Rabelais y a été médecin quand ce n'était encore que le vieil hôpital de la charité. L'architecte Soufflot l'a rendu grandiose. Lors des dernières guerres, son service chirurgical au service des 'Gueules cassées' l'a rendu célèbre dans toute la France. La vérole est aujourd’hui éradiquée et l’Hôtel-Dieu, fer de lance de la médecine lyonnaise depuis le XIIe siècle, doit trouver une nouvelle vocation. Quel avenir quand le passé est si prestigieux ?
L’hôtel-Dieu, fondé au 12e siècle au bord du Rhône, fut longtemps administré par les moines avec pour vocation d’y accueillir et d’y soigner les malades. Au 18e siècle, à l’issue d’une suite de mutations du bâti, l’architecte Soufflot ajoute une façade majestueuse donnant sur le fleuve et dominée d’un 'Grand Dôme'. Depuis, c'est l’un des monuments patrimoniaux les plus emblématiques de la ville de Lyon.
Au début du 21e siècle, force est de constater que l’entretien d’un tel bâtiment d’apparat est trop coûteux pour les Hospices Civils de Lyon (HCL) et, qu’en plus, il est inadapté à l’exercice de la médecine contemporaine. Les services sont donc transférés dans les différents hôpitaux du Grand Lyon.
Que faire dès lors de ce patrimoine partiellement classé comprenant de multiples cours intérieures, coursives, jardins, une façade fastueuse, le tout sur deux hectares situés dans l’hypercentre ?
Les Hospices Civils de Lyon ont aujourd’hui signé avec Eiffage Construction un bail à construction pour une durée de 94 ans. L’investisseur-constructeur-promoteur s’engage à verser un loyer aux HCL et à réaliser une des réhabilitations les plus importantes d’Europe avec, en outre, un droit de regard des HCL sur la programmation.
Aujourd’hui, le projet retenu - conçu par Didier Repellin, Architecte en Chef des Monuments Historiques et le cabinet AIA, représenté par Albert Constantin - est globalement le suivant même si les dernières validations sont en cours :
La question de la vocation future de l’Hôtel-Dieu et la programmation retenue par Eiffage Construction a au départ suscité un débat passionné à Lyon pour plusieurs raisons : tout d’abord, ce bâtiment est unique à Lyon de par sa localisation et ses caractéristiques patrimoniales d'autant qu’il s’agit d’une oeuvre majeure de l’architecture sociale et humaniste du siècle des Lumières.
Enfin, les Lyonnais étaient très attachés à sa vocation médicale initiale. Le raccourci du passage d’un hospice connu à Lyon pour avoir soigné les 'Gueules cassées' de 1914 vers un hôtel de luxe a fait grincer des dents. Pourtant, en dehors de l’hôtel de luxe - seule fonction à même d’accueillir une rénovation de prestige -, le reste de la programmation, notamment commerciale, se positionne plutôt sur une gamme 'intermédiaire'.
Il est permis de penser que, pour un budget d’environ 250 millions d'euros, l’investisseur a estimé que le marché est en mesure d’absorber cette nouvelle offre de centre-ville.
Si je comprends l’attachement sentimental des Lyonnais pour cet édifice dans la tradition humaniste qu’il symbolise, pour autant je pense que cette programmation va dans le bon sens de l’histoire. De plus, elle est ancrée dans une certaine spécificité lyonnaise.
En effet, le projet prévoit le percement de quatre nouvelles entrées en plus des deux existantes, ce qui permettra d’ouvrir à tous un espace par essence fermé. Il entend également tirer parti des cours pour y créer des espaces publics protégés du bruit et de l’agitation. L’intention de ses concepteurs est de rendre à la ville un nouvel ilot à vocations multiples et ce, à deux pas de la place Bellecour.
Passer d’une vocation «monofonctionnelle» à une vocation «multifonctionnelle» est donc une excellente option, parfaitement en ligne avec le pragmatisme de bon aloi des Lyonnais. La ville est en effet l’une des dernières à résister à la tentation absurde du «quartier d’affaires».
De fait, si Lyon est depuis toujours l’une des villes au capitalisme florissant, c’est bien grâce à la force de ses réseaux, au meilleur sens du terme, entretenus par la qualité des interactions entre les gens. Ces réseaux constituent un des «actifs productifs intangibles» les plus remarquables de la ville de Lyon, que la tradition gastronomique maintient dans un cercle vertueux.
Pour le dire simplement, avoir aujourd’hui des bureaux, des commerces, des restaurants, un hôtel 5 étoiles, un centre de convention et un musée dans l''hypercentre' et dans des bâtiments magnifiques est ce dont rêvent toutes les villes du monde. Rien de mieux - même et surtout à l’heure d’Internet - que de faire «de bons gueuletons» et de flâner dans des boutiques de déco non seulement pour entretenir ses réseaux mais aussi pour apprécier sa journée de travail. La «proximité spatiale» est aussi un facteur de production de richesses.
Enfin, la qualité de vie lyonnaise - revendiquée à chaque sondage par ses résidents, touristes, étudiants, salariés et travailleurs de tous poils - tient également à la dimension de la ville qui peut être facilement parcourue à pied, en bus et en tramway. Encore une fois, la ville réussira d’autant mieux à garder une taille humaine, à limiter les «'déséconomies' d’échelle» et préserver les «économies d’agglomération» (les avantages que tirent les entreprises du fait d’être localisées en ville) qu’elle aura des projets de densification du centre-ville comme celui-là aux anciens hospices civils de Lyon.
C’est donc, je pense, à juste titre que Lyon porte le projet d’une Cité de la Gastronomie dans les bâtiments de l’Hôtel Dieu, au titre de l’inscription du repas gastronomique des Français au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Marie-Laure Papaix
Adeline | 28-11-2012 à 22:49:00
... Quand à moi, mon père y est mort, entouré par les infirmieres devouees et mal payées du service public .C'est un peu bizarre de penser que là où il est "passé de l'autre côté", des gens passeront une nuit avec leur salaire d'un mois. Mais peut-être que les fantômes viendront leur chatouiller les pieds....
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