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Allemagne | KSG : un cuboïde en guise de synagogue (30-01-2013)

Au centre, la synagogue, en deçà de l’architecture, le débat. Si la construction d’un édifice religieux résolument contemporain au coeur de la vieille ville d’Ulm n’a soulevé aucune controverse, son financement, quant à lui, pose question. Aux zones d’ombre se mêlent Histoire et préjugés contemporains. Un article du 3 décembre 2012 signé Rüdiger Soldt, correspondant à Ulm du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Cultes | Allemagne | Kister-Scheithauer-Gross

Contexte
Le 21 janvier 2010, l’agence colonaise Kister-Scheithauer-Gross est désignée lauréate du concours pour la réalisation de la nouvelle synagogue d’Ulm. Un an plus tard, le projet évolue. Le «cuboïde» est moins haut et plus petit.
Susanne Gross, architecte, explique qu’à «l’intérieur, toutes les pièces sont organisées de façon orthogonale sauf une : la salle de prière. Le côté long de l’espace sacré s’étend en diagonale ; cette position a un sens religieux, sa direction géographique regarde directement Jérusalem, le centre spirituel et religieux du judaïsme».
La construction en béton armé est recouverte d'une façade de pierre calcaire extraite en Bavière à Dietfurt, près de Treuchtlingen.
L’édifice a été livré en décembre 2012.
JPhH

SYNAGOGUE A ULM : UNE SCULPTURE DE LA DETERMINATION
Rüdiger Soldt | Frankfurter Allgemeine Zeitung

ULM - Le coffre de la Torah est de hêtre sombre. Les murs, quant à eux, sont recouverts de bois clair. La salle de prière de la nouvelle synagogue cubique de la ville d’Ulm est surplombée d’une fenêtre d’angle en direction de Jérusalem. Cette ouverture est structurée par des étoiles de David. Durant le jour, la lumière tombe sur la salle de prière de la communauté orthodoxe Chabad Lubawitsch. Le soir, les étoiles de David projettent leurs ombres.

Avec cette nouvelle synagogue, la ville reçoit, comme l’assure l’historien de l’architecture Ulrich Knufinke, une «sculpture de la détermination» en un site historique. Et pour cause, le nouvel édifice se situe sur l’Ulmer Weinhof où, selon les premiers documents, s’érigeait en 854 le palais impérial.

Le projet a été conçu par l’architecte de Cologne Susanne Gross, de l’agence Kister-Scheithauer-Gross. Il comprend une galerie pour les femmes, un bain rituel (Mikvé), une salle communautaire, une bibliothèque, un espace pour les jeunes et une crèche. La salle de prière a été réalisée par des artisans venus d’Israël ; des deux rouleaux de la Thora, l’un vient d’Israël, l’autre de l’ancienne synagogue. «Nous n’avons pas construit une synagogue ici parce qu’il y en avait une avant, à proximité, mais parce que nous en avions besoin. Besoin pour le futur et non le passé », indique Rabbi Shneur Trebnik.

03(@ChristianRichters)_B.jpgAprès l’Holocauste, il n’y avait plus de vie judaïque. Une vie communautaire est réapparue avec l’effondrement du communisme et l’arrivée de contingents de réfugiés d’Europe de l’Est. «Dans les premières années, les fidèles étaient réunis chez moi, à la maison. A l’été 2000, nous avons loué un espace qui est rapidement devenu trop étroit», explique le rabbin. Aujourd’hui, la communauté compte 450 membres répartis sur une zone allant du lac de Constance à Heidenheim. La synagogue d’Ulm est l’une des trois du Wurtemberg. A Stuttgart, un centre communautaire a été construit en 1952, un autre début 2012 à Esslingen.

L’ancienne synagogue d’Ulm - construite en 1868, détruite le 9 novembre 1938 par les nazis -était à environ dix mètres de la nouvelle construction cubique. A son emplacement, une caisse d’épargne et un nouvel immeuble de bureaux. «En 1499, les juifs ont été expulsés d’Ulm. Pour cette raison, les communautés juives rurales se sont développées en nombre, ce qui a changé pour la première fois après 1805 alors qu’Ulm est devenue pour quelques années bavaroise. Dorénavant, beaucoup de citoyens juifs sont de nouveau en ville», explique l’historien Ingo Bergmann, auteur d’un livre sur les victimes de l’holocauste à Ulm.

Ingo Bergmann a recherché les 141 juifs qui ont été déportés par les nazis. Les résultats des élections du NSDAP à Ulm correspondaient à la moyenne du pays. Ulm était autrefois une ville protestante et, déjà à la fin du XIXe siècle, l’antisémitisme trouvait racine dans un parti et un journal, 'Ulmer Schellpost'. A la fin du XIXe siècle, près de 1.000 juifs vivaient à Ulm. En 1930, le recensement en comptait 600.

Particulièrement pendant la révolution industrielle, les fabricants juifs ont joué un rôle important dans la ville, celle où Albert Einstein est né. L’industriel Lebrecht par exemple. Parmi les commerçants, 'Schuhhaus Pallas', fondé en 1914 par la famille Fried. «Immédiatement après l’incendie de la synagogue en 1938, le conseil municipal, aux mains des nazis, a ordonné la démolition de l’édifice. Laquelle a été réalisée avec fanatisme, ce qui n’a pas été le cas dans toutes les villes», explique Ingo Bergmann.

02(@ChristianRichters)_S.jpgLes discussions politiques sur la construction d’une nouvelle synagogue se sont déroulées sans ambages. Le projet a été favorablement accueilli par les quatre groupes politiques représentés au conseil municipal lesquels ont fait preuve d’une grande compréhension. Ivo Gönner (SPD) a appuyé la communauté juive et le projet autant que possible.

Le fait que la synagogue soit construite sur la Weinhof, non loin de la célèbre Schwörhaus*, revient au député (SPD) Martin Rivoir. Il a rapidement pris conscience que la synagogue appartient au centre-ville et non à un quartier périphérique inhospitalier. 

La construction avec sa fenêtre 'Jérusalem' et une hauteur de bien 17 mètres de haut complète le renouvellement tant vanté du centre-ville d’Ulm.

Le financement de l’édifice, à hauteur de 4,6 millions d’euros, a en revanche été l’occasion d’une dispute acharnée. Se sont battus au conseil d’administration de la communauté religieuse de Wurtemberg (IRGW), Barbara Traub - porte-parole des religieux libéraux - et Martin Widerker, à qui est attribué le courant orthodoxe. Peu de temps après le premier coup de pioche en mars 2011, Martin Widerker a évoqué la construction comme une «aventure financière». Le Land du Bade-Wurtemberg a participé pour 475.000 euros aux coûts de construction.

Joachim Gauck, le président fédéral d’Allemagne, a fait de la cérémonie d’inauguration «un jour de joie pour la communauté juive» et pour tout homme qui croit en la vie et lui ouvre une dimension à laquelle il ne peut renoncer. Joachim Gauck a critiqué le débat sur la circoncision. La préoccupation quant au bien-être de l’enfant a, de temps en temps, à voir avec «un rationalisme vulgaire» dans lequel antisémitisme et anti-islamisme sont désormais tangibles.

Rüdiger Soldt | Frankfurter Allgemeine Zeitung | Allemagne
03-12-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* La Schwörhaus est une construction du XVIIe siècle abritant aujourd’hui les archives municipales et le musée de l’histoire de la ville.

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