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Portrait | Christophe Gulizzi, origines X ? (14-11-2012)

Réinventer l’histoire ? Impossible ! S’en émanciper ? Davantage. Christophe Gulizzi s’est déjà prêté à l’exercice du portrait pour d’autres revues. Quid de la redite ? «Je ne sais pas s’il est bon de se répéter»... Et pourtant, les antécédents sont invariablement les mêmes. Questions d’identité donc et sans estampillage.

France | Christophe Gulizzi

Un matin de juillet, ensoleillé. La veille, Christophe Gulizzi reconnait avoir fait «un peu trop de bagnole». Sur la route, l’architecte visite un château du IXe siècle dans le pays d’Aix et quelques ruines industrielles dans le Lubéron. Projets à venir ?

En parallèle, la réalisation d’un gymnase au Plan d’Orgon capte l’attention. «Je viens de refuser un prototype de béton blanc. Il s’agit pour ce projet d’être au plus près des enduits à la chaux utilisés en Camargue, un béton mantille pour célébrer Lou Biou (le taureau)» assure-t-il. Bref, le quotidien d’une agence.

15 rue Delille, à Marseille, Christophe Gulizzi Architecte. A l’adresse, une chapelle. La sonnette ne fonctionne pas. Frappez avant d’entrer.

La porte s’ouvre. A gauche, relique d’une icône : la photo du Z5, dédicacée par Zinedine Zidane lui-même. Au fond, la croix se détache d’une lumière rougeoyante ; «érotique et diabolique !».

«Je constate toujours le poids de la culture judéo-chrétienne ; tout le monde, en entrant ici, baisse la voix : un fardeau», assure Christophe Gulizzi. Depuis sept ans, l’agence, proche de la gare Saint-Charles, occupe cette ancienne chapelle arménienne désacralisée. Six à sept collaborateurs y planchent. Religieusement ? «Non, pieusement».

«Je suis agnostique», revendique l’architecte. «Ca peut toujours servir».

Et un brin iconoclaste, sans aucun doute.

«L’acquisition de ce lieu est un concours de circonstances. A l’époque, la chapelle m’avait été proposée pour une bouchée de pain». Bref, un 'open space' comme un autre et pour Christophe Gulizzi de faire de la tribune d’orgues, son bureau.

02(@DR)_S.jpgToutefois, l’homme de l’art préfère pour ce tête- à-tête une terrasse de café. Confessions à la Brasserie des Danaïdes, square Stalingrad. Marseille.

«J’en ai assez de la densité de cette ville. Densité de population, densité de trafic. Je suis arrivé ici dans les années 90 alors que le centre se repeuplait. Aujourd’hui, la fuite vers la périphérie est de nouveau avérée. Marseille, malgré sa beauté, offre un quotidien difficile», assure l’architecte, sans une once d’accent.

«Je porte en moi la Méditerranée. J’assume ma culture, mon identité mais ce n’est ni un estampillage ni un faire-valoir. Il s’agit de ne pas tomber dans le communautarisme», affirme-t-il. «D’autant que j’ai de plus en plus de doutes quant à l’avenir du bassin méditerranéen».

Et de raconter, encore et toujours, la même histoire ? Celle d’un père «rital», venu s’installer en France ? Celle d’une famille ayant souffert, justement, du communautarisme ? A l’architecte de ne plus en parler. Et Rudy ? «Nous sommes tous de sang mêlé».

Bref, plus que l’expression d’une pudeur invraisemblable, d’aucuns envisagent dans les propos de l’architecte, l’envie d’un regard autre.

«Je suis Varois, j’ai appris à marcher sur les plages du sud», dit-il. L’adresse, à quelques mètres de la Cannebière n’est que la continuité d’études faite à Luminy. «L’espace marseillais laisse plus de place aux jeunes architectes que l’aire toulonnaise, contaminée par la 'varitude', ce virus annihile toute vision contemporaine de la ville et maintient, chez les élus, le modèle de la crèche provençale avec âne et rois mages comme unique vision du développement».

Toutefois, l’homme de l’art concède que le ratio architecte / habitant n’était alors que peu favorable. Aussi, direction Paris. Aux antipodes, attendent femme et enfant. Aujourd’hui, l’agence partage son activité - deux tiers-un tiers - entre ici et là. «Je suis nulle part. Cela évite d’être dans un cercle fermé», dit-il.

03(@PhilippeRuault)_B.jpg «Je suis venu à l’architecture sur un malentendu. Mon parcours scolaire était une cata', je me suis fait renvoyer en troisième. J’étais un cancre. Cela ne m’intéressait pas», se souvient-il. Deux possibilités s’offraient alors, ébéniste ou dealer.

Choix numéro un. «Je voulais aménager des bateaux. Puis, l’appel de la pierre ; le virus m’a pris. Je n’avais pas le bac, un manque qui devait être compensé par un rythme de travail supérieur». Indépendant et motivé donc.

«A dix-huit ans, j’étais autonome. J’avais mon propre logement. Cette situation n’était toutefois pas un choix», reconnait-il. A Luminy se superposait Bandol. «J’y suis resté quatre ans jusqu’à mon diplôme. J’en entendais tellement de mal qu’il devait forcément s’y passer quelque chose de bien. J’y ai appréhendé une manière différente de poser la caméra sur soi et sur l’architecture».

04(@VincentFillon).jpgEn 1998, l’architecte part «faire sa vie». En d’autres termes, une inscription à l’ordre et l’ouverture d’une agence. «Je suis en libéral en mon nom propre. Je n’ai pas de pseudonyme, de nom de scène ou de 3615», assure Christophe Gulizzi, dont les bureaux ont acquis selon lui, en 2002, leur autonomie.

«C’est un métier où tu te baignes quand tu sais nager». Des débuts difficiles mais prometteurs. En 2004, une nomination à la Première Oeuvre. Déjà.

En guise d’obsessions, le plaisir et l’émotion. «Les projets sont identiques en matière d’analyse des circonstances et d’intention. Je pense en terme de mise en scène des sensations», confie l’architecte.

L’origine d’un positionnement ? Peu lui chaut. «Je n’ai pas de réponse à ce sujet. C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je recherche», relève-t-il, en citant Soulages.

Assumer sa culture, certes, mais ne pas sans cesse revenir à la source. Aujourd’hui, Christophe Gulizzi, plus que jamais, s’émancipe des références ; «j’attends d’avoir plus de maturité encore». Un jeune quadra.

Le parti est néanmoins ancré. La touche, tangible. «J’ai une production minérale. Je ne travaille pas le bois. Je me refuse à faire de la cagette en bois pour la bonne conscience collective», revendique-t-il. Méfiance donc envers «les sauveurs de la planète cachés sous leur faux-nez et leur fausse moustache».

Le béton se fait alors matériau de prédilection. «Brutal n’est pas être radical. C’est une notion qui revient à des considérations esthétiques. Le brutalisme est sans compromis et met en oeuvre des matériaux à l’état brut. Loin des matériauthèques et des gesticulateurs précoces».

L’architecte s’efforce de concevoir des façades structurelles. «Aucun parement n’est rajouté ; c’est la structure qui dessine le bâtiment», résume Christophe Gulizzi.

05(@PhilippeRuault)_S.jpgNi carton plume ni scotch. «Nous ne faisons aucun travail de maquette. C’est un outil que je n’ai jamais appréhendé. Il n’est, pour moi, pas nécessaire. Je fais quelques maquettes 3D blanches mais il s’agit là d’un outil de vérification plus que de mise au point. L’ordinateur ne trouve pas les solutions».

L’oeil, la main et le coeur demeurent des outils de choix. «Nous posons aussi pour chaque projet des mots. Je ne suis pas littéraire et je regrette de ne pas avoir ce talent. Les mots sont un préalable», assure-t-il.

Au-delà de l’architecte à la séduisante faconde, au-delà du personnage raconté, demeure l’homme sensible face à ses doutes. Et, in fine, de conclure : «après tout, nous avons toujours le défaut de penser que nous sommes indispensables...».

Jean-Philippe Hugron

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