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Exposition | L'architecture à la discrétion de stARTT (20-03-2013)

Inaugurant la nouvelle scénographie des salles d’expositions et de conférences de l’Institut culturel italien de Paris, confiée à la jeune agence italienne stARTT, l’exposition 'Future : Architecture e(s)t Paysage' est signée... stARTT*. Au sobre contenant fait écho un élégant contenu composé de projets qui se font discrets au profit de leurs contextes urbains et historiques. Découverte d’une architecture au service du paysage.  

75007 | stARTT

Fondée à Rome en 2008, l’agence stARTT vaut pour 'Studio di Architettura e Trasformazioni Territoriali' : ambitieux programme pour de jeunes architectes.

Simone Capra, Claudio Castaldo, Francesco Colangeli et Dario Scaravelli, associés de stARTT, sont tous présents ce 27 février 2013 pour accompagner, en avant-première, Le Courrier dans une visite guidée de l’exposition que leur consacre l’Institut culturel italien de Paris sous le commissariat de Pippo Ciorra, responsable des expositions au MAXXI.

Les cordonniers sont les plus mal chaussés, dit l’adage. Ici, au contraire, le travail de réhabilitation et de scénographie de stARTT met non seulement en valeur les volumes et les décors de l’hôtel Gallifet qui sert d’adresse à l’Institut, mais offre aussi un écrin de qualité aux projets présentés.

Ayant «assuré la continuité des espaces et dégagé la vue vers le jardin», les associés de stARTT ont créé des pupitres courbes le long des murs et une série d’ilots mobiles pouvant être assemblés selon les besoins. Sobriété e(s)t efficacité.

Place au contenant, qui compte plus de projets que de réalisations. Le fait du jeune âge de ces concepteurs mais, aussi, d’un marché de la construction italien en crise.

02(@GabrieleLungarella).jpgstARTT est pourtant un nom évocateur : en 2012, ce studio signait l’installation 'Whatami' dans la cour du MAXXI, que Le Courrier avait découvert à l’occasion d’un séjour à Rome. Jubilatoire, cet éphémère archipel ponctué de tulipes géantes éclairant un relief engazonné était inspiré des univers de Superstudio ou Corto Maltese.

«Ce projet était aussi, tout à la fois, une déclinaison industrielle du premier puzzle inventé par John Spilsbury et un hommage aux cartes géographiques d’Alighiero Boetti», précisent les architectes. Si les références se bousculent, le résultat n’appelait aucune érudition de la part des visiteurs et faisait la joie des petits autant que des grands.

Ancrés dans des fondements théoriques - Simone Capra, Claudio Castaldo, Francesco Colangeli et Dario Scaravelli évoquent entre autres les théories radicales italiennes des années 1970 -, les projets de stARTT sont surtout emprunts de poésie. Le résultat d’une posture aussi pragmatique que conceptuelle de composition des projets à partir de leurs sites d’implantation.

«Notre méthode de travail emploie des techniques issues de l’art et du paysage», soulignent les associés de stARTT. «En nous nourrissant de ces arts, nous retournons l’attention sur le projet davantage que sur le concepteur», disent-ils.

Voir le projet 'La vista del mare' où la requalification d’une rue de la ville de Norma - dans la province de Latina -, une demande très technique de la part de la mairie offrit «une excuse» pour faire varier les points de vue sur le paysage. «Le paysage est traité comme une succession de plans scénographiques», précisent les architectes.

«Véritable instrument pour reconstruire la relation au paysage», le projet est, sinon secondaire, en tout cas l’outil d’une transformation qui s’étend au-delà de ses propres limites.

03(@stARTT)_S.jpgAutre projet, autre enjeu, même démarche. Le 'Caleidoscopio di Semper', à Latina, résulte d’une opération de réhabilitation d’un ancien entrepôt en centre commercial que les architectes de stARTT ont choisi d’appréhender «comme partie intégrante du tissu urbain». C’est-à-dire qu’ils ont imaginé une façade de briques traditionnelles formant une toile perforée qui cache ou révèle les vues selon la qualité du paysage.

«Un hommage aux réflexions de Semper». La référence, encore et toujours. Qui n’échappe pas à la réalité. En effet, si le PLU de la ville autorise la construction d’un tel projet, le Plan de la région, au contraire, s’y oppose. Dans un contexte administratif kafkaïen, l’hommage restera donc une intention.

«Le concours pour le réaménagement de la cour intérieure du Pavaglione dans le village de Lugo à Ravenne, au nord de l’Italie, va se construire lui !», s’exclament les architectes. Aujourd’hui composé d’arcades monumentales du XVIIIe siècle autour d’un vide de 8.000 mètres carrés, l’endroit est un véritable non-lieu au centre du village. En effet, «les commerces installés dans le bâtiment tournent le dos à ce coeur goudronné». Absurde destin en Italie où l’espace public est un modèle du genre.

04(@stARTT)_S.jpgstARTT a donc sans hésiter choisi d’orienter les boutiques vers une place réhabilitée. Minimale, l’intervention ? Au service du genius loci plutôt. «Nous avons repris les tracés historiques pour inciser la surface de la place et nous avons combiné ce parti avec des interventions plus contemporaines telle la création d’une plateforme». Les associés de stARTT militent pour la stratification historique avec, pour cerise sur le gâteau, la couche contemporaine, dans un pays où l’architecture se cantonne souvent à la conservation du patrimoine. «L’Histoire est un outil, pas une finalité», estiment ces jeunes architectes.

Le trait est aussi délicat que les partis. Illustrant le dernier projet, les perspectives aux paysages brumeux ne sont pas qu’oniriques. «Il y a une lumière particulière dans cette région». stARTT a prévu que les incisions du sol deviennent, la nuit venue, des signaux lumineux émergeant dans le brouillard. «Intitulé 'Omaggio a Luigi Ghirri, ce projet est, comme son nom l’indique, un hommage au travail du fameux photographe». A quand l’émancipation ?

Enfin, 'Astrapae', projet conçu dans le cadre d’un concours privé pour l’extension d’une cave à vin à Trévise, dont le dessin suit la configuration du sol, est un autre témoin d’une démarche en interaction avec la géographie.

05(@stARTT)_B.jpgAmbitieux ou doués d’un instinct de survie, selon les points de vue, les associés de stARTT espèrent «que le succès du projet du MAXXI va [leur] donner une impulsion à l’étranger car, en Italie, les projets publics ne se réalisent pas».

Faisant partie «d’un sous-bois d’agences qui se développent depuis quatre, cinq ans» à l’ombre d’un Piano ou d’un Fuksas, stARTT est en guerre, à lire Pippo Ciorra. «stARTT fait partie de cette myriade de petites agences qui luttent énergiquement, dans un contexte de concurrence déloyale, pour affirmer le rôle de l’architecte dans la transformation de nos paysages et pour promouvoir un niveau acceptable de qualité dans notre production architecturale», écrit le commissaire dans le catalogue de l’exposition.

Ayant exposé à New York comme à Paris, Simone Capra, Claudio Castaldo, Francesco Colangeli et Dario Scaravelli sont bien partis pour consolider une notoriété naissante. Avec leur concept d’architecture-paysage, ils tiennent une spécificité encore tributaire d’une théorie toute universitaire mais qui, projets et réalisations aidant, ira sans doute en s’affirmant.

Emmanuelle Borne

* stARTT, 'Future : Architecture e(s)t Paysage’, du 28 février au 26 avril 2013, Institut culturel italien de Paris.

Réactions

cdg | attachée de presse | 75 | 21-03-2013 à 19:57:00

Bravo pour le papier sur l'agence startt.Excellents et dynamiques jeunes architectes paysagistes italiens qui ont réhabilité avec soin l'institut culturel italien.
Bravo emmanuelle, d'avoir été là aussi.

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