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Visite | Mon pavillon en apesanteur, de MAN Architectures (12-12-2012)

Il était une île dont l’aménagement faisait l’objet d’un 'referendum'... En attendant Nouvel, Nouvel ou Nouvel, l’agence MAN Architectures (Dung Nguyen Manh et Christian Nancey) vient de livrer, au coeur de l’île Seguin, un bâtiment d’informations contant l’histoire des anciens terrains Renault, du XIe siècle à nos jours. Composé de containers colorés en porte-à-faux, cet ouvrage est le premier ERP du genre en France.  

Bâtiments Publics | Boulogne-Billancourt | MAN Architectures

D’aucuns se montrent peu friands des architectures composées de caissons métalliques, voire sont allergiques à la 'cargotecture', appellation désignant l’assemblage de ces 'unités de transport intermodal' à des fins architecturales. Reste que le pavillon d’informations de l’ile Seguin, ouvert au public le 12 septembre dernier, est le premier ouvrage de ce type en France répondant à la réglementation ERP (établissements recevant du public).

Un prototype donc.

«Le choix d’une architecture de containers était une évidence au regard du site, de son histoire, de son lien avec Le Havre mais aussi compte tenu de la contrainte de démontabilité», souligne Christian Nancey, co-fondateur de l’agence MAN Architectures, lors d’une visite de presse organisée le 22 novembre dernier.

En effet, le site étant promis à évolution, «le DOE de ce bâtiment comprend des plans de démontage. D’autres systèmes modulaires existent pour répondre à la contrainte de démontabilité, Algeco par exemple. Mais le container maritime a des qualités graphiques et plastiques qui évacuent le problème de l’habillage ou la vêture nécessaires aux autres systèmes modulaires».

Rouge, vert, jaune, bleu, violet... Au choix des caissons, des couleurs distinctes pour chacun d’eux. «Une seule couleur créait l’impression d’un bâtiment unique ; or, nous tenions à ce que les composés soient lisibles».

Autre parti pris : l’apesanteur. Composé de 15 containers 'high cube' (c’est-à-dire 2,9 mètres de haut pour 6 ou 12 mètres de long), l’espace d’exposition se déploie autour d’un patio central... en hauteur.

En fait, le rez-de chaussée compte un container abritant des salles de réunion ainsi qu’un 'faux' container, imitant la structure des caissons, réservé à Renault. A l’intérieur, une 4L rappelle les années fastes du constructeur. Le tout est posé sur un socle permettant d’arrimer un bâtiment sans fondations. Ainsi que d’offrir aux visiteurs une vue sur la Seine.

«Ce qui nous a impressionnés en arrivant sur le site était le ciel», précisent les architectes. Alors... de donner à voir le ciel. Grâce aux porte-à-faux «qui surlignent l’horizon et créent de l’ombre dans le jardin de Michel Desvigne», la vue entre les rives est dégagée au rez-de-chaussée et, à l’étage, les façades étant ponctuées de larges baies vitrées, le pavillon offre une vue imprenable sur l’île.

02(@MAN)_S.jpgN’y avait-il pas contradiction à suspendre des containers qui, par définition, valent structure ?

«Effectivement, nous n’avons pas utilisé la structure pour la structure», sourient les architectes, qui justifient leur choix par le souci de «limiter les barrières physiques en évitant des alignements de poteaux».

Pour accomplir la prouesse, MAN Architectures a mis en oeuvre cinq poutres en toiture reprises par des portiques intégrés dans chaque unité suspendant les containers.

Comment faire disparaitre une structure tout en répondant à la contrainte de démontabilité ? A cet égard, impossible de raisonner «en termes de bâtiment unitaire». Autrement dit, chaque container intègre ses propres renforts structurels, isolation intérieure, réseaux et finition.

Par exemple, l’électricité appelait, à la jonction de chaque container, la mise en place d’un système de fiches de raccordement.

Autre difficulté : la compatibilité des aciers. Précisément, les soudures entre métaux chinois - ceux des containers - et des métaux de renforts français ont fait l’objet de toute l’attention de l’équipe de maitrise d’oeuvre. Résultat : à chaque renfort son propre renfort aux endroits les plus cruciaux.

Pour régler ces détails qui n’en n’étaient pas, MAN Architectures a travaillé avec des entreprises spécialisées, sachant que seule l’agence d’architecture avait une vision d’ensemble de l’assemblage final. «Nous voulions limiter les travaux sur site», expliquent Dung Nguyen Manh et Christian Nancey. Ainsi, chaque caisson a été transformé en atelier, à Lille et à Dunkerque.

03(@L.Crawford&S.Gueneau)_S.jpg«Nous avons procédé à un montage à blanc de l’étage à Lille un mois avant la livraison», précise Dung Nguyen Manh. Si l’exercice n’était pas évident pour les ouvriers, il n’en était pas moins troublant pour les architectes, habitués aux bâtiments s’érigeant de jour en jour.

A démarche DD (développement durable), caissons écolo ? «Ils sont 'made in China' mais nous les avons récupérés à Dunkerque. Ce sont des containers 'premier voyage', c’est-à-dire qu’ils sont arrivés chargés», précisent les architectes. Selon eux, récupérer des unités ayant voyagé davantage aurait posé un problème au regard de la destination ERP car il aurait alors fallu procéder à des contrôles ou des révisions entrainant des coûts supplémentaires.

L’espace d’exposition ? Pour accéder à l’étage, un escalier traverse un container évidé. Une fois à l’intérieur, pas de doute : la volonté de libérer les vues a guidé le dessin de MAN Architectures, 'in' comme 'outdoor'. L’exposition n’est donc pas organisée le long des façades mais autour du noyau central, autour du patio.

Libérées, les façades vitrées s’habillent d’écrans projetant des films visibles depuis l’extérieur. Ce qui confirme le rôle 'communicant' du pavillon. Mais la partie la plus astucieuse de la scénographie réside dans les alcôves entourant l’anneau central, dont les couleurs répondent à celles des containers mais dont la sinuosité contraste avec l’aspect rectiligne des caissons.

04(@HerveAbbadie).jpgSignée Ruedi Baur en partenariat avec Altermuseo, l’exposition est composée de textes et d’images nichés dans cette fresque irrégulière selon un déroulement chronologique. Autrement dit, le visiteur est entraîné par le mouvement du meuble-bibliothèque. Efficace.

Inauguré le 12 septembre, le pavillon Renault comptait, deux mois plus tard, 5.000 visiteurs. Pas mal pour des containers.

Emmanuelle Borne

Fiche technique

Programme : salle de réunions, sanitaire, local gardien et galerie Renault au rez-de-chaussée ; salle d’expositions et terrasse à l’étage
Maître d’ouvrage : SAEM Val de Seine Aménagement + Renault
Maîtrise d’oeuvre : Architecte : MAN Architectures / BET : MECOBAT / Scénographie : Intégral Ruedi / Muséographie : Altermuseo
SHON : 300m²
Coût : 700.000 euros HT

Réactions

Béatrice | 16-12-2012 à 20:49:00

700.000 euros HT, des claques se perdent

Archizoo | 13-12-2012 à 20:55:00

Encore un stupide pastiche de la villa Savoye avec ajout romantique de containers mondialisés. Mythologie puritaine de la boîte détachée du sol comme des contingences terrestres. Beaucoup d'architectes n'ont pas encore remarqué que le modernisme est mort en 1965...

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