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Visite | Les nouveaux atours de Jussieu (75) (27-10-2010)

La tour centrale du campus universitaire Pierre et Marie Curie revêt, depuis juin 2009, de nouvelles façades cachant des plateaux entièrement restructurés. Réalisée par Thierry Van de Wyngaert, cette réhabilitation est à la fois le fruit d’astuces techniques et d’une volonté d’honorer un projet inconnu du grand public. Visite.

Réhabilitation | Tours et gratte-ciel | 75005 | Thierry Van de Wyngaert

"L’avenir est un présent que nous fait le passé". Signé André Malraux, cet aphorisme répété en lettres de différentes tailles sur les allèges des nouvelles façades habillant la tour centrale de Jussieu, ou tour Zamansky, du nom du dernier doyen de la Faculté des Sciences, accueille les étudiants de l’université Pierre et Marie Curie en cette rentrée universitaire 2009.

"J’ai choisi cette phrase pour témoigner d’une époque", souligne Thierry Van de Wyngaert, l’architecte chargé de la réhabilitation de la tour, où sont installés les locaux administratifs du campus. Selon lui, cette démarche mémorielle, au-delà de la nécessaire remise à niveau technique de l’ouvrage, est "l’une des raisons pour lesquelles notre projet a été retenu par la maîtrise d’ouvrage, l’Etablissement Public du Campus de Jussieu (EPCJ), dirigé par Michel Zulberty".

Une réhabilitation en hommage à un projet inconnu

Sélectionnés avec le BET Coteba pour participer à la réhabilitation de la tour centrale de Jussieu en 2004, Thierry Van de Wyngaert et son équipe commencent par se pencher sur l’histoire du site et sur les plans de l’architecte en chef du campus de Jussieu, Edouard Albert. "Nous nous sommes aperçus que la tour ne correspondait pas au projet initial prévu dans les plans d’Albert", raconte l’architecte. Suite à la mort d’Edouard Albert en 1968, le dessin d’origine fut en effet abandonné et la tour qui est finalement érigée au coeur de l’espace universitaire en 1971 fut conçue par les architectes Cassan, Coulon et Richard.

02(@TVAA)_S.jpg "Le projet d’origine prévoyait, à chaque étage, un décalage des façades de six centimètres par rapport au dessin des poteaux tubulaires", explique Thierry Van de Wyngaert. "La tour adoptait ainsi la forme d’une fleur de lotus", poursuit-il. Les sous-faces des dalles de béton passant de six centimètres au 24ème étage de la tour à environ 1,5 mètre au premier étage, Edouard Albert avait imaginé de les orner de fresques peintes par Georges Braque. "La tour changeait ainsi d’apparence selon l’angle et la distance", commente Thierry Van de Wyngaert. Séduit par cet effet plastique mais dans l’impossibilité de concrétiser telle quelle l’idée d’Albert, "pour ne pas perdre de m²", l’architecte choisit de traduire l’idée d’origine "en traitant les contraintes techniques de façon plastique".


03(@XavierTestelin).jpg Ce sont les faux plafonds des plateaux, lesquels regroupent les gaines techniques du bâtiment, qui permettent à l’architecte d’évoquer le concept imaginé par Albert. En les bordant de tubes lumineux de différentes couleurs et en faisant pivoter ces gorges lumineuses de 1 degré à chaque étage, "les sous-faces des dalles se révélant ou se cachant au fur et à mesure que l’on s’approche ou que l’on s’éloigne de la tour", Thierry Van de Wyngaert confère un mouvement au bâtiment, conformément à la vision originelle du projet. Une subtilité plus ou moins apparente selon l'angle du point de vue et l'heure de la journée, d'autant que le nouveau système d'illumination de la tour s'éteint automatiquement à 23h00.

Un noyau désaxé pour une tour en mouvement

Outre le principe plastique proposé par Thierry Van de Wyngaert, ce dernier estime que c’est "une trouvaille technique" qui a convaincu l’EPCJ de choisir la proposition élaborée par son équipe.

"L’enjeu du projet était une remise aux normes d’un bâtiment très vétuste", rappelle l’architecte. En fait, le projet de réhabilitation portait sur un bâtiment désamianté, dépouillé de ses façades et dont il ne restait que l’ossature métallique et le noyau central en béton. Or, "la proportion entre la largeur de la tour au regard de ce noyau concentrant les circulations verticales était très mauvaise", souligne Thierry Van de Wyngaert. Plus précisément, 12 des 24 mètres formant la largeur totale du bâtiment étaient consacrés au noyau central. "La profondeur des bureaux était ridicule", observe l’architecte, tout en précisant que la structure centrale était "cernée par un couloir de circulation obscur".

04(@TVAA)_S.jpg Pour pallier ces inconvénients, Thierry Van de Wyngaert propose de disposer les locaux techniques et les sanitaires parallèlement à la cage d’escalier. Ce faisant, "nous avons certes légèrement épaissi le noyau central mais nous l’avons, aussi, désaxé", précise-t-il. En repoussant ainsi le coeur de la tour de Jussieu vers le sud, Thierry Van de Wyngaert fait d’une intervention plusieurs coups : il augmente les surfaces situées au nord du bâtiment, lesquelles sont dévolues aux salles de réunion et dispose une coursive au sud, qui favorise l’éclairage naturel des plateaux, les bureaux étant disposés à l’est et à l’ouest de la tour. "Nous n’avons, au total, pas perdu de m²", observe l’architecte. Une gageure quand on sait que, appliquée au pied de la lettre, l’opération de remise aux normes impliquait une perte de surface.

A réhabilitation plastique, réhabilitation symbolique ?

Habillant ces plateaux baignés de lumière, les nouvelles menuiseries posées par l’équipe de maîtrise d’oeuvre, qui respectent les normes de sécurité et thermiques en vigueur, confèrent un tout autre visage à la tour centrale de l’Université Pierre et Marie Curie. Le verre fumé typique des années 1970 a été remplacé par un verre transparent, la surface des ouvertures ayant été augmentée. Thierry Van de Wyngaert a en effet choisi de supprimer les traverses en aluminium marron qui bordaient les fenêtres et il a remplacé les trumeaux de 40cm par des trumeaux de 15cm. Au total, la surface vitrée du bâtiment a été augmentée de 26%, ce qui représente 2,45m² de vitrage par panneau contre 1,95m² avant la réhabilitation. Résultat : même assis, il est possible d’admirer la vue panoramique sur Paris.

05(@XavierTestelin).jpg A réhabilitation technique, Thierry Van de Wyngaert a donc allié réhabilitation esthétique... et symbolique. "Nous avons souhaité changer le regard que les gens portent sur ce bâtiment", souligne l’architecte. Ce dernier a d’ailleurs apporté autant de soin à l’accroche au sol de la tour qu’à ses façades. Pavé de granit noir et surplombé de vastes suspensions, sortes de dirigeables à la Jules Verne qui servent "à redonner une échelle au parvis du campus", le hall d’accueil contribue, selon Thierry Van de Wyngaert, à faire de la tour Zamansky "si ce n’est un lieu de prestige, au moins un objet de fierté".

Reste un regret : que les abords directs de la tour n’aient pas fait partie du marché remporté par l’équipe de TVAA. La désormais fière tour centrale de Jussieu est en effet cernée... par un bassin asséché.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Réhabilitation de la tour centrale du campus de Jussieu à Paris (75)
Programme : présidence de l’UPMC (Université Pierre et Maire Curie), bureaux administratifs, salles de réunion
Maîtrise d’ouvrage : EPCJ (Etablissement Public du Campus de Jussieu)
Maîtrise d’oeuvre : Coteba, Bureaux d’études techniques (mandataire), TVAA Architectes (Thierry Van de Wyngaert et Véronique Feigel) ; Cabinet Voxoa, économiste ; Grandeur Nature, concepteur lumière.
Entreprises : CBC (lot structure, lots techniques et lors architecturaux), Rinaldi Structural (lot façade), Sinadec (lot dépose), ATMF Multipse (lot nacelle nettoyage), Roth (lot peinture intumescente), Mecaray (lot stores).
Etudes : juillet 2005 - mai 2006
Chantier : octobre 2006 - juin 2009
Surface : 12.916m²
Hauteur : 95 mètres, 24 niveaux
Coût : 26M€

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 09 septembre 2009

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