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Actu | Aga Khan, la politique et son prix ? (29-05-2013)

Les Grands Prix ! Aux stars de tourner en rond sur les circuits convenus. Peter Zumthor, couronné d’un Pritzker en 2009, épinglé en 2013 par le RIBA. Pendant ce temps, Renzo Piano peut être fier de sa mention spéciale à l’Equerre d’Argent 2012. En parallèle, Global Awards et ses découvertes. Enfin, tous les trois ans, la fondation Aga Khan propose un autre regard. Au-delà de l’architecture, la politique ?

Aga Khan | Monde

Sans doute, le prix Aga Khan réalise, parmi les prestigieuses récompenses, le plus grand écart, du gratte-ciel à l’architecture vernaculaire, de Shigeru Ban à Rumah Asuh ou encore Yori Antar pour ne citer qu’eux.

Créé en 1977, le palmarès cherche à «identifier et encourager la construction d’édifices qui répondent avec brio aux besoins et aspirations de communautés où la présence musulmane est significative».

02(@AKAA-Omid Khodapanahi)_S.jpgDe fait, la réhabilitation d’un fort, la revitalisation d’un centre-ville ou encore la réalisation d’un pont peuvent être l’objet d’une reconnaissance unanime du jury*. Farrokh Derakhshani, directeur du Prix, note à ce sujet que le choix opéré en 2013 relève l’importance «de l’impact de l’architecture sur les espaces publics et la qualité de vie».

Certes, l’ambition est également de montrer la vitalité de certaines régions du monde à l’écart des oeillères médiatiques.

Parmi les projets en lice, un immeuble de logements à Mahallat, en Iran, à 200km au sud-est de Téhéran. «L’économie de la ville est dominée par l’extraction et le traitement de la pierre. Plus de la moitié de la matière est destinée au rebut, à cause de l’inefficacité des technologies utilisées. En utilisant ces déchets, ce projet tente d’inverser la donne et de transformer une perte en avantage économique et environnemental», note le jury du Prix Aga Khan. De fait, le projet est un exemple pour les constructeurs locaux.

03(@AKAA-CourtesyofArchitect)_S.jpgAux antipodes, en Indonésie, un projet de réhabilitation de maisons coniques en bois de worok et en bambou a retenu l’attention. «Un groupe de jeunes architectes indonésiens, ayant pour habitude de partir à la découverte de leur pays chaque année, ont retrouvé quelques exemples de constructions ayant résisté aux affres du temps. Elles sont le symbole de l’unité familiale et de la communauté. Les villageois sont certes les gardiens de cette culture mais leurs compétences quant à la construction, traditionnellement transmises de génération en génération, avaient disparu de leur mémoire», précise le comité. Réactiver les savoir-faire ancestraux est une noble cause, à n’en point douter.

D’autres projets sont éminemment plus politiques, notamment la reconstruction d’un camp de 27.000 réfugiés établis en 1948 à Tripoli, au Liban «détruit à 95% lors de la guerre de 2007», ou encore la réalisation d’une école pour jeunes filles en Afghanistan, à Hérat, à la frontière irano-turkmène. Aga Khan et la force des symboles...

Plus encore, le musée du papier à Gaoligong dans le Yunnan est l’occasion pour la fondation de rappeler que la région est «un territoire où la présence des musulmans est significative». Un message sans doute adressé aux autorités de Pékin.

Enfin, une école est récompensée à Kigali, au Rwanda, pays principalement catholique et protestant contrairement aux Etats voisins. Le choix du projet n’est pas outre mesure explicité, une absence qui laisse donc libres les interprétations.

Des vingt projets, aucun ne se ressemble. Autant de noms familiers que d’agences méconnues. La liste des projets en lice est, semble-t-il, un instantané de la scène architecturale et du monde tel qu’il va.

Jean-Philippe Hugron

04(@AKAA-AbdelnaserAyi)_B.jpg* Les neufs membres du jury étaient pour ce cycle 2010-2013 : David Adjaye, architecte (Royaume-Uni) / Howayda al-Harithy, professeur à l’Université américaine de Beyrouth (Liban) / Michel Desvigne, paysagiste (France) / Mahmood Mamdani, professeur à l’Institut Makerere pour la Recherche Sociale (Ouganda) / Kamil Merican, architecte (Malaisie), Toshiko Mori, architecte (Etats-Unis), Shahzia Sikander, artiste (Etats-Unis), Murat Tabanlioglu, architecte (Turquie) et Wang Shu, architecte (Chine).

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