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Chronique | Dédé l'explorateur - Dédé et la question du sevrage (12-06-2013)

«La mobilité, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais», pense Dédé. L’un des effets pervers de l’addiction aux énergies fossiles est le discours lié à 'la mobilité', érigée en vertu, désormais prégnant. 'Etre mobile', avec de l’énergie abondante et bon marché, pourquoi pas ? Hélas, ce temps est révolu et le sevrage sera brutal. Paradis artificiels ?  

Développement durable | France

Le sevrage est toujours une épreuve difficile, sinon incontournable. Se passer brutalement d’un produit qui nous rend la vie plus facile n’est pas agréable mais, pour éviter de tomber dans la dépendance, il faut apprendre à le faire. C’est bien sûr vrai pour les personnes mais, Dédé l’observe, aussi pour les collectivités.

Nous sommes dépendants des énergies fossiles. Elles nous ont terriblement poussés en avant, avec la révolution industrielle, mais la lutte contre le réchauffement climatique nous conduit aujourd’hui à en réduire la consommation. Une réduction qui, dans l’esprit de Dédé, ne peut s’opérer au détriment de la qualité de vie, de la production des biens et services qui répondent à nos besoins et font notre bonheur.

L’énergie abondante et pas chère, nous savons que c’est terminé, même si certains rêvent de sources éternelles et infinies, hypothèses bien hasardeuses sur lesquelles il serait dangereux de fonder l’avenir de l’humanité. On parle maintenant d’efficacité énergétique, à savoir rendre le maximum de services avec la moindre unité d’énergie.

L’énergie facile nous a dopé, il va falloir à présent apprendre à s’en passer ; c’est une sorte de sevrage de l’économie qu’il faut engager. Toujours douloureux, mais libérateur, étape essentielle pour aller de l’avant.

Dédé a noté une vraie difficulté dans un domaine particulier : la mobilité, forte consommatrice d’énergie et productrice de gaz à effet de serre. Il est souvent admis qu’on ne peut s’en passer, que la vitalité de l’économie en dépend. «Priorité à la mobilité» a vu Dédé au fronton d’automobile-clubs. Dédé aurait préféré «priorité au bien-être», qui est un objectif en soi, alors que la mobilité n’est qu’un moyen... La mobilité, pour quoi faire ?

Avant le sevrage - et même dans l’espoir de s’en passer -, la première tentative consiste à réduire l’impact de ladite mobilité. On parle de voitures propres et silencieuses, de mobilité douce, de transports collectifs et de covoiturage, de rail et de voie d’eau. Un progrès sans doute, mais Dédé sait que ce sera insuffisant.

Il se réjouit quand même de cette évolution, toujours bonne à engranger. Le 1er octobre 2012, il a vu un grand groupe commercial adopter la voie d’eau pour ses approvisionnements à Paris. Les péniches apportent chaque jour 26 conteneurs au coeur de Paris, au port de la Bourdonnais, qui sont ensuite répartis sur 80 magasins. L’entrée dans la ville, les 20 kilomètres les plus sensibles, évite la route et ses encombrements. 450.000km en camion économisés et la réduction de plus d’un tiers - 37% exactement selon l’ADEME - des émissions de CO².

Du gagnant-gagnant. Tout le monde s’y retrouve : l’entreprise, les riverains des routes anciennement traversées et la planète. Une initiative pour ce type de commerce qui prolonge d’autres efforts que Dédé avait remarqué, comme l’approvisionnement par voie de chemin de fer, retenu par d’autres sociétés.

Voilà une première manière de réduire l’impact de la mobilité, mais jusqu’à quand ? La croissance de la consommation, parfois attisée par l’effet «rebond», ne va-t-elle pas reprendre d’une main ce que l’on a eu du mal à gagner de l’autre ? Puisque l’on est plus performant et que l’on est moins polluant, allons-y gaiment, pourrait-on dire en langage familier. Dédé conserve sa conviction : il faut aller plus loin.

Mieux remplir les voitures, les autobus, les avions, les trains et les camions, est une autre piste. Moins de mouvement d’engins, pour un volume de transport de passagers ou de marchandises équivalent ou même supérieur. L’informatique et les Smartphones permettent d’apporter une meilleure information aux usagers, qui peuvent se regrouper et mieux utiliser le potentiel existant. La location facile, de voiture et de camions, permet de choisir le mode de transport le mieux adapté et de réduire des consommations devenues superflues. Il y a même maintenant pour les particuliers du covoiturage de bagages ! Dédé dit bravo pour ces initiatives.

Il demeure que, malgré beaucoup d’efforts et d’ingéniosité déployés, le besoin de mobilité s’accroît. Pour des raisons d’efficacité, de qualité de service ou même de sécurité, par exemple pour les cliniques d’accouchement, des centres de services se concentrent et s’éloignent de ce fait de leurs usagers. Hôpitaux et tribunaux en sont des exemples bien connus, qui créent des remous dans les villes privées de ces équipements. On pourrait évoquer aussi les établissements industriels et leur tendance à se concentrer en de grandes unités. Dédé s’interroge. La tendance est-elle irréversible, n’y a-t-il pas, grâce notamment à l’informatique, possibilité de déconcentrer ces services et ces entreprises, avec des maillages plus fins sur les territoires concernés ?

Pour les affaires, Dédé sait que le nombre de contacts que l’on peut établir est déterminant. Pendant longtemps, ce contact était avant tout physique et la mobilité était la condition du développement. Est-ce toujours le cas, ne peut-on créer d’autres manières de faire connaissance ? Des grandes villes dans le monde ont réduit le trafic automobile et il ne semble pas que leur 'PIB', leur degré d’activité, n’en ait été affecté.

Dédé revient au principe de sevrage. Est-il possible de réduire le besoin de mobilité tout en maintenant et même en améliorant un bon niveau de prospérité économique et sociale ? Dédé sait qu’il existe une part de la mobilité dite «contrainte». Est-il possible de la réduire, en s’organisant différemment, en faisant circuler l’information plutôt que les personnes et les marchandises ?

Le «juste à temps» a permis de réduire les stocks, mais il a aussi conduit à ne plus anticiper, tant le transport était efficace et pas cher. C’est comme la machine à calcul qui a fait perdre à Dédé le sens du calcul mental. Et adieu l’économie territoriale.

Avec un prix de transport sous-évalué, du fait de la non prise en compte de nombreux coûts externes, comme celui du réchauffement climatique et des nuisances sonores, pour prendre deux exemples, l’un global et l’autre local, les distances ont fondu. Les délocalisations deviennent possibles et même faciles, les saisons sont oubliées, la proximité est rangée au fond d’un placard.

Quand il évalue le coût réel de la mobilité, Dédé rejette le choix de la «priorité à la mobilité». Il le sent, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. Il va falloir se sevrer pour éliminer la mauvaise mobilité.

Dominique Bidou

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