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USA | Bibliothèques d'avenir : ni OMA ni MVRDV mais Adjaye et Helen & Hard (10-04-2013)

A l’heure où les bibliothèques dites de 'troisième lieu' se multiplient, Sarah Williams Goldhagen, critique architecturale du bimensuel américain The New Republic, conseille de regarder non pas du côté des plus monumentales, telle la bibliothèque de Seattle d’OMA, mais plutôt du côté des modestes projets de quartiers. Dans un reportage paru le 9 mars 2013, la chroniqueuse loue notamment, en la matière, le travail des Norvégiens Helen & Hard. 

Bâtiments Publics | Culture | USA

VOTRE BIBLIOTHEQUE DE QUARTIER FAIT SA REVOLUTION
Sarah Williams Goldhagen | The New Republic

WASHINGTON - A l’heure où une copie digitale de l’ensemble des ouvrages archivés à la bibliothèque du Congrès peut tenir toute entière dans une boîte à chaussures, l’avenir de la bibliothèque contemporaine pose question. Le projet de restructuration de la New York Public Library à Manhattan n’est que l’une des manifestations d’un débat qui fait rage depuis la moitié des années 1990 et qui se manifeste non seulement dans la presse mais également dans une série de vastes projets de bibliothèques urbaines à Berlin, Singapour, Seattle et ailleurs.

Que devrait être une bibliothèque contemporaine ? Celle de Seattle est un exemple souvent mentionnée : là, Rem Koolhaas et Joshua Prince-Ramus de l’Office of Metropolitan Architecture se sont débarrassés des salles de lecture, des isoloirs et autres espaces feutrés des bibliothèques traditionnelles au profit d’un spectaculaire «salon» à étages où il est possible, selon les architectes, de «manger, crier ou jouer aux échecs».

Afin de trouver des architectes, des bibliothécaires et des municipalités qui ont re-conceptualisé la bibliothèque publique contemporaine avec une vision plus nuancée, il faut s’éloigner de la bruyante bibliothèque de Seattle et d’autres projets d’envergure vers les plus modestes bibliothèques de quartier.

En effet, de par le monde, une poignée d’architectes innovants sont en train de forger un nouveau type de bâtiment au nom trompeusement familier. Ces bibliothèques offrent quelque chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans la ville contemporaine : des espaces communaux assidument fréquentés, sans but lucratif et qui facilitent des interactions sociales informelles et des usages privés variés.

02(@fimoculous)_B.jpgAllant en surface de 500 mètres carrés à presque 3.000 mètres carrés, quelques-unes de ces bibliothèques communautaires sont les branches de quartiers d’un réseau urbain, d’autres sont indépendantes. Ces bâtiments ne se ressemblent pas et pourtant ils représentent tous des moments exemplaires d’innovation architecturale. Tous ensembles, ils apportent la preuve que l’architecture de qualité n’est pas un luxe, en tout cas pas en matière de bâtiments civiques qui affectent la vie des gens et de leurs communautés.

Les bibliothèques communautaires existent depuis des siècles. Andrew Carnegie ne les a pas inventées mais il a reconnu dans ces bâtiments le moyen de socialiser le prix de la connaissance en construisant environ 1.700 bibliothèques publiques au travers des Etats-Unis en vingt-huit ans. Il ne fut pas le seul : des philanthropes locaux se mirent à en construire partout dans le pays, voyant dans la bibliothèque de quartier le seul endroit où les gens avaient un droit d’accès uniquement en vertu de leur résidence.

Aujourd’hui encore, afin d’être officiellement reconnu en tant qu’emprunteur à votre bibliothèque locale, il vous suffit de présenter un justificatif de domicile telle une facture d’électricité mais ni passeport, ni carte verte, ni numéro de sécurité sociale ni aucun achat ne sont nécessaires. Si d'aucuns souhaitent se rendre à la bibliothèque uniquement pour s'assoir, lire et se reposer, de n'avoir besoin de rien d'autre... que l'envie de s'assoir, lire et se reposer.

Avant l’ère digitale, quand les bibliothèques locales étaient de fiers entrepôts et les symboles du savoir accumulé de l’humanité, les biens publics offerts par ces bibliothèques étaient des livres et, par conséquent, l’organisation architecturale de ces bâtiments était franche. Techniquement, les espaces avaient l’allure de lofts dotés de solides planchers. Fonctionnellement, ils étaient parés d’une seule entrée (permettant au personnel de contrôler les allers et venues des livres et de leurs lecteurs), d’étagères, de tables de lecture, ainsi que d’un catalogue de fiches placé à la vue de tous, alors que la lumière naturelle illuminait les usagers plutôt que les imprimés.

Nombreux et variés sont les styles architecturaux qui savent transmettre la solennité qui sied à une telle icône civique. Et ainsi fut-il, de génération en génération : des bibliothèques furent construites et les gens savaient qu’entre leur murs les attendaient des vies glorifiées par des images et des mots.

03(@endenpictures)_B.jpgCe qui distingue les bibliothèques communautaires d’aujourd’hui de leurs aînées - c’est-à-dire ce qui en fait un type de bâtiment complètement nouveau, excepté leur nom qui est resté trompeusement familier - est la variété des biens publics qu’elles contiennent et les différentes façons dont ces biens sont utilisés par des individus comme des groupes.

Les gens comptent aujourd’hui sur leur bibliothèque de quartier pour tant de choses ! Les livres se partagent l’espace avec des DVD, des CD, des revues, des ordinateurs connectés à Internet, des espaces de lecture, des salles de classe et bien plus. Les sans-emplois, sous-employés ou auto-employés les fréquentent. Des immigrés assistent aux cours d’anglais qui y sont délivrés. Des SDF s’y installent. Des enfants et ceux qui les accompagnent lisent ou échappent tout simplement à la solitude sociale sans pour autant payer pour ce droit.

Les parents actifs les utilisent en tant que lieux de garde gratuits pour leur progéniture sans surveillance. Des retraités y lisent les classiques dont ils ont longtemps reporté la lecture, travaillent sur leurs mémoires longtemps rêvés, se plongent dans la généalogie de leur famille. Des associations communautaires y organisent des expositions d’art, des concerts, des performances, des conférences.

La bibliothèque communautaire d’aujourd’hui ressemble très peu à ses prédécesseurs, ayant usurpé des fonctions qui étaient auparavant du ressort d’institutions tels les centres de jeunesse ou les centres communautaires juifs. Les meilleurs d’entre elles, ne vendant rien, offrent ce qu’aucun autre bâtiment contemporain ne fournit : des espaces vibrants, informels, attractifs, non-commerciaux, où des gens de tous âges, classe sociale, sexe, race, religion peuvent se rassembler et avoir accès à des ressources vitales pour participer pleinement à la vie contemporaine.

04(@JoeFletcher)_B.jpg Alors, pas étonnant que, de par le monde, la construction de nouvelles bibliothèques aille de pair avec l’innovation architecturale. Les gens ont besoin d’endroits où ils peuvent rencontrer d’autres personnes, avec lesquelles ils partagent des points communs, ne serait-ce que celui d’habiter la même ville ou le même quartier. Des groupes de gens ont besoin d’endroits qui peuvent les aider à se constituer en tant que communauté. Tout le monde a besoin de ce que le sociologue urbain Ray Oldenburg appelle des 'troisièmes lieux' - le premier étant la maison, le deuxième l’école ou le lieu de travail -. C’est ce que fournissent ces bibliothèques communales, communautaires ou de quartier.

Dans la mesure où ces bâtiments combinent diverses fonctions qui impliquent des formes construites différentes, le défi architectural est de taille. Afin de devenir une force sociale centrifuge, la bibliothèque de quartier doit par ailleurs devenir une icône publique. Tout en permettant aux gens de s’adonner à des activités solitaires. La bibliothèque d’aujourd’hui peut être un endroit où d’aucuns mangent et jouent aux échecs mais, en revanche, elle ne doit pas être un endroit où l’on crie ; elle doit toujours être un endroit où les moments privés sont possibles, des moments saturés de silence, de lumière, de connaissance et de créativité. Tout cela dans un budget serré...

Comment conjuguer de tels impératifs compétitifs si ce n’est contradictoires - public et privé ; iconique et domestique ; différent et local - en un bâtiment cohérent ? Même si, techniquement, tout ce dont une bibliothèque a besoin sont de vastes espaces fermés à la température contrôlée, en fait cela ne suffit pas. Seul un projet de qualité peut donner aux gens l’impression qu’un édifice inerte et muet est accueillant et qu’il incarne les identités des communautés de chacun de ses usagers.

Si de nombreux projets sont, en la matière, monumentaux, ils sont bien plus que de simples entrepôts pour ordinateurs, livres et personnes.

05(@NicLehoux)_B.jpg Parmi ces projets qui témoignent qu’une excellente architecture peut transformer un modeste bâtiment en aimant citoyen, deux bâtiments implantés sur la Côte ouest tirent leur épingle du jeu : la 'Ingleside Branch Public Library' d’Anne Fougeron, à San Francisco (500m²) et la Ballard Library, couplée à un centre de quartier (Neighborhood Service Center) de Peter Q. Bohlin, à Seattle (1.700m²) ont fait tous deux de hangars des véritables repères locaux en les complétant de colonnes sur lesquelles reposent les toits de chaque bâtiment, des portiques grandioses mais accueillants à la fois. Les toits amplifient les échelles des bâtiments et leur aspect répétitif joue en contrepoint avec des volumes intérieurs composés de manière irrégulière.

Le toit de la bibliothèque de Ballard s’élance spectaculairement à une extrémité, un simple geste qui, en fait, réalise bien des choses. Il articule les principaux composants de la structure du bâtiment. Il amène la précieuse lumière du nord à l’intérieur. Il confère au bâtiment un aspect dynamique. La courbe irrégulière du toit distingue visuellement et spatialement la bibliothèque, placée à une extrémité, du centre de quartier, placé à l’autre extrémité.

Quand Louis Kahn, l’un des plus grands architectes américains, conçut la bibliothèque de la Phillips Exeter Academy en 1965, il sonda l’institution. Que devrait être une bibliothèque ? Quelle est l’essence de l’expérience ici ? Il aboutit à une simple image en réponse à ces questions : une bibliothèque commence quand «un homme avec un livre va à la lumière». Les bâtiments d’Ingleside and Ballard adoptent tous deux le dicton de Louis Kahn. Anne Fougeron and Peter Q. Bohlin utilisent des lumières zénithales, des puits de lumière, des fenêtres et des murs rideaux pour attirer abondamment la lumière naturelle dans et au travers de leurs projets, la gérant soigneusement via des filtres, des écrans et des ombres pour éviter toute lumière éblouissante.

Les hangars à portiques d’Ingleside et Ballard ont néanmoins leurs lacunes. Leur aspect extérieur est un petit peu trop iconique quand leurs espaces intérieurs sont un petit trop génériques. Entre des mains moins douées, ces bâtiments auraient échoué à devenir des repères.

06(@JeroenMusch)_B.jpg Une démarche alternative est toute trouvée avec la spectaculaire grange de verre de Book Mountain signée MVRDV, à Rotterdam et le projet en ruban - bibliothèque couplée à un centre communautaire - de MADA à Qingpu, en Chine, connu sous le nom de Thumb Island. Book Mountain et Thumb Island sont deux impérieuses icônes citoyennes mais leurs architectes sont allés si loin dans la volonté de produire une forme reconnaissable que leurs espaces intérieurs souffrent de la comparaison avec un aspect extérieur frappant.

Les 10.220m² carrés vitrés de Book Moutain, érigés à califourchon sur une artère principale dans un quartier en difficulté, comptent sur la peau transparente et sans reflets pour promouvoir l’ouvrage, lequel abrite une rampe-étagères monumentale qui spirale et s’élève jusqu’à un sommet qui offre des vues panoramiques. La procession spatiale, métaphore qui convient à une bibliothèque, est l'ascension vers la lumière.

Celle de Qingpu, avec son club de sports, son restaurant et son théâtre, est un mélodieux bâtiment recouvert d’herbe et composé de pentes inégales, de buttes installées sur un tout nouveau lac artificiel. De vastes espaces sur plusieurs étages et des terrasses extérieures s’entremêlent en un paysage aux perspectives changeantes, tandis que les toits végétaux absorbent les pluies, insonorisent les intérieurs et créent un jardin urbain que l’architecte a imaginé dédier à la pratique du Tai-Chi le matin.

Book Mountain et Thumb Island sont iconiques, certes, mais leurs espaces intérieurs manquent à créer tout l’éventail d’expériences essentielles dans les bibliothèques d’aujourd’hui, celles qu’on trouve dans Ingleside and Ballard. Afin de créer les salles de conférence, les bureaux, les espaces de lecture, les tables de travail et les terrasses d’exposition de Book Moutain, MVRDV tisse dans des ravines et des plateaux mais cela ne résout par le problème d’une bibliothèque n’abritant qu’une salle unique : de fait, d’y rechercher des échappatoires, acoustiques, visuels, comme spatiaux. Quant à Thumb Island, à l’image de ces architectures chinoises plus ou moins aventureuses, le bâtiment est davantage une image qu’un lieu. Avec des finitions déplorables, le bâtiment a l’air, six ans après sa livraison, d’attendre sa rénovation.

07(@DoctorCasino).jpg Ces quatre bâtiments, tous impressionnants, remplissent de nombreux impératifs nécessaires à une bibliothèque. Mais ils sont moins efficaces quant à deux sujets incontournables pour n’importe quel bâtiment contemporain et déterminants pour un bâtiment public : le contexte environnemental et le contexte culturel. Depuis que la bibliothèque doit, idéalement, favoriser le sens d’appartenance de ses usagers à une communauté, elle doit répondre aux particularités locales et culturelles tout en se distinguant de ses alentours. 

C’est un dur défi à relever - notamment dans la mesure où la plupart des bibliothèques de quartier sont implantées dans des quartiers qui laissent à désirer -. De l’autre côté de la rue d’Ingleside existe ainsi une boulangerie chinoise et une boutique de soins pour le corps ; face à Ballard, un drugstore et des bureaux. Book Mountain butte sur une autoroute et autour du lac de Thumb Island se multiplient les soporifiques blocs résidentiels. Comment, dans un tel tissu, créer un repère à la fois unique et local ?

Les stars du firmament des bibliothèques de quartier montrent la voie. Compter parmi eux les deux nouveaux bâtiments à Washington par David Adjaye, ainsi que la bibliothèque et centre culturel dans la minuscule (12.000 habitants) ville de Vennesla par Helen & Hard.

Davantage encore que n’importe quelle autre starchitecte contemporain, David Adjaye reconnaît l’importance sociale de la bibliothèque de quartier et il s’est vigoureusement attaqué à re-conceptualiser ce programme. Quand le bibliothécaire en chef de la bibliothèque de Washington a demandé à David Adjaye s’il pouvait envisager de concevoir deux petites bibliothèques dans le cadre de la révision par la ville de ses succursales de quartier, l'architecte n’a pas hésité. Ayant déjà construit deux bibliothèques d’influence dans le quartier appauvri de Tower Hamlets à Londres, appelées 'Idea stores' (boutiques à idées), il répondit qu’il était «super intéressé».

08(@EdmundSumner).jpgSes bibliothèques Francis A. Gregory et William O. Lockridge Bellevue, tout comme la Vennesla Library de Helen & Hard, toutes faisant moins de 2.300m², répondent avec talent aux problématiques précédemment soulevées et en partie résolues seulement dans les bibliothèques de Seattle, San Francisco, Rotterdam et Qingpu.

Ces bâtiments équilibrent présence citoyenne, dynamisme visuel et espaces intérieurs réussis. Ils attirent la lumière naturelle et l’orchestre de façon à éviter l’ensoleillement direct. Les espaces bruyants sont séparés des espaces plus calmes. 

Avec des compositions de matériaux parfois amusantes, parfois simplement impressionnantes et des détails impeccablement mis en oeuvre, ces bâtiments confèrent dignité à leurs citoyens-usagers. David Adjaye ainsi que Helen & Hard interprètent par ailleurs subtilement les contextes urbains et culturels de leurs sites sans historicisme rétrograde ou populisme irréfléchi : ils font de cet humble bâtiment municipal une arène d’interactions sociales, un refuge, une icône publique qui aide les usagers à se construire une identité commune.

David Adjaye prête tellement attention aux nuances du contexte urbain qu’il est difficile de voir dans ses deux bâtiments la signature du même architecte. Francis Gregory est une bibliothèque faite d’acier et de verre, Bellevue de béton et de bois. Francis Gregory est composée d’un simple volume monolithique, Bellevue d’une accumulation irrégulière de pavillons en béton.

Francis Gregory cerne un parc public négligé dans un quartier ponctué de petites maisons néo-géorgiennes. Ayant vu dans le parc le seul trait distinctif de ce quartier, David Adjaye a développé son concept à partir de cet élément, dessinant une boîte de verre à la structure en acier irrégulière qui fait écho à la végétation du parc. Même le plafond à double hauteur du hall d’entrée est recouvert de verre, offrant des vues sur le ciel. C’est un bâtiment qu’il faut voir en personne pour le comprendre, car les photos exagèrent sa monumentalité. Allez-y et vous tomberez sur un repère à la forme de bloc où des carreaux de verre transparents alternent avec des carreaux opaques, d’aucuns reflétant l’environnement. La nuit, le repère brille dans le quartier.

09(@EdmundSumner)_S.jpgLe site en pente raide de la bibliothèque de Bellevue n’a même pas offert un parc à l’inspiration. Juste à côté s’enchaînent des bâtiments commerciaux et des modestes maisons de bois et de briques, certaines dotées d’appentis. Alors, David Adjaye a choisi de s’inspirer de ces appentis atypiques et de leur structure en linteaux. Sa bibliothèque est composée de lattes de bois verticales régulièrement espacées et de bâtiments surélevés de tailles différentes qui créent des espaces extérieurs abrités où se réunissent les résidents.

Quant aux espaces intérieurs des deux librairies de David Adjaye, Bellevue est spatialement plus complexe, attirant les usagers en haut d’une cage d’escalier jaune et d’une longue rampe menant du hall d’entrée à l’espace des enfants au deuxième étage ou qui finit sur la salle de lecture bien proportionnée du troisième étage. Dans les deux projets, l’architecte a utilisé essentiellement des matériaux abordables déployés avec rigueur et finesse. Les carreaux en verre élongés de Francis Gregory sont doublés à l’intérieur avec des planches de bois qui confèrent chaleur à la lumière entrante et offrent aux usagers des endroits où se lover.

Le projet de Vennesla de Helen & Hard révèle que ces architectes, tout comme David Adjaye, sont à la hauteur des défis sociaux et esthétiques posés par une bibliothèque contemporaine et, qu’à l’instar de David Adjaye, ils ont la vision et le talent nécessaires pour faire de ces petits bâtiments sans ambition un espace citoyen vivant, accueillant et éloquent.

Quand Vennesla a ouvert ses portes l’année dernière, The Huffington Post a publié un diaporama sous le titre 'La plus belle bibliothèque du monde ?'. C’est sans doute surestimer ce bâtiment - en tout cas tant que la Bibliothèque d’Henri Labrouste à Paris et celle de Louis Kahn à Exeter existent toujours - mais cette bibliothèque est en effet exceptionnelle.

10(@EmileAshley)_S.jpgPour Helen & Hard, la clé réside dans le site et le contexte. Localisée dans une rue piétonne à côté du centre-ville de Vennesla, la bibliothèque s’étend entre un cinéma et un petit bloc de bureaux. D’y être attiré par un modeste portique d’où, via un large mur-rideau, il est possible d’entrapercevoir l’aspect changeant des espaces intérieurs en double hauteur emplis de lumière et d’ogives de bois. La Norvège a en effet une tradition d’innovation en matière d’architecture en bois.

En entrant dans l’espace composé de voûtes de la bibliothèque de Vennesla, de se sentir agréablement enveloppé, comme à l’intérieur d’une coque inversée de l’une de ces barques norvégiennes en bois. Les nervures du plafond s’élargissent progressivement en portée tandis que l’espace entre chacune d’elles se contracte, ce qui accélère le rythme de la procession spatiale du visiteur qui va crescendo au fur et à mesure que la pièce tourne à 45° vers le sud. Ces nervures en bois ont plusieurs fonctions : structurellement, elles soutiennent le toit ; fonctionnellement et esthétiquement, elles cachent les réseaux. Mais la plus grande surprise apparaît quand les nervures se courbent vers le sol, où elles deviennent bien des choses utiles : étagères, recoins de lecture, bureaux, bancs, isoloirs.

Ce bâtiment incarne tout ce que devrait être une bibliothèque contemporaine. Les saisissantes nervures de bois de Vennesla, leur atypique composition et leurs multiples fonctions confèrent à ce petit bâtiment un aspect monumental qui ne s’oublie pas. Le bâtiment reconnaît gracieusement son contexte urbain et culturel en respectant la modeste échelle du quartier tout en accueillant le public dans son atmosphère boisée baignée de lumière, un espace varié tout en étant clairement norvégien.

Ces bâtiments créent une expérience sociale unique, que seule peut offrir une bibliothèque de quartier. Ils insistent sur l’importance tout à la fois des interactions sociales et du silence dans un monde cacophonique. Ils encouragent les habitants à développer leur sens de l’identité communale. Ils sont davantage tournés vers le présent et l’avenir que vers le passé. Les meilleurs insistent sur l’importance sociale de projets innovants et les meilleurs des meilleurs démontrent l’importance de la spécificité contextuelle. 

Ceux-là sont des repères, des marque-pages, des marqueurs sociaux. Chacun, à son humble manière, contribue activement à vitaliser la vie publique.

Sarah Williams Goldhagen | The New Republic | Etats-Unis
09-03-2013
Adapté par : Emmanuelle Borne

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