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Canada | A Calgary, Foster et la peau du concombre (21-11-2012)

Le plus bel édifice de Calgary, Canada ? The Bow ! Selon Christopher Hume, journaliste au quotidien Toronto Star, la tour livrée en 2012 par Norman Foster est d’autant plus remarquable que le paysage architectural de la ville canadienne laisse à désirer. Dans un article publié le 19 octobre 2012, il revient sur l’émergence inespérée d’une architecture de qualité.

Tours et gratte-ciel | Canada | Norman Foster

Contexte
Calgary, son million de Calgariens, son hiver rude et son urbanisme atypique. 'Plus 15' est un réseau de seize kilomètres de promenade piétonne en hauteur comprenant cinquante-neuf passerelles.
Conçu par l’architecte Harold Hanen et mis en place par le Calgary Planning Department entre 1966 et 1969, l’ensemble est inauguré en 1970. Il permet de relier les plus importants édifices ainsi que les centres commerciaux du centre-ville.
Depuis quelques années seulement, ce réseau est critiqué. D’aucuns l’accusent de nuire à l’animation des rues. Toutefois, rien n’est à ce jour prévu quant à sa remise en cause.
Ce d’autant plus que Norman Foster vient de livrer The Bow, une tour haute de 236 mètres, elle-même connectée au système par sa propre passerelle.
Christopher Hume, l’auteur, de Toronto, de cet article, n’en parle pas mais le nom de la grande rivière qui traverse Calgary est Bow River.
JPhH

LE BOW BUILDING DE FOSTER : UNE NOUVELLE TOUR, LA PLUS REUSSIE DE CALGARY 
Christopher Hume | Toronto Star

CALGARY - Plus gros signifie parfois plus beau. La nouvelle tour de bureaux, The Bow Building, n’est pas seulement la plus élevée, elle est aussi la plus accomplie.

Conçue par le célèbre architecte britannique Norman Foster, la structure haute de 58 étages préside avec élégance et sans le moindre effort tout Downtown. Pour les Calgariens, ces lignes courbes sont une réminiscence du nouvel hôtel de ville. Mais, à l’inverse de l’oeuvre maîtresse de Viljo Revell, ce projet n'est pas de béton ondulé mais d’acier et de verre.

Plus encore - et dans le plus pur style de Norman Foster -, le principe construcitf habille la façade. De loin, l’édifice expose l’impressionnante grille extérieure de sa structure en contreventement. Voilà qui ne devrait pas surprendre les familiers du travail de Norman Foster. Il n’y a qu’à penser au Gherkin à Londres, au Condé Nast Building à New York ou au Reichstag à Berlin. Tous trois illustrent la fascination perpétuelle de l’architecte pour l’esthétique de l’ingénierie, laquelle ne suit pas la fonction mais la définit.

02(@NigelYoung)_S.jpgLe Bow Building, situé à l’est de Calgary Downtown, joue un rôle de prime importance dans l’évolution de la ville. Encana Corporation et Cenovus, les deux compagnies du secteur énergétique qui occupent la tour, avaient l’idée de s’affirmer.

L’édifice n’annonce pas seulement que ces deux entreprises en sont les occupantes, il déclare aussi son engagement à Calgary. De fait, assumant la position d’un bâtiment tel un cadeau fait à la ville, aucun nom n’apparait à l’extérieur.

Etant donné la nature du triomphalisme de la société 'corporate' du XXIe siècle, dont les importantes multinationales pensent que leur seule présence apporte suffisamment de prestige à une communauté, une telle humilité est rafraichissante.

03(@NigelYoung)_B.jpgPlus que tout, la localisation démontre un degré inhabituel d’engagement. A Calgary, East Village a longtemps été vide de tout habitant. Aujourd’hui encore, le paysage urbain est désolé.

Mais le Bow Building va apporter son lot de changements. L’importante sculpture de l’architecte espagnol Jaume Plensa, qui sera installée sur la place, donnera un sens nouveau au spectacle de la ville. Avec d’autres contributions espagnoles, comme le Peace Bridge de Santiago Calatrava, l’oeuvre de Jaume Plensa comptera parmi les symboles les plus visibles de la nouvelle Calgary.

N’en oublions pas l’édifice pour autant. Si d’aucuns sont interpellés par la banalité proliférant ici, d’autres réaliseront que le Bow Building est depuis le début du XXe siècle l’édifice qui prend le plus au sérieux Calgary en tant que ville et qui, de fait, donne plus qu’il ne reçoit.

Dans sa grande majorité, l’architecture de Calgary est strictement utilitaire, voyante ou kitsch. Le Bow est, de façon mesurée, sophistiqué et urbain. Il est sans doute le premier édifice contemporain à Calgary qui, consciemment, propose des solutions architecturales autant qu’il répond au besoin des entreprises. En d’autres termes, ce n’est pas juste une nouvelle tour, c’est une oeuvre d’architecture.

Cela peut-être vu selon plusieurs angles. Le plus notable, sans doute, est la relation harmonieuse entre les différents aspects du complexe. Le Bow est plus que la somme des parties. Quand bien même les tensions sont présentes, par exemple entre la rigidité de la structure et la douceur de la courbe, Norman Foster tente de les résoudre.

04(@NigelYoung)_B.jpgBien qu’une passerelle relie le Bow, maladroitement, au système Plus 15 - ce réseau public de passerelles à l’échelle de tout Downtown -, ses qualités sculpturales en demeurent inchangées.

A l'intérieur, le bâtiment se décompose en une série d'unités plus petites ; l'enveloppe extérieure entoure les bureaux, qui sont eux-mêmes empilés à l'intérieur d'une série de conteneurs.

Ce dispositif et le Plus 15 donnent l’impression d’une rue intérieure, laquelle ne prendra vie qu’une fois la construction terminée. Bien que la tour soit occupée, quelques espaces attendent leur achèvement. Jusqu’à présent, la perfection minimaliste que Norman Foster apporte à son architecture donne un sentiment de vide et d’inachevé.

Le projet n’a pas été d’une genèse facile. Le coût, 1,3 milliard de $CAN (783 millions d’euros, ndt), témoigne de la vitalité du secteur de l’énergie. Le fait que cette tour animée de considérations environnementales et d’une attention à la beauté est une sorte de reproche fait aux forces mêmes qui ont permis sa construction, voila peut-être sa plus grande qualité.

Loin d’un méli-mélo, il s’agit là du rassemblement en un geste fantastique de la puissance économique, de l’industrie énergétique de la ville de Calgary et, bien sûr, de l’architecture. Une célébration.

Aucun doute, le résultat est heureux.

Christopher Hume | Toronto Star | Canada
19-10-2012
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

Réactions

Dominique | Architecte | Normandie | 30-10-2014 à 16:27:00

Superbe! A voir impérativement, comme très souvent avec Foster

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