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Exposition | Josep Lluis Mateo : au bâtiment de parler pour lui-même (03-04-2013)

'Panta Rhei'*. C’est sous cette expression grecque signifiant 'cela coule de source' que s’ouvrait le 19 mars dernier, à la Galerie d’architecture, dans le IVe arrondissement de Paris, l’exposition présentant quelques projets choisis de l’architecte espagnol Josep Lluis Mateo. Une exposition aux accents hexagonaux qui interpelle mais laisse le visiteur sur sa faim.  

75004 | Josep Lluís Mateo

«Je ne voulais ni d’une exposition monographique ni présenter exclusivement des projets français». Dans le cadre de l’exposition organisée à la Galerie de l’architecture, Josep Lluis Mateo a préféré présenter «une dissection» de son travail actuel, c’est-à-dire tout juste livré ou en cours de construction. Entre passé et avenir, le présent en devenir.

Pour autant, sur environ une dizaine de projets et réalisations exposés, compter pas moins de sept projets implantés en France. De quoi narguer les confrères français ?

Telle n’est pas son intention mais, néanmoins, Josep Lluis Mateo est sans doute, en contrée hexagonale, le plus prolifique des architectes espagnols. Une présence qui date puisque l’architecte barcelonais participa au concours pour le réaménagement du parc zoologique de Vincennes en... 1993.

A l’époque, point d’Autocad et autres Rhino, ainsi qu’en témoignent des planches grattées à la main. «C’était le temps de l’archéologie», sourit Josep Lluis Mateo.

De Vincennes en 1993 donc, jusqu’à Lascaux en 2012, l’architecte ayant participé au concours du Centre International d’Art Pariétal. Entre les deux, Josep Lluis Mateo parle de «fluidité du temps». Une autre manière d’évoquer la constance d’un parti pris ?

En tout cas, avec des bureaux livrés à Boulogne-Billancourt en 2012, un immeuble de logements de 10.000m² en chantier à Toulouse, l’aménagement urbain du Grand Arénas à Nice et un immeuble de logements de 30.000m² en cours de travaux à Bordeaux, sans oublier le réaménagement des rives de l’Adour à Bayonne, en cours également, Josep Lluis Mateo a sans aucun doute fait son nid en France, faute d’y avoir élu résidence. De n’en ressentir nullement le besoin. «Sur Lascaux, nous étions in fine les plus locaux, les plus proches du site», sourit-il.

02(@AdriaGoula)_S.jpgJosep Luis Mateo assure que construire ici ne demande pas un effort d’adaptation. «Les cultures sont comparables», dit-il. Quid des méandres d’une réglementation franco-française ? «Ici ou ailleurs, elle est de toute façon compliquée».

Alors, un fil directeur ? «A vous de me dire ; la permanence ne m’intéresse pas tant que la différence». Effectivement, de projet en projet, Josep Lluis Mateo ne se répète pas. «Certes, tout architecte a besoin de points d’accroche, sans lesquels il tombe. Il est impossible de commencer un projet à zéro mais j’essaie d’être ouvert».

A l’observateur donc de dégager les points d’ancrage de l’architecte... tel ce travail sur la matérialité d’un projet, entendu la matière intimement liée à la forme ; «la matière comme une expression abstraite». Laquelle, pour Josep Lluis Mateo, n’est pas secondaire au regard du parti pris. Il y a au contraire «une tension permanente entre idée et matière». Bref, chez Josep Lluis Mateo, l’idée contient la matière et vice-versa.

03(@AdriaGoula)_B.jpgVoir la sculpturale cinémathèque de la Catalogne, livrée en 2012 à Barcelone, où l’architecte était convaincu «que le bâtiment devait être un mur». D’où la brutalité d’un béton aux poutres et aspérités apparentes. Mission accomplie : «d’apparence, il ne reste que la structure du mur».

La matière oui, en revanche, «je n’arrive pas à faire de la peau ; un bâtiment n’est pas une peinture». En voilà un qui serait malheureux en notre capitale aux dents creuses. Selon Josep Lluis Mateo, cette allergie épidermique vaudrait à son agence «de ne pas être toujours compétitive dans des concours».

«Si je jouais au critique, je dirais que je m’intéresse davantage au volume qu’à la surface», concède-t-il au Courrier. D’où tient-il ce regard distancié ? «Avant d’être architecte, j’étais rédacteur en chef de la revue Quaderns pendant dix ans (de 1981 à 1990, ndlr), poste que j’ai quitté car il a bien fallu choisir un métier».

Josep Lluis Mateo a commencé son métier d’architecte à l’âge de quarante ans. Ceci expliquant la constance de ses convictions ? Alors qu’il s’éloigne, sa collaboratrice, Marta Cervello, précise : «plus que son ancien rôle de journaliste, c’est sans doute celui d’enseignant qui lui permet d’avoir les idées claires».

04(@AdriaGoula)_B.jpg «J’ai toujours un oeil critique sur mes projets», confirme l’architecte. «La vraie différence entre un travail d’architecte et de critique est la distance. L’analyse implique une distance alors que l’architecte est à l’intérieur de son projet, même s’il doit aussi se forcer à regarder un projet de l’extérieur. Telle est la limite du critique : il ne sera jamais à l’intérieur et il prend tant de distance qu’il en devient parfois cynique».

Josep Lluis Mateo semble bien là où il est, à l’intérieur. «En rentrant à l’intérieur, c’est plus dramatique mais aussi plus intéressant», dit-il. De fait, l’architecte dit être féru de l’acte de construire, «pas seulement pour son aspect technique mais en tant qu’énergie collective».

Une énergie visible dans les projets présentés à la Galerie de l’architecture, où Josep Lluis Mateo a invoqué de nombreux modes de représentation, textes, vidéos, maquettes... et maquettes d’études. La preuve qu’il «ne mythifie pas la démarche».

«In fine, au bâtiment de parler pour lui-même», estime-t-il.

Ceci expliquant cela ? Malgré le choix de supports diversifiés, l’ensemble, trop épuré, en quantité comme en textes, laissera sans doute sur sa faim le visiteur qui découvre Josep Lluis Mateo.

Définitivement posté à l’intérieur, dommage que ce dernier n’ait pas entrebâillé davantage la porte d’entrée.

Emmanuelle Borne

* 'Panta Rhei πάντα ρει - Josep Lluis Mateo', jusqu’au 13 avril 2013, à la Galerie d’architecture, 11 rue des Blancs Manteaux, Paris 4e.

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