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Entretien | Stéphane Fernandez privilégie la matière et «la recherche patiente» (20-06-2013)

Co-fondateur de l’atelier Fernandez & Serres, Stéphane Fernandez est par ailleurs enseignant titulaire à l’ENSA de Marseille au sein du département 'La Fabrique' depuis 2011. Dans ce cadre, il enseigne en second cycle et, notamment, avec les étudiants de quatrième année, l’atelier 'Matière sensible', où il procède à une inversion de la démarche du projet.  

Vie étudiante | ENSA Marseille | France | Stéphane Fernandez

Le Courrier de l’Architecte : A l’ENSA de Marseille, vous encadrez entre autres le travail des étudiants de cinquième année dans le cadre de leur PFE. Leur confiez-vous à l’occasion un site précis ?

Stéphane Fernandez : Oui, nous choisissons un territoire, un paysage doté d’une forte matérialité et d’une forte identité, par exemple le granit épais et rugueux de la vallée abrupte du Douro. Les étudiants choisissent un site sur ce territoire où ils élaborent leur propre programme. L’année dernière, nous avions travaillé sur Porto, au Portugal, cette année sur Gérone, en Espagne.

Procédez-vous ainsi dans le cadre de l’atelier de quatrième année ?

Non. En quatrième année, je dirige un atelier intitulé 'Matière sensible', où nous travaillons sur la matérialité à travers un exercice qui inverse la codification du projet. C’est-à-dire que nous commençons par la forme pour progressivement intégrer les contraintes, les circulations, les espaces le programme et, enfin, le site.

A travers cet exercice, j’essaie d’expliquer à mes étudiants que la sensibilité est itérative. Précisément, je leur propose d’appréhender le projet dans son épaisseur et sa matérialité en les faisant travailler sur un cube de 30X30 mètres dans lequel ils commencent par réaliser une figure vide qui compose 30% du cube. Autrement dit, ils s’attachent dans un premier temps à exprimer une sensation, une perception. Ensuite, ils intègrent le programme dans cette figure théorique et poétique.

02(@DR).jpgL’enjeu est de leur faire découvrir un aspect de l’architecture qu’ils n’ont pas encore abordé : la matière. J’essaie de leur montrer qu’il est possible de fabriquer un passage, une ombre, une épaisseur via la manipulation de la matière et pas seulement à partir du plan. J’insiste pour que les étudiants explorent cette dimension sensuelle. Grâce à la matière, le corps est sollicité par l’architecture, tel qu’il l’était à l’époque de l’architecture baroque. En parallèle de la dématérialisation croissante de notre société, l’architecture, la matière, servent à remettre, plus que jamais, l’homme au coeur de nos préoccupations.

Quelle distinction opérez-vous entre matière et matérialité ?

La matière est dotée d’une épaisseur qui nourrit un volume et une structure spatiale. C’est cette notion d’épaisseur, de densité que je souhaite enseigner à mes étudiants. Cette définition de la matière s’accompagne d’une approche sensible.

Comment s’en saisissent-ils ?

Ils me surprennent et se surprennent eux-mêmes. Par exemple, il y a deux ans, je leur avais demandé d’implanter le cube de 30X30 sur un site patrimonial à Avignon, celui du Palais des Papes. L’une des étudiantes a choisi de placer son cube à l’intérieur du Palais et elle a réalisé des cadrages donnant à voir la matérialité déstructurée des façades existantes, marquées par le temps. Travailler ainsi le projet comme outil de la connaissance est essentiel. 

C’est ce que j’appelle procéder à une recherche patiente. Cette recherche confère une grande place à l’expérimentation, au travail en série, à l’accumulation, à la perception et au travail en maquette. Il est important de penser la temporalité non pas dans sa finalité mais dans la production continue et lente qui fait naître le projet. Ce qui devient important est l’histoire du projet.

03(@DR).jpgPourquoi privilégiez-vous des sites patrimoniaux ?

Avant tout pour libérer les étudiants, pour leur montrer qu’il est possible d’intervenir sur le patrimoine. Par ailleurs, ces bâtiments vieillissent et se patinent et révèlent une nouvelle architecture, année après année. J’aime imaginer que la matière évoluera avec les années. Le temps est une donnée essentielle qui marque et témoigne d’une architecture.

Quels outils de conception privilégiez-vous ?

Sans hésitation, la maquette. Grâce à la maquette, les étudiants se confrontent à la matière avant même de concevoir des plans. Je les encourage également à réaliser des croquis car c’est un exercice qui favorise l’introspection. Sinon, il y a inévitablement la 3D mais j’estime qu’il faut dédramatiser la relation à l’image, ne plus en faire le seul outil de conception et de représentation du projet. Cet outil est certes exaltant mais je ne le trouve pas suffisamment didactique. Il manque à l’image l’épaisseur, l’intelligence de la main qu’offre la maquette.

Suite à leur 'découverte' de la matière, quels sont les sujets abordés par les étudiants de quatrième année ?

Ils explorent, au cours du deuxième semestre au sein de La Fabrique et sous la houlette de Christel Marchiaro, le paysage. Ils étudient notamment les liens que tisse le bâtiment avec le paysage lointain. En cinquième année, place à l’espace public avec l’atelier intitulé 'Un salon en ville', dirigé par Hervé Dubois.

04(@DR).jpgEnsuite vient le PFE. Quelle sont alors vos consignes ?

J’essaie, avec Jean-Luc Rolland et Stéphane Vollenweider, de ne pas être directif et de privilégier au contraire l’autonomie des étudiants. Le PFE se situe entre le projet personnel et le travail d’atelier. A chacun son point de départ, que ce soit un détail, un texte, une matière ou un site.

Estimez-vous que six mois suffisent pour élaborer un projet de diplôme ?

Non. La notion d’urgence est incompatible avec 'la recherche patiente' du projet. Comment réfléchir sans prendre le temps ? Il leur faudrait, sans doute, six mois de plus. Le développement d’un projet, avec toute la sensibilité qu’il implique, doit nécessairement résulter d’une lente maturation.

Que pensez-vous de la HMONP ?

C’est une formation intéressante lorsque l’agence choisie par l’étudiant porte des questions d’architecture. En tout cas, la HMO met le pied à l’étrier, fait passer les étudiants d’un état de recherche à la réalité pratique. En revanche, il me semble que l’école et les ateliers de projets doivent rester un havre de paix.

S’il est important pour les étudiants de connaître les contraintes de leur futur métier, l’école doit rester le lieu où ils sont encouragés à transgresser ces contraintes. L’école est un lieu à la fois paisible et bouillonnant, qui permet une recherche patiente.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

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