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Visite | Bibliothèque Universitaire de Badia Berger, la plénitude du vide (20-02-2013)

«Nous ne revendiquons pas une écriture mais une réponse nouvelle à chaque projet», soulignaient Marie-Hélène Badia et Didier Berger en 2007. Six ans plus tard, rien n’a changé. Voir la bibliothèque des sciences et techniques de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (78), livrée fin 2012, où ces architectes ont préféré sublimer l’espace que surligner leur signature. Résultat ? Un bâtiment d’une rare éloquence.

Education | Versailles | badia-berger architectes

L’espace, l’espace, l’espace. Le 14 février dernier, lors d’une visite de presse, une fois franchi le hall d’entrée de la nouvelle bibliothèque du campus scientifique de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, d’être frappée, sinon happée, par la générosité et la fluidité des volumes.

«Trop souvent, la signature cache le programme». Ici, au contraire, la signature Badia Berger architectes magnifie le programme. Comptant deux plateaux de lectures de 1.100 et 775 mètres carrés chacun, ce bâtiment est un modèle du genre.

Il y a quelque chose de la bibliothèque de Berlin signée Hans Scharoun à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Quelque chose de l’envergure, du recueillement... «Oui, c’est une de nos références», sourit Marie-Hélène Badia.

De références pourtant, l’agence Badia Berger en compte moult à son actif. Depuis la création de l’agence en 1981, ses architectes ont construit pas moins de douze temples de lecture.

«Oui, mais ce sont des bibliothèques municipales», précise Didier Berger. La différence ? «Les surfaces sont plus grandes ici et les services ne sont pas disposés de la même manière... Mais, au final, la problématique est la même : passer du support papier au numérique». L’enjeu se traduit notamment par des plateaux libres facilement modulables et le soin apporté à la lumière et l’acoustique, «un invariant de nos projets même si ce programme impose plus qu’un autre encore de contrôler l’ensoleillement».

02(@DavidBoureau).jpgBref, Marie-Hélène Badia et Didier Berger ont créé un lieu de vie plus que de conservation des livres. Exit la boîte autiste.

«Nous travaillons en coupe bien plus qu’en plan». Ceci expliquant cela. Afin d’obtenir une belle hauteur sous plafonds - c’est-à-dire environ 4,5 mètres pour chaque plateau de lecture -, compter deux niveaux d’espaces servants par plateau.

Le premier, encaissé dans le sol, est départi de poteaux grâce au plancher suspendu du deuxième. A ce titre, les architectes rendent hommage aux ingénieurs de la structure, «de vrais concepteurs».

En fait, le bâtiment est composé, en plan, de trois volumes distincts. Au sud, l’accueil, surmonté de trois étages de bureaux, ouvre sur les deux espaces de lecture reliés l’un à l’autre par un entresol. Au nord, les salles de consultation se déploient sur quatre niveaux. En résumé, «nous avons privilégié un grand vide sans poteaux surmonté d’un vaste plateau et rejeté les espaces servants au bout».

Si la radicalité est un leitmotiv pour Marie-Hélène Badia et Didier Berger, à Versailles, le principe a visiblement trouvé «sa plénitude». De compter certes douze et une bibliothèques pour parvenir au résultat mais, ici, le parti pris est aussi le fruit d’un site contraint.

«Le bâtiment est implanté sur un plateau encaissé entre deux terrains de sport, d’où une emprise restreinte en largeur», précise Marie-Hélène Badia. La restriction vaut également pour la hauteur sur un territoire où les constructions sont «sous la stricte surveillance» du château de Versailles, autrement dit plafonnée à douze mètres de haut. «Nous avons donc décaissé le talus existant pour s’élever tout en respectant la règle d’urbanisme».

03(@DavidBoureau)_B.jpgD’un projet où prime la visibilité résulte «un bâtiment extrêmement lisible». Ne pas se fier aux architectes. «Les étudiants s’en sont emparés sans hésitation», souligne l’équipe de direction de la bibliothèque. Ici, «on sait, dès l’entrée, où aller» autant qu'on sait où l'on se tient. Ceci est une bibliothèque.

Pour autant, la monotonie est tenue à distance. Le mobilier, visiblement choisi par les architectes, participe de la qualité de l’espace. Entre tables de travail classiques, tables filantes, espaces 'lounge' parés de fauteuils, la variété des places assises fait écho à la qualité des rayonnages, dont le vernis rappelle le bardage extérieur du bâtiment.

Et la lumière ! Le ciel est peut-être terne en ce jour maussade de février, mais elle emplit l’espace... en toutes mesures. Partout, le moindre rayon est réfléchi. «Nous récupérons la lumière en la faisant difracter pour éviter l’ensoleillement direct», précise Didier Berger.

«Nous n’avons jamais autant travaillé les traitements solaires que sur ce projet», assure-t-il.

Effectivement, chaque ouverture, selon son orientation, raconte l’objectif des concepteurs. Au nord, des ouvertures en bandes suffisent pour les salles de consultation. A l’est, un mur rideau de huit mètres de haut, dont les raidisseurs servent de brise-soleil, offre une vue saisissante sur des arbres composant un deuxième rideau de protection. Ce tableau végétal aux branches dénudées semble avoir été planté là pour les étudiants tant il prête à la contemplation.

04(@DavidBoureau)_B.jpgA l’ouest, l’agence Badia Berger a préféré, en créant des alvéoles «qui reprennent les sheds de la toiture», des prises de lumière latérales. Au-dessus du deuxième plateau de lecture, les sheds justement, ne sont pas le résultat d’un dessin capricieux «mais un système vieux comme le monde pour aller chercher la lumière zénithale».

Retour à l’entrée de la bibliothèque, située au sud. Justement, «ça tombait bien» ; Marie-Hélène Badia et Didier Berger ont saisi cette chance pour y expérimenter un mur trombe prolongé d’un auvent. Un détail à l’échelle du bâtiment mais qui, selon les architectes, aurait fait pencher la balance en faveur de leur projet. Ca tombait bien.

Isolation par l’extérieur oblige, l’agence Badia Berger a choisi d’envelopper la bibliothèque d’une tôle ondulée en aluminium anodisé dont la teinte 'nickel' varie selon le ciel. Grise lors de la visite, elle tend, à entendre les architectes, vers l’or ou le vert selon les jours.

A l’intérieur, pas de vibrations. Un impeccable béton auto-plaçant, «plus stable que les variations de la tôle», permet aux étudiants de se concentrer. Sans doute lèvent-ils souvent les yeux des livres...

La bibliothèque du campus scientifique de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ? D’architecture, tout simplement.

Emmanuelle Borne

05(@DavidBoureau)_B.jpgFiche technique

Programme : construction d’une bibliothèque universitaire des sciences et techniques, Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Maître d’ouvrage : Conseil régional d’Ile-de-France
Mandataire : Icade Promotion

Maîtrise d’oeuvre :
Architectes : Badia Berger architectes
Chef de projet travaux : Trevor Ablott
Assistant projet : Jérémy Kumala
Assistante matériaux-couleurs : Anna Englesson
Economiste : J.C. Campion
BET Structure : Batiserf Ingénierie
BET Fluides : BETHAC
HQE : SLH ingénierie
Acousticien : A. Taravella

Surface : 4.011m² SHON
Coût : 7.057M euros HT (valeur 02/2012)
Concours : juin 2006
Livraison : 2012

Réactions

Christian | Manager | Guadeloupe | 07-03-2013 à 23:06:00

C 'est une magnifique réalisation quel talent ! Bravo a ces architectes .

Degio | chefderub | worldwide | 25-02-2013 à 10:00:00

Voilà une réalisation, va savoir pourquoi, envers laquelle j'avais un a priori défavorable. Mastoc à mon goût. Eh bien au final pas du tout. Je trouve ce travail très subtil. Comme quoi...

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