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Présentation | Brigit de Kosmi, l'agent du leurre (28-11-2012)

Chapeau chinois, tout droit. Continuez, une passerelle. Brigit de Kosmi a livré en 2012, à quelques mètres du centre Pompidou Metz, un ouvrage d’art jouant lui aussi, à sa façon, du tressage. Aux origines de ce pont piéton, l’expérience d’une architecte et son désir de travailler la limite, entre apesanteur et vertige.

Transport et ouvrages d'art | Metz | Brigit de Kosmi

«D’abord, le sujet m’intéresse. Ensuite, j’ai suivi un chemin où il y avait moins de monde . Une sorte de goût pour les traversées en solitaire», sourit Brigit de Kosmi, qui rencontre le Courrier à la bibliothèque de l’ENSA Val de Seine, au sortir d’un cours. Les passerelles sont donc une obsession ou presque. De fait, l’architecte a livré à Metz (57) un nouveau pont piéton. En cours, un ouvrage d’art à Dunkerque. Dans les cartons, d’autres réflexions.

Un sujet d’abord, «résultat de plusieurs années passées à New York, à traverser l’Hudson et l’East River». Brooklyn Bridge, Manhattan Bridge, Williamsburg Bridge, Queensboro Bridge... «Des éléments magistraux», se souvient-elle.

Il y eut aussi la rencontre avec Tony Fitzpatrick, ingénieur chez Ove Arup. «Il y a dans ce bureau une volonté de recherche et de transmission. J’ai apprécié cette expérience de laboratoire, de recherches. Et, avec Tony, j’ai fait mon premier concours de pont», note-t-elle.

La rencontre n’est pas fortuite. «J’avais été distinguée lors du concours du Triangle de la Folie remporté par Jean Nouvel. J’avais aussi quelques références. J’avais un projet de pont au fin fond de la Dordogne ; nous y sommes allés ensemble avec Tony», poursuit-elle.

Puis, il y eut Peter Terrell - autre ingénieur de talent - et des concours. Notamment Metz en 2009.

Par delà le quartier impérial et la gare, le Centre Pompidou et ses environs concentrent de nouvelles ambitions. Le parc de la Seille conçu par Jacques Coulon et les arènes par Paul Chemetov (2001) structurent le paysage.

02(@CSancereau).jpg«Il n’y avait jusqu’alors aucun franchissement ; la nouvelle passerelle permet de relier la banlieue aux gares SNCF et routière», assure l’architecte. Huit minutes à pied entre l’ouvrage et les quais du train, quatre minutes depuis le Centre Pompidou.

«Il ne s’agit pas que d’agrément. La notion de circulation douce prend ici tout son sens», témoigne Brigit de Kosmi. Le pont, en premier lieu, ne participe ni d’une vision bucolique ni d’une promenade.

Un franchissement donc. Et l’architecte d’annoncer les chiffres. 58,8 mètres, ni plus, ni moins. «Le mètre linéaire pour ce genre de projet coûte cher», assure-t-elle. L’économie est de rigueur.

«La courbe du cheminement est une intuition de dessin. Les vieux ponts de pierre montrent également cette même courbure», dit-elle. Sur la feuille blanche, un trait. A mesure des études, un trait contraint.

03(@CSancereau)_B.jpg«Nous regardons les différentes échelles du paysage, nous répondons à la situation spécifique d’un environnement. Les contraintes du sous-sol sont, par exemple, incontournables», indique Brigit de Kosmi. Toutefois, pour l’architecte, il y a autant d’imaginaire dans une passerelle que dans un bâtiment.

«Il y a, pour moi, cette idée importante d’engager la limite de l’équilibre. Sur un pont, nous sommes comme en apesanteur. Nous ne sommes ni d’un côté, ni de l’autre, ni sur terre, ni sur l’eau. Une structure acier est souple - souvent ajourée dans le cas d’une passerelle - et induit une sensation de vertige et de déséquilibre. Il doit y avoir, bien entendu, un confort mais, en deçà, un travail sur la limite», révèle Brigit de Kosmi.

Alors, l’acier, plus que tout autre matériau ? «Je ne suis contre aucun matériau. Le bois est toutefois lourd dans le dessin. L’acier est davantage léger. Il est portable et portant», dit-elle.

Il n’était ici pas envisageable de mettre une pile au milieu de la rivière, le pont devait franchir le lit en une seule portée. «Il apparaissait plus logique de passer la structure au-dessus plus qu’en-dessous, notamment pour des questions de stabilité... d’où l’idée d’une résille à la fois support et enveloppe», assure l’architecte. Aussi, la passerelle se révèle «atypique», «la plus complexe jamais réalisée... mais pas imaginée» par Brigit de Kosmi.

04(@CSancereau)_B.jpg«Cette solution en acier permet de stabiliser le mouvement de torsion. Nous aurions pu avoir un stabilisateur au milieu de la passerelle mais celle-ci aurait été divisée en deux», poursuit-elle. Et de privilégier un système de contre-flèche et de tirants.

Les choix relèvent tous, pour l’architecte, de l’évidence. Vraisemblablement de l’expérience. A la technicité des propos se mêle sans cesse l’imaginaire de l’architecte. Sur le papier, un plan esquissé, une coupe griffonnée.

«Le profil du pont - entrelacs aux tonalités et souplesses végétales - s’inscrit dans l’ambiance du parc. Il y a dans cette passerelle quelque chose du pont de liane, la figure sinon l’image d’une structure tressée», dit-elle. Et d’évoquer ainsi l’idée du «leurre, une façon de s’inscrire dans le site tout en révélant une autre dimension».

«Une structure non standard, un défi», résume l’architecte, le tout construit en ateliers, à Anvers. «Un ancien chantier naval ; les bons charpentiers sont souvent en bord de mer, dans les ports», assure Brigit de Kosmi.

05(@DR).jpgDécoupé, transporté, puis ressoudé sur la rive droite de la Seille, dans le parc, le pont a été, en quelques heures, positionné au-dessus du cours d’eau.

Quelques heures, après quelques mois en atelier et des années de recherches et d’expériences.

Jean-Philippe Hugron

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