LCDLA

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | A Lille, les archives sont dans la boîte (20-03-2013)

Un parti fonctionnel et technique. L'ambition est assumée par les agences lilloises de Alzua+ (Jérôme de Alzua et Vanessa Barrois) et ZigZag Architecture (Dominique Maret, Etienne Fromont et Pierre Gilbert). Ensemble, elles ont livré à Lille, en octobre 2012, les nouvelles archives départementales du Nord, premier ouvrage de ce genre à énergie positive. Bref, 80 kilomètres de rayonnages mis en boîte. Un exemple à suivre ? Jusqu'à Pierrefitte-sur-Seine ?

BEPOS | Bâtiments Publics | Culture | Lille

La neige est à peine fondue. Le froid presse les journalistes qui n'ont qu'un objectif : rejoindre les nouvelles archives départementales du Nord au plus vite. Direction le quartier d'Esquermes. Porte des Postes, le paysage mêle les époques et confronte les échelles. Face à l'ancien hôpital de la Charité, depuis transformé en lycée, les barres de briques rouges d'un grand ensemble.

La voiture bifurque à droite et s'engage rue Saint-Bernard. Depuis l'artère, rien ne transparaît de l'édifice flambant neuf pourtant haut de sept étages. Et pour cause, l'ancien bâtiment de stockage, de type 'Pailleron', bloque le regard. Une démolition prochaine offrira de nouvelles perspectives visuelles.

En 2008, un concours mettait en compétition cinq agences. Le jury, réuni en 2009, optait pour le duo de Alzua+ et ZigZag, au nom du sobre parti architectural adopté. «Nous avions des projets qui étaient des catalogues ; nous avons préféré un bâtiment simple et équilibré face à des propositions qui étaient plus démonstratives», explique le représentant de la maîtrise d'ouvrage.

02(@ZZ).jpgEn effet, parmi les projets des agences retenues, pour les uns, une pyramide, pour les autres, un sous-sol. In fine, une boîte fut retenue. «Ce résultat a été motivé par une grille d'analyse dont les trois piliers étaient la fonctionnalité, la technique et l'insertion», poursuit la maîtrise d'ouvrage.

«Il y avait différentes manières de répondre au sujet. Nous avons décidé, par exemple, de ne positionner aucune archive en sous-sol. Nous avons ensuite opté pour un volume simple car il s'agit là du meilleur moyen d'empiler les magasins», assure Dominique Maret, associée de ZigZag. Bingo !

De fait, la fonction dicte la forme, plus encore, la rationalité du parti. Le tout est conçu par deux agences : l'une, ZigZag Architecture, créée au détour des années 90, d'une quinzaine de collaborateurs ; l'autre, de Alzua+, fondée en 2002, dont l'équipe regroupe près de vingt-cinq personnes.

«Jérôme de Alzua a travaillé chez ZigZag il y a quatorze ans et, entre temps, chez Massimiliano Fuksas», explique Vanessa Barrois, associée de Alzua+. Un lien de cause à effet ? D'une boîte à l'autre ? Le calendrier témoigne du contraire. Le grand dessein de Pierrefitte-sur-Seine date de 2005.

Toutefois, parents éloignés de l'archivage, les deux édifices n'en sont pas moins liés, Lille ayant servi de modèle. En effet, «l'ancienne conservatrice des archives départementales avait une phobie de la climatisation ; aussi s'agissait-il de minimiser les sources de chauffage et de rafraîchissement», assure l'entreprise de construction.

03(@DR)_S.jpgPour ce faire, il a été démontré l'importance d'une climatique rigoureuse dont la température doit être comprise entre 16 et 25°C et dont la variation n'excède pas un degré par vingt-quatre heures. Jusqu'alors, la réglementation exigeait pourtant 18°C et une variation maximale de plus ou moins un degré ; un objectif que seule la climatisation rendait possible.

«L'ambition que nous nous sommes fixés pour ce projet est aujourd'hui une valeur reprise par les nouvelles normes des archives de France», se félicite l'entreprise. Exit la climatisation !

Pour l'inertie, le bâtiment est «emmailloté». L'isolation est faite par l'extérieur et un pare-vapeur est intégré à la façade même de la construction.

Autre point, le désenfumage ; «la taille maximum d'un magasin est de 200m². Il est compliqué de mettre le feu aux archives. Nous avons convaincu les pompiers qu'il ne servait à rien de mettre en oeuvre un dispositif de désenfumage. Il vaut mieux jouer du confinement ; il n'y a pas assez d'oxygène pour développer un incendie», explique l'entreprise de construction.

Bref, à Lille, des archives départementales au service de la Nation puisque, à Pierrefitte-sur-Seine, Massimiliano Fuksas reprendra ces dispositions. «Au fond, nous avons conçu un édifice technique et nous jugeons bon de ne pas l'avoir montré. Il s'agit avant tout d'un bâtiment d'archives et nous n'avions pas envie de communiquer sur le fait qu’il s’agit d’un bâtiment à énergie positive en l’inscrivant notamment sur la façade ou en tombant dans nombre de clichés», affirme Vanessa Barrois.

Le volume est question d'architecture. «Ce n'était pas le travail de la masse qui était inquiétant. Les possibilités n'étaient que peu nombreuses quant à l'implantation sur le terrain. Nous avons travaillé avant toute chose les données techniques. Nous avons d'abord élaboré le projet avec les ingénieurs. La forme est, in fine, induite par l'urbain, notamment le PLU», poursuit-elle.

05(@ZZ).jpgRestait alors à concevoir un «mode de fonctionnement». «Nous avons désolidarisé les bureaux et les espaces de traitement du livre», précise Dominique Maret. De fait, de petites entités font face au monolithe de métal.

«La peau est une anamorphose d’une page d'écriture. Nous voulions un signal visible et relativement discret», explique l'associée de ZigZag.

La maille d'inox perforée est «une façon de parler d'écriture sans être trop immédiat. Les motifs évoquent des papyrus, parmi les premiers documents d’archives. Nous avons d'abord pensé à de l’inox poli-miroir mais, compte tenu de la taille de l’édifice, nous aurions pu avoir des problèmes avec l'aéroport de Lesquin», assure Vanessa Barrois.

En définitive, le bâtiment des archives départementales du Nord adopte une peau moins clinquante, laquelle se plie en deux endroits et confère à la façade un léger mouvement. Selon la lumière, les teintes changent et la masse se subdivise. La brutalité du parti fonctionnel n'en est que plus assouplie. Au bonheur des riverains et des pilotes.

Jean-Philippe Hugron

04(@DR)_S.jpgFiche technique

Maître d’ouvrage : Conseil Général du Nord
Maître d’oeuvre : de Alzua + et ZigZag Architecture
Surface projet : 13.000m²
Montant projet : 23.14M€ HT
Réalisation : 2012

Réagir à l'article


ERCO Oct 2013
LCDLA

Présentation |Hoge Architectures à l'âge de pierre

Bernd Hoge, architecte fondateur de l’agence Hoge Architectures, a livré en 2009 le Musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny (37). Monolithe de pierre résolument contemporain, la nouvelle institution culturelle se...[Lire la suite]

design in

Visite |Kengo Kuma a fait dans son FRAC

Marseille 2013. L'événement est l'occasion pour la ville de multiplier les projets architecturaux. Parmi eux, le nouveau FRAC. Pour ce faire, il fallait, inévitablement, un geste gesticulant et une signature internationalement...[Lire la suite]

ESA avril 2014

Chronique |Rem Koolhaas peut-il sauver l'architecture de la patrimonialisation ?

Le 16 mai 2011, Ben Davis, deputy editor au sein du magazine ARTINFO, est revenu sur l'intervention de Rem Koolhaas en marge du 'New Museum's Festival of Ideas for the New City' de New York. Le célèbre architecte et théoricien...[Lire la suite]

Design in

Visite |Sous les écailles mordorées, la fonctionnalité du nouveau Théâtre 95 signé GPAA 

Bling-bling ? Plutôt gourmand, le nouveau Théâtre 95 de Cergy-Pontoise livré en mai 2012 par GPAA (Gaëlle Péneau Architecte et Associés). Enveloppée d’écailles de cuivre, la...[Lire la suite]

esa

Visite |Le neuf cube de PARC Architectes

Les deux armes de l’architecte ? La carte et la plume. Du moins pour Emeric Lambert, associé avec Brice Chapon de l’agence PARC Architectes, lauréate des AJAP en 2012. L’écriture problématise et...[Lire la suite]

esa avril 2014

Visite |Fernanda Canales, le discours

Samedi matin, la ville est encore silencieuse. Loin du tumulte, Coyoacán. Le quartier résidentiel se réveille à peine. A Mexico, toutefois, le temps se gaspille vite. Fernanda Canales arrive en voiture. «Une heure de...[Lire la suite]