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Russie | A Saint-Pétersbourg 'ça gaze' pour les oligarques (21-11-2012)

Dans un article paru le 29 août 2012 dans le quotidien russe 'Le monde de l'info', les journalistes Igor Vereskov et Andreï Dmitriev reviennent sur le projet de la 'Tour Gazprom', gratte-ciel futuriste de plus de 460m qui viendrait entacher le centre historique de la ville des Tsars, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Tandis que l'immense majorité des Pétersbourgeois s'oppose à ce projet qu'elle considère comme une infamie, le PDG du géant gazier prétend, quant à lui, offrir une vue imprenable sur la ville. Bien sûr !

Tours et gratte-ciel | Bureaux |

Contexte
Saint-Pétersbourg, avec ses cinq millions d'habitants, est la deuxième ville de Russie et la cinquième ville la plus peuplée d'Europe. Née des rêves de grandeur du Tsar Pierre le Grand qui voulait en faire une 'fenêtre sur l'Europe', c'est aussi la ville de Pouchkine, Gogol, Dostoïevski puis, plus tard, celle de Lénine et de la révolution bolchévique.
Ville d'histoire et véritable joyau d'architecture où se mêlent les styles baroque, classique et néo-classique, 'la Venise du Nord' est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. En son centre historique se situent des monuments tels le musée de l'Ermitage, la forteresse Pierre et Paul - qui comprend en son sein la cathédrale du même nom -, la cathédrale Saint-Isaac.
En 2006, 'Gazprom' a décidé d'y ériger la plus haute tour d'Europe. Un concours est organisé, les idées les plus folles sont présentées.
En 2009, on sait. La tour, en forme de flamme, emblème de 'Gazprom', se situera sur la rive droite de la Neva, dans le quartier de l'Okhta et portera le nom de 'Gazprom city - Okhta Center'.
L'opinion publique se soulève : «laid», «inutile», «trop proche du centre», «laissons ce genre de constructions colossales à Moscou, la capitale»... Le projet patine, feint d'être abandonné. Face à un géant gazo-pétrolier qui possède la moitié du pays, l'opinion publique ne fait pas le poids. De fait, les dirigeants de l'entreprise ont, depuis peu, trouvé un compromis avec les autorités de la ville : afin d'éviter que 'Piter' ne perde son classement au patrimoine mondial, la tour sera érigée 9km plus loin, à la confluence de la Neva et de la Lakhta.
De plus, sa construction favoriserait le développement du marché des immeubles de bureaux de luxe, ce qui rapporterait un 'pactole' à la ville.
Depuis, hop ! tout le monde est content. 
Sauf les Pétersbourgeois.
KC

02(@Gazpromcity)_B.jpg ATTEINDRE LE SOMMET DE LA TOUR GAZPROM - VOILA QUI N'EST PAS DONNE A TOUT OISEAU
Igor Vereskov & Andreï Dmitriev | Le monde de l'info (Мир Новостей)

SAINT-PETERSBOURG - Contre Gazprom, il n'y décidément rien à faire. Face aux protestations des habitants outrés, les autorités pétersbourgeoises ont fait la sourde oreille et donné leur accord pour la construction de la colossale tour Gazprom (463m) qui portera le nom de 'Lakhta Center'.

Rappelons que ce projet fut précédé par un autre : la construction de l''Okhta Center', une tour de 403m, dénommée ainsi en raison de son emplacement à la confluence de la rivière Okhta et de la Neva (fleuve traversant Saint-Pétersbourg, ndlr) en face de la cathédrale Smolny. Sous la pression de l'opinion publique, ce projet fut toutefois abandonné. On dénicha un nouvel emplacement, plus éloigné (de 9km) du centre historique. Et voilà que la tour a encore gagné en hauteur.

Les analyses numériques ont, elles, prouvé que le gratte-ciel violerait le panorama historique du côté des quais du palais, du pont de la Trinité et des jardins d'été. Il s'élèvera au-dessus de l'aiguille de l'île Vassilievski et viendra 'se planter' entre le clocher et le sanctuaire de la cathédrale Pierre et Paul.

Politiciens et défenseurs de la ville ont envoyé une lettre ouverte au gouverneur de Saint-Pétersbourg, Guéorgui Poltavtchenko, pour protester contre l'édification de 'la Lakhta'. Il est évident que ces protestations seront elles aussi probablement ignorées. Gazprom a d'ores et déjà passé un accord avec plusieurs entrepreneurs, notamment avec l'entreprise moscovite 'Gorproekt', à qui a été confié le développement du projet.

Le montant du contrat n'a pas été divulgué, pas plus que le coût global de construction. Aucune information non plus sur l'entrepreneur principal. Selon certaines sources, l'édification de la 'Lakhta' pourrait vivement intéresser Ziad Manasir, un Jordanien ayant obtenu un passeport russe, copropriétaire de l'entreprise 'Stroygazconsulting' qui a récemment érigé un palais pour le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, sur les rives du réservoir Istra dans le village Berezhki. En gros, Ziad Manasir construit un Palais pour Alexeï Miller et reçoit en retour un juteux contrat pour la construction du 'Lakhta Center'.

«Pour ce qui est de la Tour, pour moi, il y a beaucoup de mystères», explique l'écrivain Daniil Granin, citoyen d'honneur de la ville de Saint-Pétersbourg. «Je me demande vraiment pourquoi on construirait une tour d'une telle hauteur et à Piter en plus ('Piter' est le diminutif donné par les habitants à la ville de Saint-Pétersbourg, ndlr). Personne n'explique quoi que ce soit. C'est quoi au juste, de l'ambition pure, sortie de nulle part ? Ou bien une magouille d'une riche compagnie ? Y a-t-il une réelle nécessité ? Certains parlent d'une 'tour symbole de la ville'. Mais, attendez, de quel symbole est-ce que l'on parle ? Des symboles, on en a déjà à la pelle. Pourquoi est-ce qu'ils devraient changer ? Voilà que la forteresse Pierre et Paul, Le Cavalier de Bronze, la cathédrale Saint-Isaac ne leur conviennent plus désormais ? Tout cela est loin d'être net. Cette histoire de gratte-ciel confirme encore une fois une bien triste habitude : on ne rend pas de comptes à la ville et à ses habitants», dit-il.

Il est vrai qu'un voile de mystère recouvre actuellement ce projet. A la question : «Pourquoi dépenser de telles sommes d'argent sans tenir compte de l'opinion publique ?», il n'y a malheureusement aucune réponse plausible.

03(@AKhoroshevski)_B.jpg«Dieu qu' c'est beau !» Selon le patron de 'Gazprom', Alekseï Miller, une fois la tour érigée, chaque Pétersbourgeois aura le plaisir d'observer la ville d'une hauteur de vol d'oiseau. 

C'est tout ? Pardonnez-nous, mais depuis quand est-ce que l'on dépense des milliards pour un coup d'oeil romantique d'une hauteur de vol d'oiseau ? Les milliards, on les dépense pour des raisons bien plus terre-à-terre que cela. 

Les mauvaises langues racontent que les 'gaziers' s'obstinent à faire passer le projet dans l'unique but de blanchir d'importants fonds financiers. Tout cela ne serait que magouilles et complots.

La 'Lakhta' verra accueillir en son sein 'Gazprom Neft' (filiale dédiée au pétrole, ndlr), 'Gazprom Export' et autres branches du géant monopolisateur. Toutes ces entreprises ont d'ores et déjà troqué leur adresse juridique moscovite contre une nouvelle, pétersbourgeoise. Quel est donc le but de ce déménagement ? De toute évidence, 'en haut', on considère qu'un peu de pognon dans les poches de la Capitale du Nord ne serait pas un péché. Jugez par vous-mêmes : rien qu'à elle seule, 'Gazprom Neft' a versé en 2010 pas moins de 12 milliards de Roubles (300 millions d'Euros, ndlr) dans les caisses de la ville.

Cependant, 'Gazprom' y trouve aussi un intérêt commercial. Les experts estiment que le déménagement des filiales du géant gazier à Saint-Pétersbourg favoriserait le développement du marché des immeubles de bureaux. De grandes entreprises vont affluer vers la seconde ville du pays pour s'installer, bien entendu, dans le 'Lakhta center'.

'Gazprom', lui, en plus d'avoir assis son monopole sur les ressources minières et pétrolières, va investir un nouveau marché, celui des résidences de bureaux de classe premium, dont il deviendra le principal actionnaire et pourra ainsi dicter ses propres lois à ceux qui s'y trouvent déjà.

Igor Vereskov et Andreï Dmitriev | Мир Новостей (Le monde de l'info) | Russie
29-08-2012
Adapté par : Kyrill Convenant

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