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Présentation | Au Maroc, dans le désert : contexte sans pastiche (20-03-2013)

En fragmentant le programme en différents volumes, les architectes Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana ont créé un équipement aussi efficace qu’éloquent. Livrée en octobre 2011 dans le sud-ouest du Maroc, l’école supérieure de Technologie de Guelmim est un exemple d’architecture tempérée, en clair qui se passe d’équipements techniques pour se préserver du soleil.

Education | Maroc

D’aucuns connaissent peut-être le travail du trio composé des architectes marocains Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana, dont la Faculté polydisciplinaire de Taroudant, livrée en 2005 dans le sud-ouest du Maroc, fut nominée au prix 'Young Arab Architects' en 2012.

Dirigeant chacun leur agence à Casablanca, ces diplômés de l’Ecole nationale d'architecture à Rabat en 2003 ont réitéré leur collaboration à l’occasion de la conception et réalisation, en octobre 2011, de l’école supérieure de Technologie de Guelmim.

«Pérennité, fonctionnalité du programme, optimisation des circulations et économie» : tels étaient, selon Driss Kettani, les enjeux fixés par l’Université d’Agadir, maître d’ouvrage du projet, en charge des programmes universitaires du sud du pays.

Aux objectifs du maître d’ouvrage font écho ceux des architectes. «Nous avons beaucoup capitalisé sur l’expérience de Taroudant», signale Driss Kettani. Une expérience visiblement concluante : alors que l’équipement de Taroudant était issu d’un concours, celui de Guelmim fut confié directement aux trois amis par l’Université d’Agadir.

Avec ses 20.000 mètres carrés et son Ryad central, l’Université de Taroudant est un projet plus «solennel» que «l'intimiste» école de Guelmim, dont les différents volumes comptent 6.883 mètres carrés au total. En tout cas, la première fut un véritable champ d’expérimentation quant à l’élaboration de principes architecturaux assurant la protection thermique des bâtiments.

A Guelmim en effet, le contexte ne fut pas tant l’affaire d’un site, en l’occurrence vierge, que du climat. D’un soleil qui jamais ne voit l’ombre, il fallait se protéger.

02(@FernandoGuerra-FG+SG)_B.jpgAssorties à une volonté de «recherche d’urbanité», les considérations thermiques furent donc déterminantes. D’où ce programme fragmenté en différents volumes.

A l’entrée du pôle universitaire trônent les monolithes dédiés à l’administration ainsi qu’à l’amphithéâtre ouvert au public. Place ensuite, le long d’un axe central, aux salles de cours et autres salles de travaux pratiques jusqu’à la cafeteria qui clôt la traversée.

En variant les échelles, les architectes ont créé des ambiances différentes «afin que les usagers s’approprient l’école».

«Grâce aux jardins qui s’immiscent entre les bâtiments, l’air circule», poursuit Driss Kettani. Les espaces verts forment également des écrans végétaux qui participent «à tempérer l’ardeur du soleil».

«Nous avons évité autant que possible de planter du gazon qui consomme beaucoup d’eau et nous avons préféré des arbres et des plantes grasses», précise Driss Kettani.

03(@FernandoGuerra-FG+SG)_B.jpgCoursive, auvents et pergolas, murs coupe-vent, espaces bi-ventilés, sans oublier l’orientation nord-sud du projet... Vu le budget - 4,5M€ au total -, les architectes ont mis en oeuvre autant de principes permettant de se passer de systèmes techniques plaqués sur l’architecture, dont la climatisation.

Se protéger des rayons revient à honorer l’architecture du soleil. A Guelmim comme à Taroudant, Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana se sont inspirés de l’architecture vernaculaire de la région, «savant jeu de volumes cubiques».

De même, l’enduit ocre projeté sur des murs en béton fait écho à la tradition des constructions en terre tout en consolidant l’inertie thermique des bâtiments. Justement, pourquoi ne pas avoir privilégié les ressources locales ? «Le budget était limité et la maintenance difficile», explique Driss Kettani.

En fait, les trois complices ont procédé à une interprétation contemporaine du contexte. Les lignes sobres des volumes de Guelmim évoquent en effet une école minimaliste. «Le minimalisme est souvent une posture ; or, ici, la sobriété du trait est justifiée», souligne Driss Kettani, lequel préfère parler de contextualité.

«Nous revendiquons un modernisme ancré dans le contexte marocain».

04(@FernandoGuerra-FG+SG)_S.jpgA l’intérieur aussi, il s’agissait de tenir Râ à distance. Sans transition, au sein des monolithes aux ouvertures réduites au strict minimum, des surfaces immaculées composent un univers aussi doux que le climat extérieur est rude. «Ce contraste est inspiré des Kasbah que nous avions visitées dans le sud où, à l’intérieur, l'ambiance est lumineuse mais avec peu de lumière directe», indique Driss Kettani.

Plan, structure, matérialité... «L’architecture est un continuum dont on ne peut dissocier les composants les uns des autres», estime l'architecte.

Pour autant, «passer du papier à la réalité est un vrai défi», souligne-t-il.

05(@FernandoGuerra-FG+SG).jpgLe défi semble avoir été relevé avec brio, sans doute parce que la collaboration de Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana s’articule autour d’une vision commune : «capter l’essence d’un contexte sans le pasticher pour concevoir une architecture contemporaine qui essaie de dire la vérité».

Laquelle vérité sort autant des vides que des pleins de l’école supérieure de Technologie de Guelmim.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Maître d’ouvrage : Université Ibn Zohr d’Agadir
Architectes : Saad El Kabbaj, Driss Kettani, Mohamed Amine Siana
Collaborateurs : Yassine El Aouni, Rachid El Maataoui
BET : BEPOL SARL
TCE : Zerkdi & Fils
S.H.O.T : 6.883m²
Etudes - réalisations : 2008-2011

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