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Chine | MAD, question de mode ? (13-02-2013)

La Chine, entre modernité et traditions ? L’Occident réinterprète les canons du symbolisme chinois, l’Orient joue quant à lui du passé. Question de mode ? Ma Yansong, fondateur de la célèbre agence MAD, répond aux questions de Xu Xinlei, journaliste, dans un entretien publié dans China Daily le 17 janvier 2013.  

Chine | Yansong Ma

Contexte
Un peu de folie dans MAD ? Certainement. Mais aussi beaucoup d’ambitions.
L’agence, fondée à Beijing par Ma Yansong en 2004, est la première du pays a avoir construit et livré un édifice à l’étranger, et non des moindres : deux tours résidentielles de 50 et 56 étages à Mississauga, dans une banlieue lointaine de Toronto.
Les formes organiques du parti architectural ne sont pas étrangères au parcours de l’homme de l’art : par delà l’Empire du Milieu, de Yale à Londres, Ma Yansong a fait ses armes chez Zaha Hadid.
La rédaction

UNE CONVERSATION AVEC MA YANSONG
Xu Xinlei | China Daily

HONG KONG - Ma Yansong est reconnu de par le monde comme une voix qui compte parmi la jeune génération d’architectes en Chine pour sa façon de combiner subtilement modernité et traditions.

Né en 1975 à Beijing, Ma Yansong a vécu son enfance dans des hutongs où il dit avoir été «libre et en sécurité». Il y a notamment «beaucoup appris sur la relation entre l’humain, la nature et les produits fabriqués par la main de l’homme».

Ceci explique sans doute pourquoi son projet Hutong Bubble 32 a remporté un tel succès en 2010. Intégrée dans un hutong, la structure en acier comprend une cage d’escalier qui s’étend jusqu’au toit-terrasse. L’édifice introduit ainsi un élément futuriste dans une cour traditionnelle de Beijing.

En 2012, son premier projet international, Absolute Towers, a été livré à  Mississauga, la sixième ville du Canada. Sinueuses et saisissantes à la fois, ces deux tours plantureuses ont redéfini le skyline. Elles sont prénommées 'Marilyn Monroe' par les habitants.

En juin dernier, ces deux réalisations ont été désignées parmi les plus beaux gratte-ciel du monde par le 'Council on Tall Buildings and Urban Habitat' de Chicago, une association d’architectes et d’ingénieurs.

L’ensemble de ces projets a pour enjeu de «protéger le sens de la communauté et de l’orientation vers la nature tout en offrant à chacun d’entre nous la liberté de s’approprier les lieux à sa guise», souligne le site Internet de MAD.

Lors de l’édition 2012 du Hong Kong Design of Business forum, Ma Yansong partage ses idées sur la culture, la conception et l’architecture.

China Daily : Quels changements avez-vous constatés dans l’industrie de la conception architecturale en Chine ?

Ma Yansong : L’industrie de la conception architecturale en Chine a recherché sa propre voie ces dernières années. Elle a tenté de définir ce que doit être une construction moderne en Chine. De façon générale, cette industrie cherche à affirmer son identité.

Durant cette dernière décennie, des créateurs de différents champs, dont la mode et l’architecture, ont exploré les possibilités d’une conception chinoise contemporaine sous différents angles.

Quel type de relation constatez-vous entre la mode et la culture traditionnelle chinoise ?

02(@MAD).jpgIl y a deux conceptions totalement différentes. Chaque époque a sa propre mode. 

A mes yeux, quelques styles prévalant à certaines époques peuvent être considérés comme des tendances et ceci inclut des choses spirituelles. 

La mode existe à chaque époque. La tradition est elle-même une mode.

Il y a beaucoup de choses pionnières dans la culture traditionnelle et nous devons aller de l’avant avec créativité et innovation.

Après tout, la culture traditionnelle chinoise n’est pas en conflit avec la mode.

L’identité chinoise ne vous pose-t-elle pas de problèmes dans vos affaires et dans vos échanges internationaux ?

Je pense qu’elle apporte autant de difficultés que de défis.

Peu d’architectes chinois connaissent du succès à l’international alors que leurs projets font toujours partie des sélections de concours.

Dans la mesure où les étrangers ont rarement l’occasion de rencontrer des architectes chinois ailleurs qu’en Chine, il est naturel qu’ils ne connaissent pas bien leur démarche.

Le défi, je pense, vient du fait que ce manque de compréhension ajoute au mystère qui auréole les architectes chinois, ce qui leur donne moins de chances encore d’être reconnus.

Mais la Chine est dorénavant un sujet mondial. Si un architecte vient de Chine, tout le monde sera attentif à son travail.

03(@ozont)_B.jpgGénéralement, être un architecte chinois est une bonne chose, cette identité permet de se distinguer. Mais c’est une autre histoire quand ce sont les étrangers eux-mêmes qui prêtent attention aux architectes chinois et à leurs projets avant de décider de confier des projets locaux aux architectes de Chine.

Nombreux sont ceux qui aiment parler de la Chine aujourd’hui ; les éditeurs de livres étrangers et les organisateurs d’expositions encouragent l’implication d’architectes chinois. Mais il est encore rare qu’ils invitent des architectes chinois à concevoir des bâtiments qui feront partie de leur vie, de leurs villes et de leurs pays.

En tant qu’architecte chinois, il faut parler de culture chinoise et, aujourd’hui encore, présenter son travail dans différents pays et cultures afin d’en vérifier l’impact sur les cultures locales.

Xu Xinlei | China Daily | Chine
17-01-2013
Adapté par : la rédaction

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