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Etats-Unis | Ada Louise Huxtable, celle qui fit de l'architecture un sujet quotidien (13-02-2013)

Ada Louise Huxtable ? S’il ne dit pas grand-chose aux francophones, ce nom fut pourtant celui de la première critique d’architecture de la presse quotidienne aux Etats-Unis. Parmi les hommages qui se sont multipliés suite à son décès survenu le 7 janvier 2013, celui de l'architecte Michael J. Crosbie, publié le 16 janvier dans The Hartford Courant, magazine du Connecticut, permet au profane de faire connaissance avec celle qui remporta un Pulitzer Prize en 1970.

Etats-Unis

Contexte
En janvier 2013, la presse américaine a multiplié les hommages à la critique d’architecture Ada Louise Huxtable, décédée le 7 du mois. Parmi lesquels celui de l’architecte Michael J. Crosbie, qui préside le département d’architecture de l’Université de Hartford, présenté ci-dessous.
Parmi lesquels, aussi, celui de The New York Times, premier journal ayant employé Ada Louise Huxtable en tant que critique d’architecture.
«Elle invitait les lecteurs à appréhender un bâtiment non comme un assemblage de pilastres mais comme une déclaration publique dont la forme et l’implantation avaient de réelles conséquences sur ses voisins et ses occupants», soulignait, sous la plume de David W. Dunlap, le grand quotidien new-yorkais, le 7 janvier dernier. «Elle n’avait que faire de la banalité, de la monotonie, de l’artifice ou de l’ostentation. Elle pouvait être éloquente et impertinente, voire sarcastique. En apparence mesurée, elle ne s’empêchait pas de comparer par écrit un mauvais bâtiment américain avec les excès totalitaires d’Hitler, de Mussolini ou de Staline», écrit-il encore.
Critique féroce, Ada Louise Huxtable plaidait pour une architecture du quotidien.
EB

LA CRITIQUE EXIGEAIT QUE L’ARCHITECTURE FASSE PARTIE DE LA VIE
Michael J. Crosbie | The Hartford Courant

HARTFORD - Quand elle mourut le 7 janvier à l’âge de 91 ans, Ada Louise Huxtable, première critique d’architecture travaillant à plein temps pour un journal aux Etats-Unis, est partie comme elle était venue.

Elle avait rejoint The New York Times en 1963 et, un demi-siècle plus tard, elle écrivait encore, désormais pour The Wall Street Journal, des critiques intelligentes, parfois acerbes. Dans son dernier article, elle avait affiché son mépris pour le projet de Norman Foster éventrant la New York Public Library. Ce papier fut publié trois semaines avant sa mort.

Ada Louise Huxtable fit du mot 'architecture' un mot commun. Alors que ses prédécesseurs écrivaient occasionnellement sur l’architecture dans des journaux et des publications de choix tel The New Yorker, Ada Louise Huxtable en fit un sujet quotidien. Dans la décade qui suivit son arrivée au Times, nombreux furent les journaux qui se mirent à embaucher leur propre critique d’architecture à plein temps, tel Paul Gapp au Chicago Tribune.

En 1970, Ada Louise Huxtable reçut le premier Pulitzer Prize dédié à une critique éclairée et elle continua sur sa lancée en remportant le trophée MacArthur 'genius' Fellowship en 1981.

Ada Louise Huxtable percevait l’architecture non seulement en termes de style et d’esthétique mais en tant que manifestation vivante d’une culture. L’unicité d’un bâtiment lui importait peu ; elle s’intéressait à la manière dont plusieurs bâtiments, les espaces publics, les rues, les quartiers, la lumière, l’air et les matériaux se rencontraient pour former un lieu. Elle écrivait sur la façon dont la politique et l’argent façonnent l’architecture. Ada Louise Huxtable appréhendait l’architecture non comme un art échappant à la vie quotidienne, mais en tant que piment pouvant conférer à l’environnement construit toute sa saveur.

02(@krossbow)_B.jpgAda Louise Huxtable commença à écrire quand l’architecture moderne devint le mouvement prédominant après la deuxième Guerre Mondiale. Mais nombreux furent les architectes modernes qui souhaitèrent n’avoir jamais touché un crayon après qu’elle en eut fini avec eux. Edward Durell Stone, l’architecte du Centre John F. Kennedy à Washington, fut l’un d’entre eux. A l’époque, Ada Louise Huxtable définit le centre Kennedy de «vaste sarcophage de marbre où est enterré l’art de l’architecture», de bâtiment que seul Albert Speer pouvait aimer.

Selon l’auteur d’architecture Suzanne Stephens, qui enseigne la critique architecturale à Barnard et à Columbia, Ada Louise Huxtable était attentive à ne pas devenir amie avec les architectes dont elle commentait le travail. Elle conservait une distance professionnelle et son jugement était indépendant. Cela était difficile pour des architectes tel Edward Durell Stone, lesquels pensaient pouvoir la charmer de façon à ce que ses critiques soient moins piquantes.

Ada Louise Huxtable fut une partisane précoce et bruyante de la préservation du patrimoine et elle écrivit avec passion pour condamner la destruction de repères architecturaux telle l’ancienne Pennsylvania Station, à New York. Dans un article pour le Times intitulé 'L’art du discernement' (The Art of Expediency), elle compara une photo d’un ange en pierre issu d’une façade de l’ancienne Penn Station avec une photo d’une entrée de métro tristement banale de la nouvelle Penn Station. Elle ne signifiait pas ainsi qu’il est dommage de jeter l’architecture du passé en échange de quelque chose de fonctionnel. Elle avertissait qu’il n’était pas possible de réanimer les valeurs ou la réalité du passé simplement en recréant l’architecture du passé.

03(@flashfonic)_B.jpgDans cet article, Ada Louise Huxtable s’inquiète de voir ses contemporains prêts à accepter l’esthétique issue de l’économie, de voir que l’architecture ne participe désormais plus à éclairer nos esprits ou célébrer notre humanité. Elle prévient le lecteur que nous avons les villes que nous méritons, des villes «aux paysages aliénants» que nous voulons bien construire et dans lesquelles nous voulons bien vivre. In fine, la promesse de l’art de construire, selon Ada Louise Huxtable, «n’est pas dans la structure individuelle mais dans les relations établies entre les gens, la terre et les bâtiments, dans le ferment esthétique et humain qui s’appelle l’architecture».

Ada Louise Huxtable fut l’une des rares (avec d’autres auteurs tel Lewis Mumford) qui ne perdit jamais de vue l’enjeu ultime de l’architecture : édifier, inspirer, faire sens, tout en aidant aux actions de la vie quotidienne, domestiques ainsi que civiques. Tel est l’héritage le plus important d'Ada Louise Huxtable en tant que critique d’architecture. Elle donnait à ses lecteurs envie d’une meilleure architecture même si, souvent, ils ne la percevaient pas. Cela vaut toujours la peine qu’on en parle.

Michael J. Crosbie | The Hartford Courant | Etats-Unis
16-01-2013
Adapté par : Emmanuelle Borne

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