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Chine | Le musée du papier réinterprète savoir-faire et paysage du Gaoligong (22-05-2013)

«Le papier artisanal n’est pas seulement synonyme d’un savoir-faire mais également d’une culture patrimoniale qui est enracinée dans le coeur de chaque habitant». Dans un article paru dans Time+Architecture en janvier 2011, l’architecte Li Hua, fondateur de l’agence TAO (Trace Architecture Office), évoque en ces termes les enjeux du musée du papier artisanal construit par son agence dans le village Xinzhuang (Yunnan, en Chine) en 2010.  

Culture | Chine | TAO (Trace Architecture Office)

Contexte
Fondée en 2009 à Pékin par Li Hua, TAO (Trace Architecture Office) est une agence d’architecture qui explore à chaque projet des sujets fondamentaux tels le contexte, le climat, les matériaux et techniques de construction, l’utilisation responsable des ressources, etc., sans oublier la tradition.
Car même dans un bâtiment neuf, tel le musée du papier artisanal à Gaoligong, dans le Yunnan, l’enjeu est de garder des traditions vivantes.
Tant et si bien que ce projet peut être appréhendé comme un projet de préservation, où les anciens savoir-faire ont été fusionnés avec une nouvelle expertise.
Grâce à ses qualités culturelles et architecturales indéniables, le musée du papier artisanal à Gaoligong est finaliste du célèbre prix Aga Khan en 2013.
MYL

02(@TAO)_S.jpgMUSEE DU PAPIER ARTISANAL A GAOLIGONG
Li Hua | Time+Architecture

TENGCHONG (Yunnan) - Le musée du papier artisanal à Gaoligong est situé dans le village Xinzhuang, qui fait partie de la région Tengchong, au Yunnan. Le village Xinzhuang a une longue tradition de papier fait main. Pour les villageois, le papier artisanal n’est donc pas seulement synonyme d’un savoir-faire mais également d’une culture patrimoniale qui est enracinée dans le coeur de chaque habitant. La matière première utilisée dans la fabrication de papier artisanal est l’écorce du mûrier à papier. Ainsi, les papiers sont épais, très résistants et texturés. Cependant, les usages de ce papier sont limités aux sachets de thé et aux billets funéraires.

La création du musée du papier artisanal a pour objectif de présenter aux visiteurs l’histoire, les procédés et les produits de papier fait main à travers des artefacts et des documents. Par ailleurs, le musée joue un rôle de protection et de développement des ressources traditionnelles par l’éducation des villageois. Ce projet a pu être réalisé grâce à la coopération d’investisseurs et de quelques habitants du village. Il comprend des salles d'exposition, une librairie, un salon de thé, des bureaux ainsi que quelques chambres pour les visiteurs.

Le musée est situé à l’entrée du village. Le site mesure quinze mètres de large du nord au sud et vingt mètres de long de l’est à l’ouest. Il présente un dénivelé d'un mètre de hauteur dans sa longueur. Le site est cerné par différentes vues : la route menant au village au nord, le coeur du village à l’est, des champs ouverts à l’ouest, la forêt au sud. La montagne Gaoligongshan qui s'étend au nord et à l’est forme un paysage unique.

03(@TAO)_B.jpgImplantée dans un site naturel, la construction doit autant que possible utiliser des matériaux locaux, appliquer des technologies traditionnelles et s'adapter au climat local. Ce parti pris constructif n'est pas seulement théorique mais aussi économique et social. En effet, les artisans locaux sont spécialisés dans la construction traditionnelle. Ils ne connaissent pas les technologies modernes. Certains d’entre eux ne savent pas lire des plans de construction. Par conséquent, la question du choix entre l'utilisation de la technologie moderne et une construction entièrement traditionnelle a, aux débuts du projet, posé problème.

Le raisonnement suivant a donc été mené. En fait, la fabrication du papier artisanal ne se fait pas entièrement à la main. Dans le cadre de certains procédés, les villageois utilisent la machine pour compléter le travail répétitif et mécanique afin d’obtenir une meilleure qualité. Or, un projet de petite échelle tel ce musée doit être conforme à son lieu d’implantation plutôt que répondre à un concept architectural abstrait. Ainsi, à travers des échanges avec les maîtres en la matière, le bois, parfaitement maitrisé par les artisans locaux, a été choisi pour former la structure principale du bâtiment. Ensuite, la construction en bois permet des expérimentations.

04(@TAO)_S.jpgLes qualités du papier fait main, au-delà de son grain caractéristique, sont nombreuses : naturelles, écologiques, humaines. L’une des deux valeurs fondamentales liées à ce papier est la responsabilité vis-à-vis de l’environnement. Les méthodes de production n’entraînent en effet aucune pollution et sont respectueuses de l'environnement. L’autre valeur est d'ordre culturel. Le papier lui-même est une véritable manifestation des caractéristiques des matières premières et des procédés humains mis en oeuvre dans la fabrication.

Autant de valeurs qui peuvent être prises en compte dans le bâtiment. Par exemple dans le choix de matériaux biodégradables qui impliquent une faible consommation d'énergie et qui évitent l’emploi du béton, néfaste à l’environnement. Dans la mesure du possible, il est important que les matériaux et la structure soient visibles pour exprimer la dimension humaine de l’édifice.

Le projet a évolué d'un grand volume en U vers une composition en ilots. La construction est composée de différents volumes de tailles et hauteurs variables afin d’assurer l’intégration du bâtiment dans son environnement. L’ensemble comprend un volume de trois étages, un autre de deux étages, ainsi que six salles d'exposition distinctes. Chacune des six salles d'exposition adopte une forme unique qui correspond à l’une des étapes de la fabrication du papier fait main. Le parcours de l’exposition forme une ligne liant les différents espaces.

05(@TAO)_B.jpgParcourant ces espaces, les visiteurs peuvent apprécier le magnifique paysage naturel à l'extérieur. Le dialogue constant entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment, entre l’environnement construit et le paysage naturel, participe à renforcer le lien entre le site et le procédé de fabrication du papier artisanal.

L'entrée au musée est située au nord-est de la parcelle. En raison de la proximité des bâtiments à la route, l’escalier de l'entrée est tourné vers l’espace public planté de deux arbres. Le hall d'entrée est un espace double hauteur relié à la librairie. Suivant la topographie du site, les halls d'exposition descendent graduellement d’est en ouest. Les visiteurs sont guidés par une circulation en boucle autour de la cour centrale. Le salon de thé donnant sur la cour est cerné de portes en accordéon qui peuvent être complètement ouvertes afin de dégager la vue vers les champs et les montagnes à l'ouest.

L’escalier entre la librairie et le salon de thé mène au deuxième étage où se situe la zone réservée aux bureaux et aux salles de réunion. A partir de là, il faut emprunter un escalier extérieur pour accéder au troisième étage. Sur la terrasse, les visiteurs ont une vue sur les toitures des salles d’expositions. Un endroit idéal pour apprécier la beauté de la montagne Gaoligong.

En raison de la richesse des ressources forestières locales et des savoir-faire traditionnels, le bois a naturellement été choisi comme matériau de construction. Le bois est un matériau vivant qui va s'estomper avec le temps pour finalement revenir à la nature. Le bois confère par ailleurs de la légèreté à la construction. Le toit est fait de bambous qui forment la couche de ventilation et d'isolation du bâtiment tout en créant un paysage artificiel, une mer de bambous sur les champs.

06(@TAO)_S.jpgLes artisans locaux n’ont pas l’habitude de plans d’architecte. 

Sur le chantier, maquettes et croquis sont donc les meilleurs moyens de communiquer. 

La logique de la structure est exprimée grâce à la maquette au 100e. Le rapport entre les espaces et les proportions des fenêtres est exprimé via la maquette au 25e. La maquette des salles d'exposition au 15e illustre les relations entretenues entre les différents éléments de la construction.

En outre, parce que les artisans sont habitués aux maisons traditionnelles à la structure orthogonale, beaucoup de questions se sont posées à propos des volumes irréguliers. 

Au final, la décision fut prise d’utiliser des matériaux locaux : les façades sont en sapin et bambou, les sols et le socle en roche volcanique.

La construction du musée a commencé en mai 2009 et le chantier a duré un an et demi. Les saisons des pluies, les pannes d'électricité, les périodes de récolte (les artisans étant agriculteurs) et le planning financier ont allongé le temps du chantier. Si la construction de la structure en bois a été réalisée en à peine deux mois grâce au savoir-faire des artisans, les composants qui leur étaient étrangers ont nécessité plus de temps. Néanmoins, les artisans ont acquis grâce à ce projet une nouvelle expérience.

L'importance de ce projet est de combiner la tradition et la modernité afin de préserver les ressources naturelles et humaines : le papier fait main.

Li Hua | Time+Architecture | Chine
01-01-2011
Adapté par : Mei Ying Law

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