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Chronique | Dédé l'explorateur - Dédé explore l'ilot de chaleur urbain (15-05-2013)

Parmi les phénomènes climatiques qui se forment dans les villes figure l’ilot de chaleur urbain. Une sorte d’effet de serre 'plus' qui produit un réchauffement local. Dédé trouve ça sympa en hiver mais il s’en inquiète pour l’été. Comment, dans la perspective de canicules à venir, lutter contre ce phénomène dangereux pour la santé publique ?

Développement durable | France

Quand il entend parler de climat et de développement durable, Dédé pense en premier lieu au réchauffement climatique, à l’effet de serre. Voilà un phénomène grave, certes, mais global et qui n’est guère perceptible ici et maintenant. D’ailleurs, quand il fait anormalement chaud, il nous est expliqué que ce n’est pas significatif. Il s’agit de statistiques et aucun point singulier n’a pas de sens isolément. Et puis, il y a l’inverse, des hivers froids qui se prolongent, des printemps qui se font attendre et des étés pourris, qui brouillent l’image du réchauffement climatique.

Dédé a bien du mal à s’y retrouver. Il est d’accord pour engager des actions mais il sait qu’il ne pourra pas en percevoir les résultats, lesquels se verront dans quelques années et souvent loin de chez lui.

Pour Dédé, le climat près de chez lui, c’est le microclimat, qui peut être différent selon les lieux précis où il se trouve. Dédé se souvient qu’au moment des grands «plans neige», alors que se construisaient des stations de sports d’hiver, une grande étude avait été lancée pour déterminer les sites les plus favorables. Dans un ordinateur très puissant, furent ainsi introduites de nombreuses données sur les reliefs, les vents, le soleil, la neige, la nébulosité, etc.

Que croyez-vous que l’on trouvât ? Les anciens villages.

Au fil des temps, les sites les plus favorables ont été sélectionnés. Le climat est un des facteurs d’implantation des communautés humaines et il se fait sentir à toutes les échelles. Le phénomène est bien connu pour le vin : l’exposition de la vigne est déterminante, Dédé a pu en faire souvent l’expérience. C’est aussi le cas pour les villes et les villages. Dédé retrouve ce paramètre dans les différentes démarches de qualité environnementale, pour construire des bâtiments comme pour aménager des quartiers.

Dédé se préoccupe aujourd’hui de ce qu’il est convenu d’appeler 'ilot de chaleur urbain'. Il ne s’agit pas ici de grands équilibres planétaires mais de santé et de confort. La canicule de 2003 a laissé de mauvais souvenirs ; il faut s’en prémunir car le réchauffement climatique va multiplier ce type de phénomène.

Les centres-villes sont plus particulièrement visés. Plus artificialisés, plus minéraux, ils absorbent et retiennent mieux la chaleur. Il en résulte un 'îlot de chaleur urbain', une différence de température avec les secteurs plus verdoyants des périphéries, de l’ordre de 4 à 7 degrés. Dédé apprécie, en hiver ou au printemps. Les arbres sortent leurs feuilles plus tôt, notamment les marronniers qui annoncent les beaux jours.

En été, c’est une autre chose. La température ne baisse plus la nuit comme elle devrait, l’atmosphère devient de plus en plus chaude. Le risque pour la santé est alors double, celui de la température en lui-même, et celui de la pollution de l’air, aggravée par la chaleur. Comme l’air de nos villes n’est pas très propre, il vaut mieux agir sans attendre. De fait, le programme CAFE (Clean Air For Europe) nous apprend que les Européens perdent en moyenne neuf mois de vie pour des questions de qualité de l’air qu’ils respirent. Et Dédé a appris qu’en France, actuellement, une sévère recrudescence de l’asthme est observée.

Dédé s’est renseigné. Il a connaissance que Paris se préoccupe du problème. Un rapport dénommé EPICEA* fait le point sur les possibilités d’action. Comment rafraîchir l’atmosphère au centre de l’agglomération parisienne ?

Trois types de réponses ont été examinés, pour éviter que la situation ne s’aggrave.

L’une consiste à faire comme dans le midi, c’est-à-dire arroser les sols pour pouvoir prendre le frais sur un banc, sous les platanes. Les chaussées seraient donc arrosées ; en s’évaporant, l’eau consomme des calories et la température baisse.

La seconde piste consiste à utiliser la végétation pour apporter cette humidité à l’atmosphère. L’évapotranspiration des plantes fait baisser la température. Les sols, les murs et les toits, partout où il sera possible de le faire, seront donc végétalisés. C’est bon, en plus, pour les économies d’énergie, la pollution de l’air et la biodiversité. Il faudra juste faire attention à ne pas planter d’espèces allergisantes.

Enfin, réfléchir les rayons du soleil. Sans mettre des miroirs sur tous les toits, il est possible, par un choix judicieux de matériaux et de couleurs, de donner aux toitures et aux murs un caractère plus réfléchissant.

Trois mesures, dont certaines ne peuvent que s’inscrire dans la durée, qui constituent des leviers d’action pour contenir la hausse des températures estivales et prévenir les habitants des secteurs les plus denses des dangers de la canicule.

Résultat des courses : la végétalisation peut réduire la température de 1 à 3° en moyenne et même au-delà (jusqu’à 5°) par moments. Il faut juste pour cela arroser les plantes suffisamment. Un Paris plus réfléchissant présente des performances intéressantes - 1° en moyenne et 3 pendant certaines périodes - et ne demande pas d’eau au moment des canicules. L’arrosage des chaussées ne réduit la température que de 0,5°, avec des baisses momentanées de 1 à 2°.

Chacune de ces méthodes répond à des lois physiques ou biologiques et elles ne s’opposent pas entre elles. Il est donc permis de les combiner pour obtenir le maximum d’efficacité. Dédé découvre que, si ces trois mesures sont appliquées à la fois, la baisse moyenne serait de 1 à 2° et que l’on pourrait obtenir des baisses maximales de la température dans Paris pouvant atteindre 6°C, en fin de matinée ou en fin d’après-midi notamment. Pas mal, pour rafraichir les nuits.

La lutte contre l’effet de serre et la recherche d’économies d’énergie va accompagner le mouvement. Les maisons seront mieux isolées et Dédé sait qu’il pourra y trouver refuge. A condition d’être malin et de savoir engranger la fraîcheur quand elle passe et de l’enfermer ensuite.

Certes, il y a bien l’action des pouvoirs publics, mais il restera toujours une part de responsabilité pour les habitants, ceux-là mêmes qui vivent au coeur des îlots de chaleur.

Dominique Bidou

* EPICEA - Etude Pluridisciplinaire des Impacts du Changement climatique à l’Echelle de l’Agglomération parisienne, CSTB, Météo France, APUR et Agence parisienne du climat, octobre 2012

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