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Conférence | L'architecte face à «la triade castratrice» selon Ignacio Vicens (17-01-2013)

Parmi les clients d’Ignacio Vicens, le Pape. Parmi les projets de Vicens + Ramos, son agence madrilène, des villas, des logements, des équipements mais aussi des églises. Face aux étudiants de la faculté d’architecture de Pampelune, l’homme de l’art tient un discours engagé. «Une bonne part de la discipline ne s’apprend pas à l’école», dit-il.

Vie étudiante | Espagne | Ignacio Vicens

Un volume explosé, des formes éclatées... Rien moins qu’une église à Rivas, une «urbanización» à quelques kilomètres de Madrid. L’édifice détonne parmi les villas du quartier et ni croix ni clocher ne permettent d’en identifier la fonction religieuse. «Au XVe siècle, les campaniles avaient un sens mais aujourd’hui, nous avons des téléphones portables», déclarait Ignacio Vicens, architecte, au quotidien El País*.

L’agence Vicens + Ramos, connue pour ses luxueuses villas, est l’auteur de plusieurs églises, «d’espaces communautaires et joyeux et non de lieux sinistres [...] Certains membres [de l’Opus Dei] pensent que je suis cinglé, d’autres, génial», poursuit-il.

02(@Vicens+Ramos)_B.jpgIglesia del Buen Pastor Ignacio Vicens demeure une figure incontournable de la scène architecturale espagnole et de l’architecture religieuse en Espagne. De fait, ses conférences sont courues. Parmi les dernières, celle donnée à l’université d’architecture de Navarre, en avril 2011. «Ce n’est pas un acte académique, ni un cours mais une réunion informelle», lance-t-il aux étudiants de Pampelune.

L’homme assure le spectacle. Aux bons mots mais aussi aux intonations changeantes s’associent une chorégraphie de gestes. «Je suis démago», disait-il à El País. Provocateur, sans aucun doute.

«Il y a des choses qui ne peuvent pas se dire en cours, notamment la manière de réussir, d’embobiner le client... du moins, de le convaincre, de négocier. L’architecture, au même titre que la guerre, n’est pas chose facile. 'La guerra è bella, ma incomoda', la vie est belle mais incommodante, l’architecture est belle mais incommodante. Le thème de la négociation est important dans notre vie», affirme-t-il aux étudiants.

Et de prévenir : «Ne pensez pas qu’en faisant de merveilleux projets, le client tombera à vos pieds, applaudissant et criant au génie. Il devrait le faire mais ne le fait pas. Il nous faut expliquer et convaincre, créer le temps de la négociation».

Ignacio Vicens revient alors sur sa pratique à travers trois projets éphémères conçus pour les journées mondiales de la jeunesse, lesquelles se sont déroulées à Madrid, en août 2011.

«Le thème de l’architecture éphémère me poursuit depuis longtemps, il me poursuit depuis ma thèse de doctorat laquelle portait sur l’architecture éphémère baroque. A l’époque, je ne savais pas que la vie m’amènerait sur ce chemin», dit-il.

Depuis, une carrière d’architecte. «L’unique avantage d’accumuler les années est d’avoir de l’expérience pour améliorer les choses».

Bref, autant de temps pour remédier à un enseignement lacunaire et apprendre à négocier sinon à convaincre. «Un projet est un 'brainstorming', une tornade d’idées. Il nous appartient, à nous, architectes, de donner forme à un ensemble vaporeux, à une nébuleuse, bien intentionnée mais qui n’est pas sur pieds».

03(@Vicens+Ramos)_B.jpgIglesia de la ConsolaciónEn face, un client. Et non des moindres : le Pape. Et double trinité pour Vicens + Ramos : «il n’y avait pas moins de six interlocuteurs : le Saint-Siège, la confédération épiscopale d’Espagne, la Maison royale, le gouvernement, la région et la ville. Pour les coordonner : trouver un architecte. Lui seul peut mettre de l’ordre et de la beauté», assure-t-il.

Pour l’occasion, l’agence reçoit la commande de deux tribunes éphémères. L’ambition n’est autre que de rendre «visible» le Pape. Sur la base aérienne de Cuatro Vientos, Ignacio Vicens prend le parti d’une «immense estrade allongée et rectangulaire, une structure morbide, ondulante, ayant ses propres ombres. Au milieu, telle une fleur au milieu d’un livre, un arbre métallique».

«Morbide», sourit-il. Et de dénoncer à nouveau le rectangle. Convaincre le Saint-Siège avec un tel adjectif ? «Peu importe le ridicule, si nous obtenons un résultat». Pour ce faire, «demander 100 pour avoir 10».

Un conseil : «Ne jamais demander 10».

04(@Vicens+Ramos).jpgCrématorium à Alcázar de San Juan«Ringarde», la religion ? «Son histoire comprend des siècles d’avant-garde. Le Bernin était en rupture à son époque et l’art sacré est lui-même aujourd’hui en rupture. Notre force vient du passé», assure-t-il.

Et de faire écho ainsi à des propos antérieurs et de relativiser l’optimisme affiché. «L’opportunité de révolutionner l’architecture sacrée fait peur à l’Eglise».

La peur, associée à l’ignorance et à la haine constitue «la triade castratrice». Et pour le coup, Ignacio Vicens de convaincre.

Jean-Philippe Hugron

* Edition du 31 mai 2010

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