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Brève | Bois et béton : association performante pour le nouvel écoquartier à Aurillac  (11-06-2013)

En cours de construction, le nouvel écoquartier du Vialenc, situé à Aurillac, est constitué de 42 logements locatifs sociaux, de bureaux et de commerces. Conçu par l'Atelier d’architecture Simon Teyssou, ce bâtiment dispose d’une épine dorsale en béton sur laquelle sont portés les logements réalisés entièrement en structure bois (murs ossature bois et solivage des planchers et menuiseries extérieurs) avec une très forte proportion de bois locaux. Notice architecturale.

Notice Architecturale | | Atelier d'architecture Simon Teyssou

Géré par Logisens, bailleur social aurillacois, le concours d’architecture portait sur un immeuble d’une quarantaine de logements (2.916m²), des bureaux (plateau de 520m²), des commerces (environ 280m²) en rez-de-chaussée et des stationnements souterrains. Le projet est situé le long du boulevard du Vialenc et à l’entrée de l'écoquartier éponyme. La nouvelle ZAC du Vialenc, qui marque un tournant dans la stratégie urbaine de la ville d’Aurillac, est projetée sur une ancienne friche industrielle (Centre Lait). Elle constitue une alternative à l’étalement urbain sous forme de lotissements pavillonnaires de mise jusqu’alors.

A l’échelle de la ZAC, l’immeuble a pour vocation de marquer l’entrée de l’écoquartier par son déploiement linéaire, tout en protégeant l’intérieur de l’extension urbaine des nuisances sonores du boulevard du Vialenc, voie la plus passante du département du Cantal ou circulent environ vingt cinq mille véhicules par jour.

Les conditions du projet - géométrie linéaire du lot dévolu au projet, programme caractérisé par une demande de logements de petite dimension (T1 et T2 essentiellement), contraintes acoustiques, nous ont incités à proposer un projet radical pour lequel la question de l’évolutivité de l’immeuble devenait fondatrice du projet.

02(@Atelier Architecture Simon Teyssou)_B.jpgLe projet associe une épine dorsale en béton, un volume long et étroit implanté parallèlement au boulevard faisant office de mur protecteur contre les nuisances sonores du boulevard et un volume en bois de même longueur et plus large, adossé au premier côté intérieur de la ZAC. Pour répondre à l’épannelage fixé par le cahier des charges de la ZAC et l’obligation d’élever ponctuellement l’immeuble sur une hauteur de six étages, le système est dédoublé à l’extrémité Sud-Est du projet où l’on retrouve un second volume en béton lui-même associé à un volume en bois. Des coursives extérieures couvertes coulissent entre les deux systèmes jumelés.

Le principe structurel associe deux volumes linéaires, l’un en béton garantissant le contreventement de l’édifice, l’autre en bois, adossé au premier, permettant de s’affranchir de la présence de murs de refend dans les volumes en bois. Les cloisons entre logements, acoustiques légères et non porteuses, sont composées d’une double ossature isolée avec parements en plaques de plâtre de 25mm d’épaisseur. Elles sont susceptibles d’être facilement démontées pour recomposer les logements suivant les exigences des générations futures.

Pour garantir l’évolutivité des logements, l’ensemble des pièces humides, les deux circulations verticales et la majorité des entrées des logements sont implantées dans les volumes en béton, épines dorsales du projet, selon un principe de 'bandes actives' ou d’espaces servants. Les logements sont desservis par des coursives qui donnent un intérêt plastique à la façade nord-est sur le boulevard. Les espaces nobles des logements sont idéalement placés dans les volumes en bois et s’ouvrent majoritairement sur l’intérieur de l’écoquartier.

A la réflexion sur l’évolutivité s’ajoutent des considérations thermiques et climatiques. Les volumes en béton sont orientés au Nord-Est et constituent des tampons thermiques entre extérieur et espaces nobles des logements, les séjours et les chambres. Par leur masse, elles remplissent une fonction d’inertie thermique. Les séjours et les chambres sont très majoritairement orientés au Sud-Ouest ou Sud-Est dans les volumes en bois. Des ouvertures généreuses, y compris dans les chambres, favorisent les apports solaires passifs et un bon niveau d’éclairement des espaces habités.

04(@Atelier Architecture Simon Teyssou)_B.jpgPlutôt que d’opposer architecture massive et architecture filigrane, le projet valorise l’association des deux et les propriétés respectives de leur matériaux.

L’architecture massive en béton est consacrée à la réalisation du sous-sol comprenant le parc de stationnement, le socle du rez-de-chaussée qui accueille commerces et stationnement ainsi que les épines dorsales en béton.

Le béton est valorisé pour ses propriétés intrinsèques : il permet de se protéger efficacement des nuisances sonores consécutives aux flux routiers du boulevard, il constitue une masse thermique qui fait défaut aux ouvrages en bois, il est un matériau robuste, coupe feu par nature et assure une grande partie du contreventement du projet.

L’architecture filigrane des volumes en bois associe un squelette en bois à des parements intérieurs et extérieurs. Les structures verticales sont réalisées soit avec des poteaux en lamellé collé associés à des traverses en bois et/ou en acier galvanisé avec panneaux de contreventement OSB, soit sous forme de murs à ossature bois plus conventionnels pour les pignons. Les structures horizontales sont réalisées avec des solives en lamellé collé d’une portée de six mètres environ et des panneaux de contreventement, support de chapes en ciment.

Le registre de l’architecture filigrane est également à l’oeuvre pour les coursives constituées d’un assemblage de tubes en acier galvanisé support de platelages en bois.

Des enveloppes extérieures en bois ou en zinc contribuent à effacer la distinction entre architecture de masse et architecture filigrane. Sans lien avec la question structurelle, le choix des 'peaux' extérieures obéit à une logique autre. Les façades laissent entrevoir ponctuellement un feuilleté de matières (zinc, bois, verre) exacerbant le registre de couches superposées constituant une peau complexe.

Les parements en bois sont utilisés lorsqu’ils sont facilement accessibles pour leur entretien par les balcons, loggias ou coursives et qu’ils sont en outre relativement peu exposés aux intempéries. Les parements en zinc recouvrent les façades inaccessibles et exposées.

05(@VMZINC)_B.jpgLes essences de bois choisies ont volontairement favorisé les filières locales. Plusieurs scieries de la région ont été sollicitées par les entreprises. Elles ont été en mesure de fournir les charpentiers-menuisiers pour la réalisation tant des structures en bois que des menuiseries extérieures. Les menuiseries extérieures sont réalisées à partir de profilés en trois plis lamellé collé pin sylvestre fournis par une scierie de la Haute-Loire. Les platelages, en pin sylvestre traité classe 4, sont également de provenance locale (scierie de Haute-Loire), de même qu’une grande partie du bois d’ossature en épicéa (scierie du bassin aurillacois). Tous les poteaux, poutres et solives en lamellé collé ont été fabriqués par un fabricant aveyronnais.

Matériau renouvelable par excellence, le bois est utilisé pour ses caractéristiques de stockage du carbone et son bilan écologique et énergétique parmi les plus favorables des matériaux de construction disponibles. En matière d’impact sur l’environnement, il est très intéressant d’utiliser le bois en structure plutôt qu’uniquement en parement pour justement augmenter le volume de matériaux renouvelables et de stockage de CO². L’utilisation massive du bois contribue en outre à faire chuter de manière significative l’emploi de matériaux issus de ressources limitées (béton, acier).

Au-delà de l’argument environnemental, l’usage massif du bois dans la construction permet de soutenir la filière bois régionale et contribue à la développer dans toute sa transversalité : exploitation forestière, première transformation dans les scieries, fabrication du lamellé collé, fabrication des menuiseries extérieures, préfabrication des murs à ossature bois et mise en oeuvre sur le chantier. Il s’agit de solliciter directement l’économie locale. L’architecture en bois fait appel à une culture constructive non dominante dans notre région et pourtant les entreprises retenues sur le chantier sont hautement qualifiées et particulièrement performantes.

Enfin, l’emploi massif du bois en tant que matériau de structure permet d’organiser le chantier très en amont grâce au recours à des méthodes de préfabrication (parois verticales, planchers). La mise en oeuvre des structures en bois est par ailleurs peu dépendante des conditions climatiques ce qui a pu se vérifier sur le chantier. Les structures sont montées rapidement, libérant ainsi les plateaux des logements pour la mise en oeuvre des travaux de second oeuvre.

Atelier d'architecture Simon Teyssou

03(@Atelier Architecture Simon Teyssou)_B.jpgFiche technique

Maître d’'ouvrage : Logisens, Aurillac
Maîtrise d’oeuvre : Atelier d'architecture Simon Teyssou, le Rouget (15), Mathieu Bennet chef de projet / BET 3B Bernard Batut (BET structure bois), Montauban / SETERSO (BET structure béton), Agen / AES (BET fluides), Clermont-Ferrand / C+ (BET acoustique), Rodez
Surface SHON : 3.712m² (hors coursives)
Surfaces SHAB : 2.965m²
Surface logements : 2.916m²
Surface commerces : 279m²
Surface bureaux : 517m²
Volume de bois : 345m³
Stockage CO₂ : 310 tonnes
Consommation : 54kWhep/(m².an)
Nombre de logements : 42
Stationnement sous-sol : 58 places
Début des travaux : février 2012
Livraison prévue : 4e trimestre 2013
Coût global : 5,55M€
Coût au m² : 1.495€
Coût lot bois : 1,21M€ HT
Label BBC Effinergie

06(@Atelier Architecture Simon Teyssou).jpg

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