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Chronique | Arrêt sur image : la 3D, ma quête (06-03-2013)

Le recours aux images de synthèse dans le cadre d’un concours d’architecture est-il ou non pertinent ? Voyons la polémique engagée l’an dernier entre Immobilière 3F, principal bailleur de France et constructeur de pas moins de 6.000 logements par an, et quelques architectes parfois virulents.  

Média | France

Les perspectives de concours sont désormais toutes plus expressives les unes que les autres ; tantôt abstraites et magnifiant le projet, tantôt plus figuratives encore que la réalité qu’elles dépeignent.

A l’été 2012, Immobilière 3F, par la voix de Pierre Paulot, son directeur de l’architecture, de l’aménagement et de l’environnement, proposait que le recours à l’image de synthèse soit désormais exclu de quelques-uns de ses concours au motif que les non-sachants fondaient leur jugement sur ces représentations par trop séduisantes et avaient le plus grand mal à saisir les nécessaires évolutions futures du projet.

La volonté de Pierre Paulot est de désamorcer «la dictature de l’image de synthèse». Laquelle est, selon lui, en substance, un artifice «qui impose un point de vue réducteur du projet». Il est permis de penser comme lui que ces images peuvent orienter un jury vers des choix peu rationnels issus d’avis tranchés sur telle écriture trop pastichante ou trop moderne ou se focalisant sur une couleur ou une matière. «Fiction ou réalité, perspective ou maquette, soyons vigilants à asseoir nos jugements sur la qualité intrinsèque des projets, leur matérialité et non des 'j’aime, j’aime pas' trop simplificateurs», écrit-il*.

Dernier argument du maître d’ouvrage : construire la ville implique d’aller au-delà de la séduction et de s’inscrire dans un temps long au cours duquel le projet se nourrit du dialogue entre tous ses acteurs (lesquels, à l’instar d’un film de cinéma, sont pléthore). En bref, un bâtiment ne se résume pas à un coup de foudre primitif entre un homme (une femme) et une image tandis que se passer en jury de ces représentations permet d’éviter toute surenchère et de dépassionner le débat.

En toute logique, I3F a élaboré un nouveau règlement de concours stipulant que le projet serait jugé à l’aune des données techniques et (prétendument) objectives : plans, coupes, façades et aussi des «croquis noirs et blancs» exigés, à défaut de toute autre représentation du propos architectural. Une maquette en blanc est également demandée mais aucune 'ambiance' ne peut étoffer la représentation technique du projet.

Le but recherché est de permettre à un jugement de s’exercer sans présumer d’une proposition définie par l’image, de donner l’idée d’un processus, d’un travail en cours, d’une ébauche, voire d’une esquisse.

De fait, en exigeant une maquette, le maître d’ouvrage cherche aussi à exprimer une volumétrie, une idée des gabarits et des échelles, des implantations et des liaisons. Bref, un point de vue urbain que la maquette a vocation à révéler et vis-à-vis duquel la perspective risque d’être trompeuse ou partielle.

En d’autres termes, la perspective ne véhiculerait ni trop ni trop peu d’informations mais des informations fausses en ne disant rien de l’habitabilité, de la domesticité, de l’appropriation et de l’insertion.

02(@Hamonic+Masson)_S.jpg«Ce raisonnement a priori sans faille ne semble pas tenir compte des progrès techniques récents qui révolutionnent l’art du modélisme à l’orée du 21e», soutient Benjamin Colboc (CFA). «La stéréolitographie, le fraisage numérique, la découpe laser... Ces techniques permettent de pousser toujours plus avant la précision et donc la définition précoce du projet architectural», dit-il.

En effet, la représentation 3D est l’outil de l’architecte contemporain.

Jean Bocabeille, lauréat d’un concours lancé sous ce mode par I3F pour un ensemble de 360 logements à Pontoise, qualifie de 'janséniste' le point de vue de Pierre Paulot : «Cela fait longtemps que tout un chacun a appris à faire la différence entre la réalité et l’image qui n’est qu’une promesse non contractuelle, une évocation métaphorique. On se fourvoie à empêcher l’architecte d’exercer son expertise car la représentation est contiguë de sa pratique», avance-t-il. 

Et de citer Mies van der Rohe et son projet de papier pour l’immeuble de verre de la Friedrichstrasse de Berlin qui, trente ans plus tard, se matérialisait dans son Seagram Building. A cette époque, déjà, le dessin était l’outil de la pensée de l’architecte. Prétendre le contraire est une hérésie.

«C’est surtout la négation de l’essence même de l’architecture et de l’histoire de sa représentation. Séparer représentation et idée est oublier (...) que l'image est la fabrication du concept», ajoutent les architectes de l'agence Hamonic+Masson. Qui insistent : «Réfuter l’image comme médium architectural équivaudrait à demander aux jurys littéraires d’exiger une seule forme d’écriture afin de ne retenir que l’idée et non le style. Ne pas faire de distinction entre Perec et Céline, entre Houellbecq et Carrère, est nier le concept même d’écriture !». La perspective serait le dessin de ce début de 21e siècle.

03(@Plan01)_S.jpgFinalement, le coeur de la problématique n’est-il pas que les non-sachants des jurys - maires et les riverains, par exemple - aient leur mot à dire ? S’ils sont légitimement invités dans les jurys, pourquoi juger douteuse leur capacité à estimer les qualités d’un projet, fut-ce sur une perspective ? «Au nom de leur [les non-sachants] incapacité à communiquer, ils nous empêchent de communiquer», s’irrite Jean Bocabeille.

De fait, il revient au maître d’ouvrage d’expliquer aux membres de son jury de concours d’architecture, notamment aux non-sachants, comment déchiffrer des plans, coupes et façades et comment tenir à distance la perspective qui n’est qu’une vue de l’esprit, subjective, que l’architecte propose de son projet. «Il faut savoir expliquer un projet d’architecture aux gens qui commandent de l’architecture et c’est le rôle d’un maître d’ouvrage que de leur apprendre à décrypter une image», affirme l’architecte.

Celui-là même qui, une fois le concours de Pontoise gagné, a dû produire, dès le premier rendez-vous avec le maire, une douzaine de perspectives et des échantillons de matériaux afin d’expliquer le projet à l’édile et achever de le convaincre. De l’indéniable pouvoir de séduction des perspectives et de leur capacité à se transformer en outil pédagogique au service du projet.

Pers' ou maquette ? Le débat n’est pas tranché. Plus royaliste que le roi, un concours pour le secteur ouest de Clichy Batignolles n’exigeait qu’une volumétrie et des plans au 200e. Nouveau dans le paysage du concours d’architecture, une phase de travail en workshop était même prévue, ce afin d’éviter les idées préconçues.

L’arroseur arrosé ? En effet, au final, pour ce concours, une maquette fut finalement exigée.

Annabelle Hagmann

* 'Concours : la fin des images de synthèse ? L’alternative de Pierre Paulot, de I3F’, Olivier Namias, 19 juin 2012, d’a

Réactions

zeff | 09-01-2014 à 01:07:00

Quand on voit les images du projet tour Triangle à Paris, tout en transparence, on comprend que les images de synthèses ne sont pas un outil de création pour l'architecte mais un outil de mensonge architectural pour des commerçants.

matluc | architecte | bretagne | 18-03-2013 à 13:53:00

Maquette en carton, maquette numérique 3D. Maquette qui simule l'effet du carton...Bluffant. Ce qui dérange est sans doute le "texturing" et le "mapping" (mise en couleur et texture des matières). Les outils actuels permettent et surtout la 3D de faire le tour de son projet, d'anticiper tous les problèmes. C'est merveilleux. Le problème qui ne dit pas sont nom chez les "non initiés", c'est la non-culture de projet. On ne peut pas vraiment avoir de bonne idées quant on a jamais vu d'autres projets...là-encore vieux débat, c'est le facteur cheval qui a construit son palais grâce à des cartes postales...

degio | chefderub | 08-03-2013 à 08:53:00

Ben, euh, je voudrais pas dire, mais ça me semble être un "combat" - et un débat - complètement has been. Les architectes utilisent, comme chacun d'entre-nous, l'ensemble des outils que l'époque met à leur disposition. Et basta.

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