Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Présentation | Pekka Littow, une architecture porte-parole pour prêt-à-porter (15-05-2013)

A Tokyo, l’opération aurait été qualifiée de «pet architecture». Et pour cause : au 227 boulevard Raspail, dans le XIVe arrondissement de la capitale, Pekka Littow a réalisé l’impensable sur une parcelle plus qu’exigüe. En tout et pour tout, sept niveaux sur une emprise au sol de 23m². Un défi.

Commerces et hôtels | 75014 | Pekka Littow

Anna Ruohonen, styliste et épouse de l’architecte, cherchait un lieu de fabrication, d’exposition et de vente. L’artère parisienne au mail planté, proche de Saint-Germain-des-Prés, séduisit malgré l’étroitesse de la parcelle proposée.

En lieu et place, une petite maison sans caractère, «un faux ancien datant des années 60», indique Pekka Littow. La destruction était promise.

«Il n’y avait aucune raison de conserver la structure existante. Nous avons dû toutefois réaliser un travail sur l’existant et proposer une extension-modification plus qu’une destruction-reconstruction. Nous aurions eu dans ce cas davantage de problèmes administratifs», explique l’architecte.

Par conséquent, deux planchers ont été conservés, d'autres créés. L’escalier a été repensé et les façades démontées. En tout, neuf mois de travaux. De l’achat à la livraison, seulement deux ans se sont écoulés.

02(@PekkaLittow)_S.jpgAu projet de s’inscrire alors dans un mince triangle. «Je voulais donner au bâtiment une identité forte, proposer ainsi une présence dans un paysage urbain», affirme Pekka Littow. Toutefois, tout est question d’équilibre.

L’ambition était «d’être visible, d’attirer l’oeil, sans arrogance ni provocation», résume l’homme de l’art.

Qui plus est, le secteur est préservé. Aux Architectes des Bâtiments de France, le dernier mot. A l’origine, le projet était vraisemblablement plus audacieux. Aujourd’hui, l’esprit est le même, sans doute quelque peu assagi.

L’idée première se fonde sur la superposition de vitrines afin de révéler - sinon d’exhiber - aux passants tant le produit que le processus de fabrication «à l’instar d’une cuisine ouverte dans un restaurant», assure Pekka Littow.

Pour ce faire, d’importants oriels de verre ont été conçus ; autant de débordements judicieux considérant l’espace réduit de chaque plateau. «Au départ, les vitrines étaient plus inclinées, leur forme était accentuée et le contraste entre le volume principal, simple, et les grandes baies était, de fait, plus fort», explique l’architecte.

03(@PekkaLittow).jpgEtre sage est une obligation somme toute parisienne. «Le compromis était malgré tout très respectueux», précise-t-il.

La façade aurait dû être de Corten ; «trop brut», note Pekka Littow. In fine, plutôt deux fois qu’une, le fin mot revint aux ABF. «Nous avons alors opté pour une palette restreinte de matériaux : zinc, inox et verre», poursuit-il. Un parti jugé «plus discret».

Arrivé de Finlande il y a plus de vingt ans pour un post-diplôme en France et contraint de rester à Paris, la crise faisant rage au détour des années 90 à Helsinki, Pekka Littow apprécie aujourd’hui «la volonté de créer une architecture urbaine».

La vision finlandaise, «moderniste», semble réduire l’architecture à un «besoin d’objets». «Les projets les plus intéressants sont en pleine nature. Ce qui est pour moi prioritaire est d’ajouter une couche dans un contexte riche d’éléments. En somme, de créer la ville», affirme-t-il.

227 boulevard Raspail, l’exemple même. «Un quartier central, une complexité extrême, une parcelle minime, un développement vertical : un casse-tête mais aussi un défi incroyable», résume l’architecte.

L’agence développe actuellement dans le même esprit un ensemble de logements à Boulogne-Billancourt et poursuit son travail sur la rénovation et l’extension d’appartements et de maisons. «Je ne fais pas une architecture nordique. Je propose une architecture du lieu qui se marie avec son contexte», défend-il.

Des barrières de langue et de culture ? Certes, «mais l’architecture est aussi technique», conclut-il.

A Paris, un peu trop peut-être.

Jean-Philippe Hugron

04(@PekkaLittow).jpgFiche technique

Nom du projet : Petite maison de couture Anna Ruohonen
Localisation : 227 boulevard Raspail, 75014 Paris
Nature des travaux : Surélévation et transformation complète d'un immeuble de bureaux en petite maison de couture
Maître d'ouvrage : M. Fievet, 46 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Maître d'oeuvre : Littow architectes - Pekka Littow, 20 rue Henri Regnault, 75014 Paris
Surface construite: 105m²
Nombre de niveaux : 5 + sous-sol
Durée des travaux : 9 mois, de juillet 2012 à mars 2013 

Réagir à l'article


elzinc

Présentation |Anonyme, le musée Aga Khan à Toronto ?

La presse multiplie les éloges quant au nouveau musée pour les arts islamiques de Toronto, le premier du genre en Amérique du Nord. L’initiative séduit, l’architecture plaît sans pour autant...[Lire la suite]

Présentation |Max Dudler, toujours plus fort

Les belles heures de la rationalité sont-elles la réponse à la crise ou au trop-plein formaliste des années 2000 ? La simplicité ayant un coût, d'aucuns peuvent alors imaginer ce revival comme un pied de...[Lire la suite]

elzinc

Chronique |Renzo Piano, André Bruyère, les yeux dans les oeufs !

L’oeuf story à Paris. Il serait difficile de ne pas verser dans l’éloge quant à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. L’édifice conçu dans le XIIIe arrondissement de la capitale...[Lire la suite]

Chronique |Confluence, le juste Prix du cumulo-coophimmelbus

Il faudrait détester le Musée des Confluences et pour cela, la liste des arguments est bien longue ; en tête, l’architecture conçue par Coop Himmelb(l)au, emmené par Wolf Prix, est loin d’être...[Lire la suite]

elzinc

Chronique |Et si la Philharmonie de Paris n'était pas si chère ?

Nombreux sont ceux qui dénoncent un budget hors de toute raison pour la Philharmonie de Paris, conçue par Jean Nouvel. Paul Chemetov voit rouge face aux 386 millions d'euros dépensés. Encore faut-il que cela soit vrai....[Lire la suite]

Chronique |AS.Architecture-Studio dans la ronde du modernisme triomphant

Dix fois moins cher que la Philharmonie de Paris dans un projet tout aussi coûteux ou presque. L’arithmétique des grands desseins est parfois surprenante. Le prix de la restructuration de la Maison de la Radio s'élève...[Lire la suite]