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Portrait | LAN Architecture s'échauffe à l'énergie (durable apparemment) (27-10-2010)

Le travail de Benoît Jallon et Umberto Napolitano (LAN Architecture, créée en 2002) a été reconnu et primé à plusieurs reprises, en France et à l'étranger. En témoigne notamment la quinzaine de projets en cours en 2009. Si LAN signifie Local Architectural Network, leur réseau est de moins en moins local et leur architecture de plus en plus affirmée. Portrait.

France | LAN

Début septembre 2009, un communiqué de presse du Chicago Athenaeum Museum of Architecture and Design annonçait les noms des lauréats du 'International Architecture Awards 2009'. Parmi plus de mille dossiers, 97 projets ont retenus l'attention du jury composé cette année d'architectes finlandais. Dans le lot, 13 sont américains, 8 sont chinois (ce qui en dit long d'ailleurs sur les progrès des agences chinoises dont l'une a gagné un concours à... Venise), 7 sont japonais et autant sont anglais... Dans ce palmarès, en nombre de médailles comme disent les commentateurs sportifs, la France, avec deux agences primées, n'est que 11ème à égalité avec le Vietnam, le Portugal et la Slovénie, notamment.

La première agence, N + B (Elodie Nourrigat et Jacques Brion), est retenue grâce à la réalisation d'une zone d'activité dans, la seconde, LAN Architecture, grâce au projet de Centre d'archives d'EDF à Bure (55).

'Surprise !', ce dernier projet collectionne déjà les récompenses. Il fut en effet primé aux 'Archi-Bau Awards 2009 - Green Building' en Allemagne, ainsi qu'aux 'XII World Triennial of Architecture' de Sofia (Bulgarie). Ce n'est évidemment pas le fait du hasard. Direction donc l'agence, fondée en 2002 par Benoît Jallon et Umberto Napolitano.

L'accueil, à la Cité de l'ameublement dans le 11ème à Paris, est chaleureux (le café est serré et, à midi, on mange des pâtes). Un mot suffit à lancer Umberto, 33 ans. Italien, de Naples, il est volubile et assurera l'essentiel de la conversation durant la rencontre. Benoît, 37 ans, arbore un sourire amusé, goguenard à l'occasion et intervient en petites phrases courtes quand il est temps de résumer le propos. "J'ai beaucoup de respect pour ceux qui montent seul leur agence ; je ne serais rien sans Benoît et lui rien sans moi", assure Umberto. Dont acte. Dans cet article, les citations seront donc généralement attribuées au duo d’architectes même si, en l’occurrence, c'est Umberto qui parle le plus souvent pour deux.

Les récompenses internationales donc. Comment LAN Architecture en fait-elle collection, quasiment depuis la session des NAJA 2004 dont l'agence est lauréate ? "C'est une stratégie. Nous participons quasiment à tout ce qui, de près ou de loin, approche les problématiques qui nous touchent", disent-ils. De fait, concourir à ces 'Awards', pour le faire bien, demande un investissement humain et budgétaire minimum. "Participer permet d'une part d'être protégé et peut-être reconnu et, d'autre part, d'ouvrir des portes vers d'autres réseaux", disent-ils. Ainsi, un premier prix en Allemagne (Green Building) leur a permis d'être invités sur des concours allemands. "Ouvrir un marché avec de nouveaux territoires et de nouveaux savoir-faire nous enrichit énormément...", assure Umberto. "… et permet également de s'échapper du système normatif français", précise Benoît.

Une responsable communication et 'développement international' d'une redoutable et courtoise efficacité - elle se reconnaîtra - ne gâte rien.

02(@LAN-RSI studio).jpgBref, découvrir à chaque fois "un monde derrière un programme" - de plus en plus loin d’ailleurs si l’on considère un intéressant projet en cours à Beyrouth - leur offre aujourd'hui une "palette d'expérience", laquelle nourrit en retour leur "soif de découverte". La boucle est bien bouclée. "Le partage d'expérience est enrichissant", disent-ils, en précisant encore que le mot 'expérience' est "extraordinaire". "Jimi Hendrix en a fait un groupe"*, remarque Umberto.

"Avant les NAJA, nous étions plus Rock & Roll qu'archis, on ne connaissait personne", relève Benoît. Avant les NAJA, "nous ne faisions que des apparts", raconte le duo. Et encore avant les NAJA, ils ne savaient pas ce qu'étaient les NAJA. "C'est une amie journaliste qui nous a dit de s'inscrire". Le hasard fait bien les choses, ce n'est que plus tard donc qu'est née la stratégie.

L'agence et sa vingtaine de collaborateurs s'apprêtent à quitter les 160m² de la Cité de l'ameublement pour 300m² dans le 10ème. Il faut dire que Benoît Jallon et Umberto Napolitano, en septembre 2009, n'ont pas moins de quinze projets en cours. "On a eu la chance de ne pas sentir la crise", disent-ils. La chance est un état d'esprit. "Il faut croire que tu vas rentrer quelque chose", expliquent-ils. De fait, quand ils ont aménagé ici en 2002, même si "c'était une affaire", ces "parfaits inconnus" ont "cru" en leur avenir.

A l’heure d’un prochain départ, restent les anecdotes accrochées au lieu. Ils ont sous-loué l'espace à un styliste - "Nous voulions dessiner avec lui des costards de chantier" - ou à une boîte de casting de mannequins - "un vrai plaisir de venir travailler le matin" -. Ils ont organisé des "évènements". Surtout, ils ont invité nombre d'architectes à venir y tenir conférence. Ils sont quelques confrères à avoir joué le jeu et des amitiés durables sont nées ainsi.

Puis une question essentielle s'est posée : "Faisons-nous les projets nous-mêmes ou embauchons-nous ?". Ils ont embauché, puis d’autres. Nombreux sont ceux qui sont restés. Aujourd'hui, tout le monde déménage. "Nous avons toujours eu plus ou moins confiance en nous. On se plante ? Ce n'est pas grave, que peut-il nous arriver ?", interrogent-ils. La réponse est dans la question mais encore meilleure que ce qu'ils avaient pu imaginer.

03(@LAN-RSIstudio)_B.jpgLAN, Local Architecture Network, était conçue comme une passerelle multidisciplinaire : vidéo, art contemporain, photo, etc. "Au début il y avait une fraîcheur, une envie de ne pas se cantonner à l'architecture. Autant de trucs que l'on ne peut plus faire aujourd'hui", soulignent-ils. Le goût n'a pas disparu. C'est le temps qui s'est enfui. La nature ayant horreur du vide, l'architecture a pris toute la place (ou presque, il reste des projets de documentaires télé et d'édition dont l’ouvrage You can be young and an architect . Ceci expliquant cela.

Il n'y avait aucun déterminisme à leur histoire et ils sont chacun le premier architecte de leur famille. Umberto est arrivé en France, dans le cadre d'Erasmus, il y a 12 ans pour échapper au service militaire. La loi italienne stipulait en effet qu'étaient dispensés du service les citoyens italiens résidant à l'étranger dès lors qu'ils disposaient d'un contrat à durée indéterminée et que le séjour durait trois ans ou plus. Une agence parisienne a offert un contrat au jeune homme qui, avide lecteur, s'est fait un point d'honneur à lire bientôt les auteurs français dans le texte. Ses parents le rêvaient ingénieur. Lui s'imaginait plasticien.

Benoît, fils de médecin, obéissant, était programmé pour devenir chirurgien. Il 'fait médecine' quand un ami l'emmène un jour dans un cours d'archi. Venimeuse curiosité ! Une révélation plus tard et, en un mois, il avait "plié [ses] affaires". "J'ai trouvé plus tard des connections entre architecture et médecine", dit-il aujourd’hui. Mais le mal était fait, s'il est permis de l'écrire ainsi.

C'est sur les bancs de Paris - La Villette que se rencontrent les deux garçons et que leur prend l'envie d'écrire ensemble une nouvelle. "Nous avions rédigé une fiction sur la maison du futur où nous expliquions que la notion de propriété allait changer", se souvient Benoît Jallon. "Par exemple, la moquette n’était plus un bien capitalisable mais un objet loué et le loueur se finançait par la publicité inscrite sur la moquette". A l'aube des années 2000, c'était bien vu. Un an et demi ensemble en Italie à travailler dans une agence connue - disons qu'ils admirent le travail de Renzo Piano autant que celui d'Herzog & de Meuron - et, en 2002, l'aventure LAN pouvait commencer à Paris.

D'ailleurs, à bien y regarder, leur portrait 'officiel' fourni à la presse semble illustrer leur surprise, autant que leur bonheur, d'être là où ils sont.

"Les architectes français ont plus une culture du projet, des conceptions relatives à l’urbanisme alors que les Italiens ont beaucoup plus de facilité dans le domaine du design et de la finition", nous expliquait Benoît Jallon en 2004. En fait, l'un et l'autre ont tôt compris que leur éducation architecturale pêchait du côté technique. Ils ont fait le choix de s'entourer de spécialistes, "dans chaque discipline". Puis l'appétit est venu en mangeant. "Tu finis par te passionner pour la technique qui est, au final, l'expression de ta pensée", disent-ils.

04(@DR).jpgSur la table de la salle de réunion, en lieu d'images comme c'est souvent le cas face au journaliste profane, ils étalent les plans de leurs DCE, aussi précis, détaillés et complets que des plans d'éxé. Benoît, sérieusement, parlant d'Umberto : "le fait de commencer par le design inculque le goût du détail". Umberto, sérieusement : "un projet t'accompagne pendant quatre ans ; si tu ne te poses pas ce genre de questions [techniques] en amont et que, arrivé à la fin, tu découvres les erreurs, c'est extrêmement frustrant".

Cette expertise de l’agence, qu'ils revendiquent désormais, se révèle un viatique quand le temps des appels d'offres, puis du chantier, est venu. "Il n'y a pas de surprise dans le budget et nous pouvons totalement contrôler le projet", disent-ils, précisant que "les entreprises profitent de l'ignorance des architectes ; d'ailleurs elles nous disent 'vous dessinez trop'".

L'agence, de leur propre aveu, est ainsi probablement moins rentable que d'autres - "un spécialiste se paye cher" - mais comme là n'est pas leur intérêt premier. CQFD. Alors l’équipe dessine les menuiseries au 1/5ème.

Et c'est parce qu'ils maîtrisent les contraintes techniques que leur stratégie de concours se révèle payante. "Nous savons que l'image, en phase concours, fige le projet", disent-ils. "Alors nous avons appris, au fur et à mesure, à montrer de façon hyper réaliste ce dont nous sommes sûrs et de ne pas montrer ce qui n'est pas figé, de façon à être surpris nous-mêmes par le développement du projet", disent-ils. Une approche subjective d'autant plus intéressante qu'ils viennent pourtant, de leur propre aveu, d'une culture 3D. Ou peut-être justement en connaissent-ils les limites ou les illusions.

"Depuis l'avènement d'Internet, le projet est déjà vieux avant que d'être réalisé car la vitesse de communication autour de l'architecture a été multipliée par 5.000 ou 10.000. Quand nous étions étudiants, quand on connaissait un architecte japonais, c'était incroyable. Aujourd'hui, d'un clic ou deux, on les connaît tous", disent-ils. Cette "dérive incontrôlée" fait partie, selon eux, de la culture contemporaine. Cela dit, s'ils savent faire une image "qui rassure" en phase concours, le détour par les fondamentaux est pour eux une assurance-plaisir en phase chantier.

D'autres clés encore expliquent leur réussite actuelle. "Ce qui nous caractérise depuis que nous sommes ensemble est l’énergie", offre soudain Umberto. Ils expliquent ainsi n’avoir pas pris un seul week-end l’an passé. Pas un ??? "Il faut la santé, c'est du sport", se marrent-ils de concert. Certes, ils se ménagent des plages pour souffler un peu (la Biennale de Venise, par exemple et au hasard), mais l’agence, aussi loin qu’ils sont eux-mêmes concernés, est ouverte 24h/24. "Nous ne sommes pas mariés", précise Benoît, soulignant ainsi une donnée objective du développement de LAN Architecture. Cela n’a pas empêché qu’il y ait une vie après l’archi ; Umberto s’en voudrait. Et Benoît aussi sans doute. "Nous ne dormions pas", disent-ils.

Sauf que, le temps fuyant, "nous vieillissons", convient Umberto. Bref, ici, 'l’expérience enrichissante' est de connaître désormais ce qu’il ne faut plus faire et l’habitude prise de travailler dur. Mais, qu’ils soient tous deux possédés par leur projet et ligne de conduite n’est pas rare dans un duo d’architectes et qu’ils aient fait le choix de n’être pas 'artisans' est par ailleurs parfaitement légitime ; à supposer qu’ils aient du talent, encore faut-il qu’une équipe marche en même temps que la musique.

Cela semble être le cas. Au moins littéralement puisque, apparemment, tout le monde déménage. "Il n’y a pas d’heure à l’agence et chacun gère son temps au mieux", assurent-ils. Umberto ose même "autogestion". Autogestion ??? Voila un mot devenu pas banal. "L’agence et la réussite, nous les leur devons autant qu’à nous-mêmes", disent les associés de leurs collaborateurs.

05(@LAN-RSIstudio)_B.jpgUne maîtrise des images (y compris, d’évidence, celle médiatique), une vraie curiosité constructive, une équipe avec autant le goût de l’effort que du détail, nombre de projets en cours (et 2010 et 2011 verront l’aboutissement du premier cycle) et donc une visibilité financière, LAN Architecture peut aller tout au bout de ses idées. Et c’est en allant radicalement contre le programme qu’ils ont emporté, avec brio, le concours du Centre des archives d'EDF.

Sous prétexte d’insertion dans le paysage, le programme demandait un bâtiment de plain-pied, donc un bâtiment long, et un bâtiment BBC (pour faire court et énergétiquement correct).

LAN Architecture a proposé un bâtiment compact de R+5.

Stupéfaction !

Benoît Jallon et Umberto Napolitano ont notamment démontré, calculs à l’appui, que le temps passé par un archiviste à faire l’aller-retour dans ce long bâtiment, 35 heures par semaine multipliées par le nombre de semaines, avait un coût global ; que le nombre moindre de m² de façades et toiture représentait une économie de 1,5M d’euros au budget. Ils ont gagné.

Ce qui ne les a pas empêchés de réfléchir à l’insertion dans le paysage. Au contraire. La clôture en témoigne, en toute discrétion justement. Le Centre des archives de EDF n’est pas un bâtiment public et le site, aussi rural fut-il, doit réglementairement être clos. Pourtant, la clôture est quasi invisible. Détail sans doute.

C’est ce projet qui a été primé trois fois entre 2008 et 2009, à chaque fois à l’étranger.

LAN Architecture va le construire. Ce qu'ils appellent "l'envie de jouer avec la vie".

Christophe Leray

 * Are you experienced est aussi le titre du premier album (1967) du génial guitariste. NdA.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 23 septembre 2009.

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