sentiments paraissent altruistes et pourtant ils seront au coeur du congrès annuel de l’Institut américain des Architectes (American Institute of Architects National Convention) qui a lieu à Denver du 20 au 22 juin 2013. Le programme évite les thèmes habituels en faveur de discours 'allez-y' de la part de gourous de la motivation tel le philanthrope Blake Mycoskie, fondateur de Tom's Shoes, et de l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell.

02(@arwensouth).jpgLes 20.000 architectes qui assistent à cette rencontre y trouveront des réunions consacrées à l’aide à fournir lors de désastres naturels et des allocutions aux titres tel celui-ci : 'Concevez comme si c’était important' ('Design Like You Give a Damn').

Tout est destiné à aider les architectes à élaborer de nouveaux arguments pour une 'bonne architecture' ('good design') dans un nouveau cadre économique, où les clients demeurent précautionneux et les projets tendent à être réalisés selon leur prix.

Une grande tendance : l’efficacité énergétique. La récession a rendu l’économie de carburant à la mode, non pas grâce à des promoteurs ayant acquis un esprit écolo, mais parce que le pétrole est l’une des dépenses incontrôlables en ces jours difficiles. Ainsi, tout nouveau projet à Denver vantera autant les panneaux photovoltaïques sur son toit que les vues sur la montagne.

Une autre tendance est à la pépinière d’entreprises ('the multioffice office'), tel le complexe Galvanize au croisement de la dixième et Elaware street, où de petites sociétés partagent les frais de location d’un bâtiment. L’ancienne tour 'corporate', temple de la réussite des entreprises, n’a plus leurs préférences.

Les entreprises «dépensent de l’argent sur des bâtiments qui profitent aux gens qui y travaillent, pas sur de meilleures moquettes ou ce qui auparavant définissait la qualité d’un emploi», dit l’architecte Joe Poli, de Humphries Poli Architects.

A l’instar de nombreux architectes, Joe Poli pense que les choses ont évolué pour le meilleur. Les architectes ont amélioré leur usage de la technologie et sont désormais plus calés en marketing.

Une ville n’a pas besoin de bâtiments plus importants, même si ces constructions génèrent des emplois. Elle a besoin de meilleurs bâtiments et, selon les architectes, la récession aura peut-être cet effet sur Denver.

03(@Ishrona)_S.jpgTraumatisme persistant

Non pas que la profession soit moins endurante. D’ailleurs, les architectes travaillent davantage encore qu’auparavant et il y a une anxiété persistante parmi les chefs d’agence qui ont vu les profits se dissoudre et qui ont dû se séparer d’employés talentueux lors des longues périodes de vaches maigres. «Nous avions l’impression que le fruit de notre carrière pourrissait», dit Brian Klipp, dont l’agence a conçu parmi les meilleurs bâtiments de la région. Tous parlent ainsi.

Selon ses membres, l’index d’heures facturables établit par l’AIA a chuté tous les mois depuis janvier 2008 jusqu’à août dernier. Pour des agences locales telles Slaterpaull Architects, cela s’est traduit pendant un temps par des semaines de travail composées de quatre jours. D’autres agences, telle Anderson Hallas Architects à Golden, a simplement renvoyé des collaborateurs.

A la même époque, les clients négociaient pour obtenir des tarifs réduits et des échéanciers de construction fixes. Les architectes ont baissé leurs prix afin de conserver des collaborateurs et ils ont perdu de l’argent. Les agences d’envergure se sont lancées sur le marché des projets moyens et les agences moyennes ont à leur tour récupéré les projets minuscules.

«Alors qu’auparavant les réunions autour d’un nouveau projet réunissaient huit à dix architectes, nous sommes monté jusqu’à trente», dit Nan Anderson, d’Anderson Hallas. «Nous avions l’impression de faire partie d’un troupeau de bétail, ce qui était le cas».

Tout n’est pas qu’histoire qui finit mal. Aujourd’hui, les affaires vont si fort que l’agence d’Anderson vient d’embaucher quatre nouveaux collaborateurs. L'agence Klipp a réembauché tous ceux qu’elle avait congédiés et embauché sept nouveaux collaborateurs ce mois-ci. Enfin, Slaterpaull prévoit une croissance de revenus de 20% cette année.

Et la tendance vers de plus petits projets a nivelé le terrain de jeu de la profession. Il existe moins de projets nécessitant une main d’oeuvre conséquente, ce qui a permis de faire émerger une nouvelle génération d’architectes.

04(@LarryJohnson)_S.jpgNouvel environnement

L’agence Studio H:T est suffisamment confiante pour ouvrir un nouveau local à Denver. Sexton Lawton Architecture, qui fut fondée en 2007, vient de doubler ses effectifs avec quatre employés. Tres Birds, une autre petite agence, gagne parmi les projets les plus intéressants du marché.

Chacune de ces trois agences a beaucoup souffert durant la récession, mais le réel défi est la maîtrise de soi. «Nous sommes en train d’exploser mais c’est à double tranchant», dit Matthew Lawton. «En effet, nous avons appris à ne surtout rien refuser».

La reprise explique sans doute pourquoi les architectes perçoivent le côté positif de ces temps difficiles. Ils sont désormais davantage soucieux des coûts, disent-ils, plus ouverts aux nouvelles technologies et aux nouvelles idées. «Il ne s’agit pas de nier la douleur, car il y a eu beaucoup de douleur», dit l’architecte et professeur George Hoover, qui a fermé une agence durant les années difficiles mais qui est de nouveau très actif dans le cadre d’une nouvelle agence installée Downtown. «Mais une activité ralentie offre également l’occasion de réfléchir».

Le double impact de la crise est une idée largement répandue au sein de la profession. Les agences ont dû rester alertes durant la récession pour trouver du travail et cela signifiait améliorer le jeu technologique. Les clients en sont venus à attendre des rendus en 3D, qui sont devenus le standard pour des projets conséquents.

05(@JefferyTurner)_S.jpgMais de tels rendus sont chers à produire et les honoraires n’ont pas encore augmenté depuis «les jours super compétitifs», ainsi que le souligne Adele Willson, de chez Slaterpaull.

Et le rythme a changé. Promoteurs et acteurs publics se sont habitués à l’idée que les bâtiments se construisent non plus durant des années mais en quelques mois. «C’est devenu la nouvelle normalité», dit Adele Willson. «Nous avons appris à faire les choses plus rapidement».

Pour autant, personne ne pense que 'plus vite' signifie 'meilleur' en matière de conception. «La bonne architecture a besoin de temps pour être digérée, contemplée», dit Brian Klipp. «La contemplation est ce qu’il y a de plus important».

Brian Klipp tend vers le meilleur d’une carrière qui a commencé en 1979 mais il déplore la tendance à de plus petits projets car, selon lui, ils ne font pas évoluer la discussion civique.

Il y a dix ans, l’architecture était affaire de starchitectes médiatisés tels Frank Gehry et Michael Graves, mais ces concepteurs ont disparu de la culture populaire au fur et à mesure que les projets ont perdu en ampleur.

«Je ne pense pas que l’architecture est aussi publique ou qu’elle fait partie du dialogue public comme c’était le cas avant la récession», dit Brian Klipp.

Ray Mark Rinaldi | The Denver Post | Etats-Unis
20-06-2013
Adapté par : Emmanuelle Borne

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