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Portrait | François Fontès, comme le loup blanc (20-03-2013)

Qui ne connait François Fontès ? A Montpellier, impossible de passer outre la figure emblématique. Energique, l’homme galvanise. Il est à la fois architecte, promoteur et mécène. Il cosigne sur ses terres en 2012, avec son ami Jean Nouvel, un édifice remarquable et remarqué : le nouvel hôtel de ville. Bref, qui pour ne pas connaître François Fontès ?  

France | François Fontès

Frêche touch', le cube est rock'n roll. Bleu électrique. Métallique. Il y a un peu des années 80 et bien sûr, la grille néo-plasticienne. Sous le soleil éclatant, l’édifice est spectaculaire.

Quelques arrêts de tramway plus loin, l’agence de François Fontès. Un îlot, au premier regard, suranné. L’hôtel particulier est exubérant, son jardin, préservé. Un botaniste amateur y a planté quelques essences rares. Les décades se sont depuis écoulées.

Au charme fin de siècle, le trouble de quelques voitures garées ici et là. Le perron franchi, le jardin d’hiver dépassé, le hall parait démesuré. A gauche, l’oeil du visiteur peut entr’apercevoir un salon mauresque. L’exotisme façon 1900.

«Monsieur Fontès vous recevra dans un instant». Direction, une salle de réunion. Quelques collaborateurs s’inquiètent d’une présence insolite. «Pour un portrait ?», s’étonnent-ils. Tous de faire l’éloge du maître de maison. L’enthousiasme est de mise.

«Il est séducteur», dit-on en ville.

02(@DR)_B.jpgLes murs de la pièce sont nus. Les cadres sont à terre. L’adresse n’est-elle que temporaire ? François Fontès arrive. Changement de pièce et d’atmosphère. La salle des maquettes, plus vaste encore. Modèles réduits et planches de concours seront les témoins d’un entretien intimiste.

«C’est en construisant des cabanes que je suis devenu architecte. Mes parents étaient passionnés d’art. J’ai très tôt senti en moi une volonté de création», confie l’hôte de ce lieu. Sur la table, un iPhone blanc, un iPhone noir, un briquet orange.

03(@JPHH)_S.jpg«L’architecture est la superlativité de l’art. Nous sommes confrontés à une matière plus vaste qu’en sculpture par exemple. Il y a ces notions de complexité qui sont attrayantes», poursuit-il.

Au jeune homme d’engager donc, en 69, des études d’histoire de l’art, d’archéologie et de géographie. 

«J’ai tout commencé en même temps», se souvient-il. «L’école était alors peu organisée».

Il y eut aussi deux ans de philosophie. «J’ai regretté d’avoir abandonné mais il faut faire des choix», dit-il. 

Aujourd’hui encore, les casquettes sont multiples et l’homme de l’art d’être aussi promoteur. In fine, l’architecture prime.

«J’ai toujours considéré mon métier comme incomplet», assure pourtant François Fontès.

L’acte créatif est «limité» et l’ambition de l’entrepreneur est «d’englober toute la production».

«Pourquoi devrions-nous avoir une séparation entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’oeuvre ? Cette séparation historique est en grande partie liée à la conception de l’architecte artiste ; or, l’architecte a lui-même toutes les compétences pour devenir maître d’ouvrage», explique-t-il.

Les promoteurs ? «Des marchands de soupe», ironise l’architecte. L’incompréhension est certaine. A partir de la fin des années '80, l’homme de l’art s’engage sur une autre voie, afin de «comprendre l’ensemble du mécanisme».

«Il s’agissait pour moi d’appréhender les inquiétudes de la maîtrise d’ouvrage. Elles induisent des incompréhensions bien souvent néfastes dans le processus de conception». François Fontès est désormais des deux côtés du miroir.

04(@FontesArchitecture)_B.jpgLycée Jean Monnet, Montpellier / Grand prix de l'excellence européenne créé par le prix Nobel de la paix René Cassin (1990)«Aujourd’hui, je respecte davantage les promoteurs», assure-t-il. «La maîtrise d’ouvrage est une profession à grande responsabilité, laquelle n’est sanctionnée par aucun diplôme. Un promoteur devrait être formé en terme d’architecture et d’urbanisme», sûrement autant que l’architecte devrait avoir une formation technique et financière.

«Il n’y a aucune facilité à être son propre client. Je n’ai pas vocation à tout faire et à tout écrire. Je ne suis l’architecte de mes programmes que de temps en temps», assure-t-il. Parmi les mandataires de François Fontès promoteur, Rudy Ricciotti et Jean Nouvel, entre autres.

L’autre Pritzker français est un ami de longue date. «Nous nous sommes rencontrés à Nîmes. A l’époque, il était un architecte émergent. C’était en 1984. Nous avions une passion commune pour la tauromachie. Depuis, nous avons développé une proximité amicale et intellectuelle», dit-il.

Si l’un a quitté ses terres périgourdines, l’autre s’est révélé «immobile». «Je ne voulais pas quitter Montpellier. Je suis comme un arbre planté au milieu de mon territoire. Je suis à l’aise dans la contextualité méditerranéenne», assure François Fontès.

05(@JPHH)_S.jpg«L’homme du sud», qu’il dit être, n’a pas «l’égo» pour poser ses projets ici et là dans le monde. «J’ai travaillé en Algérie, au Maroc, en Chine, dans les pays du Golfe mais c’est ici que je suis le mieux», dit-il.

A Montpellier, aussi en Camargue. «J’y ai un mas. Je suis très attiré par la nature, elle est une source d’inspiration. Il y a les marais, les pins parasols et ces jeux de lumières. J’y passe le plus clair de mon temps. J’y ai la tranquillité et ma bibliothèque. Je ne viens à l’agence que les mardis, jeudis et vendredis», explique-t-il.

L’homme collectionne les livres. «Plusieurs milliers», dit-il. Et d’ajouter : «je ne suis pas bibliophile, j’ai une passion pour le livre en tant que source». Pour l’heure, les pages d’Elie Faure sont un refuge autant que la redécouverte d’une écriture lyrique.

Robinson Crusoé. «La puissance même de la nature est une source de plaisir et de bonheur», dit-il. En mémoire, son enfance.

«J’ai été formaté par les grands arts classiques. Je n’avais pas forcément les bonnes clés pour les comprendre. Les personnalités du mouvement artistique support-surface, dont certains ont été mes enseignants, me les ont données». Bref, une formation pour la liberté.

«J’ai eu un parcours atypique. J’ai d’abord fait de l’archéologie en Algérie. Je m’intéressais pourtant davantage à l’Egypte. J’ai toujours eu un goût prononcé pour l’histoire, notamment l’histoire de l’architecture, non pas pour la vision passéiste. Nous regardons l’histoire pour le futur. Son verdict est un oracle», assure-t-il.

«J’essaye d’aider l’école d’égyptologie de Montpellier. Je finance notamment des chantiers en Egypte. Je fais ainsi du mécénat. C’est un moyen de contribuer à cette aventure de l’archéologie». Et de réaliser, par procuration, ce que le temps ne permet pas.

A mille lieues des champs de fouilles, les programmes de logements sociaux. L’agence, la promotion, Aménophis IV... «Je ne dors que cinq ou six heures par jour», sourit-il.

A'A' ? «C’est aussi du mécénat». Le «monument culturel» est désormais sauvé. «La revue m’apporte un contact permanent avec la création mondiale», dit-il.

«Je voudrais la porter sur un plan plus polémique. Nous sommes restés sur des grandes théories», poursuit-il. En mire, «la perte de sens harmonique», «la superposition de réglementation», «l’hydre monstrueuse de la grande industrie»...

«Il faut briser ce carcan d’immobilisation», clame-t-il. Cela vaut pour lui-même.

06(@FontesArchitecture)_B.jpgNouvelle Faculté de Médecine, Montpellier«Je suis un véritable entrepreneur. J’ai le désir de faire et d’éliminer les strates de contraintes. Nous nous formons sur le tas», dit-il.

«J’ai reçu un enseignement fondé sur le diktat de la pensée rationnelle et de l’intelligence ; or, je crois qu’aujourd’hui, il y a la place pour d’autres concepts. Il faut ramener la poésie, le rapport à la nature. La population sent ce déficit et l’intervention de l’homme paraît excessivement négative», souligne-t-il.

Un brin idéaliste, François Fontès ? Les pieds dans la réalité. Une «guérilla intellectuelle» est engagée. Son objet, le logement ; «un enjeu essentiel».

«Il s’agit de réformer l’image du logement social. La méthode doit être proche des circuits courts et l’architecture capable de donner du travail. Il est plus facile de faire des banches que de poser la question de la pierre. Ce matériau donne l’impression d’un produit de luxe ; or, le moellon a toujours été mis en oeuvre pour les constructions modestes».

A Montpellier, Fontès-maître d’ouvrage a confié à Ricciotti-maître d’oeuvre la réalisation d’un ensemble social, en pierre.

«Les normes locatives contraignent. Les espaces sont encadrés et codifiés», regrette l’architecte. Pour contrarier la norme, l’homme expérimente et concrétise. Sur un piédestal, une maquette. Les plateaux se superposent, importants ; les logements s’y développent sur une surface moindre. «Chacun pourra rajouter des espaces de vie», assure François Fontès.

07(@FontesArchitecture)_B.jpgRésidence Iode, Palavas - Logements sociauxChaque niveau est «une plateforme», opportunité de changements futurs. Un cahier des charges et un catalogue proposent différents «artefacts» comme, par exemple, une véranda ou un conteneur. A chacun ses besoins. Un idéal, aujourd’hui, en cours de construction.

«La qualité architecturale est un combat». Qui du promoteur ou de l’architecte parle ? Vraisemblablement les deux.

Cela écrit, l’homme n’est pas schizophrène. Le discours n’est jamais double et la cohérence toujours de mise.

«Il faut apprendre de tous», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Guillaume | architecte | Montpellier | 21-03-2013 à 10:15:00

"Les promoteurs ? «Des marchands de soupe», ironise l’architecte." Soupe qui le nourrit allègrement. Pour des projets qu'il vaut mieux ne pas montrer.

Virginie//architecte | architecte | 21-03-2013 à 10:11:00

Le fric s'est pas chic avec FF !

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