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Présentation | Lycée Jacques de Vaucanson, «de l'art dentaire en site occupé» (28-11-2012)

En 2007, Manuela Franzen, Benjamin Colboc et Arnaud Sachet (agence Colboc, Franzen & Associés) sont chargés de restructurer le lycée Jacques de Vaucanson, à Tours (37), un bâtiment signé Roger Taillibert. Afin de préserver le dessin du plan masse, ils sont intervenus au sein de dents creuses. Une opération délicate, composée de deux plombages et un 'bridge', autant d’extensions «respectueuses mais assumant leur différence».

Notice Architecturale | Education | Tours | Colboc Franzen & Associés - CFA

Dans la banlieue Nord de Tours s’est échoué, à la fin des années '80, un grand vaisseau de béton et d’enduit dédié à l’enseignement, le lycée Jacques de Vaucanson. Il affirme une composition orthogonale de forme géométrique simple - triangle, rectangle, cercle - qui suit parfaitement les orientations cardinales.

Cette complexité géométrique du plan, relayé par un travail savant sur les coupes cherchant à introduire de la lumière naturelle dans chaque espace, affiche une croyance absolue en l’architecture. Le visiteur averti n’est pas surpris de découvrir, sur le parvis, la plaque d’inauguration mentionnant le nom de l’architecte du projet, Roger Taillibert, concepteur notamment du Parc des Princes ou du stade olympique de Montréal.

Mais cet acte de bravoure est rattrapé par le temps : les zones d’activités ont grignoté les terrains avoisinants, les faibles budgets alloués à l’entretien l’ont précocement vieilli, les normes thermiques ont changé, le nombre d’élèves accueilli doit augmenter... Il faut le restructurer.

Pour les réhabilitations, il fallut étudier, observer et comprendre le fonctionnement interne du lycée. Un diagnostic fut établi. Il s’agit ensuite de créer du lien, d’accompagner des usages, de redonner du sens aux bâtiments existants. Des trémies sont ainsi comblées, des cloisons abattues, de nouvelles salles créées. Afin de garantir l’unité de l’ensemble, les prestations de l’époque sont recréées à l’identique : faux plafond démontable 60x60, menuiseries bleues nuit, sol souple aux tons pastels ou moquette grise.

Seul le self de la restauration, en tant qu’élément programmatique fort et identifiable, bénéficie d’un traitement spécifique. L’inox y est omniprésent, le carrelage gris prolonge ses teintes. L’éclairage artificiel par LED blanches baigne l’ensemble d’une lumière tranchante. Tout est au service de l’hygiène, de l’efficacité. Seul les mets apportent couleur et variation, promesse des festins à venir. Les doubles hauteurs prévues à l’origine pour être comblées et ainsi accroitre la capacité d’accueil ne suffisent pas : il faut aussi l’agrandir. Les extensions accueillent salles de classes, polyvalentes, de musculation et de restauration des enseignants.

02(@CFA).jpgComment intervenir sur ce patrimoine récent - un lycée des années 1980 - dont le plan masse semble figé et réfractaire à toute extension ?

La stratégie adoptée fut celle du dentiste intervenant en zone difficile : deux plombages et un 'bridge' ! Le plan masse initial ménageait des dents creuses isolant les fonctions, désormais comblées par la salle de restauration des enseignants et l’auditorium.

La première s’installe dans une faille attenante à la salle de restauration des élèves. Elle est intégralement vitrée afin de ménager une ouverture du patio ainsi créée vers l’extérieur. L’auditorium vient s’appuyer contre une courbe formée par le bâtiment existant ; il bénéficie ainsi d’un plan concentrique propice à son usage. Sa proximité avec l’entrée lui offre l’autonomie nécessaire à un fonctionnement nocturne.

Ces deux extensions sont surmontées d’une clôture vitrée, protégeant un jardin suspendu bénéficiant au centre de documentation situé au premier étage du bâtiment existant. Cette clôture surélevée permet aux extensions de s’inscrire dans le gabarit de deux niveaux de cette partie du lycée.

03(@CecileSeptet)_S.jpgEnjambant la cour, un pont habité - le 'bridge' - d’une portée de 60 mètres, relie l’externat à l’internat. Il offre une liaison entre les deux bâtiments, couverte au rez-de-chaussée, chauffée aux étages. Les salles de classe qu’il abrite peuvent être ainsi utilisées le soir pour l’étude et en journée pour les cours. Les piles porteuses du pont, supportant les poutres façades de deux niveaux permettant de franchir la cour, sont intégrées à un corps de bâtiment construit à rez-de-chaussée. Celui-ci comble un vide ménagé par une pointe triangulaire de l’internat existant. Il accueille salle de musculation, bureau CPE et bagagerie. De l’autre côté de la cour, contre l’externat, les piles porteuses s’adossent au bâtiment existant. La façade déplacée de celui-ci permet d’y intégrer les piles porteuses.

Les extensions défendent l’idée d’un palimpseste architectural.  Elles sont en continuité par leur gabarit mais en rupture par leur écriture architecturale intérieure et extérieure. Elles cherchent à préserver l’identité du bâtiment existant en affirmant leurs différences. Ce sont des volumes sans échelles, tandis que le projet de Taillibert recherchait la traduction moderne d’un ordre colossal.

Elles sont capotées d’aluminium sombre, lisse et réfléchissant, en contraste avec la minéralité blanche du lycée existant. Elles expriment une idée contemporaine de la technique, qui n’est plus l’expression des fluides et de la structure mais celle de la miniaturisation au service des usagers.

A l’intérieur, l’ingénierie est intégrée, mais pas dissimulée. La simplicité des traitements intérieurs est uniquement chahutée par les diagonales de triangulation de la structure, les bouches de soufflage circulaires, les radiateurs encastrés dans les murs offrant fente basse et haute pour la libre circulation de l’air chauffé, les terminaux de lumières électriques tramés sur la façade etc.

04(@CecileSeptet)_S.jpgAfin de garantir une répartition homogène de la lumière naturelle dans les salles de classe et d’éviter tout effet d’éblouissement, les fenêtres sont des fentes horizontales épaisses. Cette épaisseur stoppe le rayonnement solaire direct, tout en baignant les salles de classe d’une lumière indirecte naturelle.

Dans les galeries d’accès aux salles de classe, des niches en bois blond permettent aux élèves d’attendre assis le début de leur cours. La structure, les fluides, le traitement acoustique, les niches d’attente sont autant de couches d’usage composant un univers graphique qui concourent à l’identité des lieux.

L’obsolescence précoce de ces bâtiments hérités du XXe siècle n’est pas une fatalité. En acceptant dans sa composition architecturale close des interventions attentives, respectueuses mais assumant leur différence, le lycée Jacques de Vaucanson gagne une seconde jeunesse.

Il est fort à parier que dans quelques années, de nouvelles nécessités conduiront à d’autres interventions. Finalement, la concrétion architecturale obtenue accompagnera l’évolution de ces territoires du péri-urbain contemporain : un cadavre exquis engendrant une forme de continuité dans la rupture.

Manuela Franzen, Benjamin Colboc et Arnaud Sachet

05(@CecileSeptet).jpgFiche technique

Situation : Tours (37)
Programme : restructuration des salles d’enseignement général et technique, de la cuisine et du restaurant, du CDI. Création de salles de cours, du restaurant des professeurs, d'un gymnase, d'un auditorium. Extension de l’internat (travaux en site occupé).
Maîtrise d’ouvrage : Conseil Régional du Centre
Equipe de maîtrise d’oeuvre : Architectes mandataire : Colboc Franzen & Associés (Benjamin Colboc, Manuela Franzen et Arnaud Sachet) / Chef de projet : Floriane Bataillard
Mission : base et exe partielle
Bureaux d'études techniques : Structure  : Batiserf / Fluides et HQE : INEX / Economiste  : Bureau Michel Forgue / Cuisiniste : Arwytec

Montant des travaux : 5.230.000€ HT
SHON de construction neuve  : 1.200m²
SHON de restructuration  : 1.950m²
Début des études  : projet lauréat du concours, 2007 / Début des travaux  : juin 2010 / Date de livraison : septembre 2012

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