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Visite | 2/3/4/ apporte sa brique à l'édifice (14-11-2012)

2/3/4/ à rebours ? Tout de go ! Direction Montreuil (93), où l’importante agence parisienne a livré, en septembre 2012, un nouvel IUT. L’ouvrage de brique et d’inox poli-miroir se veut la démonstration d’une pratique face à l’arrogance d’un système. Quid de la maîtrise d’oeuvre ? De l’usage ? De la durabilité. Par l’architecture, répond 2/3/4/.

Education | Brique | Montreuil | 2/3/4/ architecture

Depuis la mairie de Montreuil, le bus 122 traverse un paysage de banlieue marqué par un imposant cimetière. Rue de la nouvelle France, quelques pavillons, une station-service, des terrains plus ou moins vagues.

Au centre, un monolithe noir, tout de brique, élégant et soigné. «Ce bâtiment a un caractère d’exemplarité», assure Olivier Arene. Et l’associé de 2/3/4/ de féliciter le travail accompli par Emilie Sopena, chef de projet, depuis «architecte en titre» à l’agence.

«Pour ce projet, Paris VIII nous a fait confiance en tant que maître d’oeuvre et maître d’usage». L’assertion, pour Olivier Arene, est de prime importance ; «nous mesurons aujourd’hui la dévalorisation d’un métier», assure-t-il. Et de dénoncer «l’absence d’expertise».

«Le normatif prend le dessus et la société invente sans cesse dans le processus une tierce personne. Il nous appartient, à nous, architectes, d’inventer la pérennité. Seul l’usage garantit la durabilité d’un bâtiment», assure Simon Rodriguez-Pagès, associé.

Peaux et vêtures sont logiquement dénoncées. «La burka flingue tout», clame Olivier Arene. Aussi, à Montreuil, la brique. Simple et efficace. «Elle va se patiner certes, mais il s’agit là pour nous d’intégrer le vieillissement naturel du bâtiment dans notre projet», dit-il.

D’y entrevoir également «la main de l’homme» et, pour l’homme de l’art, de revenir aux sources. «Depuis la maison de parpaing à Guérande...», se souvient-il.

02(@NFussler)_S.jpgDès les premières esquisses donc, un matériau. «Nous voulions également être en lien avec la ville», assure Emilie Sopena. Quant au jeu en creux et en relief des briques, «une simple volonté esthétique».

«L’idée était de réaliser une trame correspondante aux salles de classe», poursuit-elle. Lecture, à l’extérieur, de l’organisation intérieure.

Autre considération esthétique, l’inox miroir. «Nous l’avons traité en grand cadre pour donner l’impression d’ouverture maximum. Il s’agissait à la fois de transcender la dimension réelle des ouvertures et d’animer la façade».

A chaque étage, son département. Le premier, informatique, le second, gestion. «Nous avons organisé les niveaux d’enseignement de manière identique à la façon de deux L imbriqués. L’un pour les TD, l’autre pour les fonctions supports ; au centre, un salon d’étage», explique Emilie Sopena.

03(@JSepulveda)_B.jpgL’organisation se résume en «deux façades nord, deux façades sud». Pour ce faire, un jardin intérieur arboré a été créé au centre de l’édifice.

Les circulations sont dès lors positionnées plein sud, «en réaction à l’orientation solaire du terrain ainsi qu’aux forts apports internes inhérents à l’enseignement de l’informatique», note l’architecte.

Salles de classes et bureaux sont, par voie de conséquence, au nord. «Ces façades sont généreusement percées et ces espaces profitent d’une lumière diffuse», poursuit-elle.

Restait alors l’articulation de l’extension de l’IUT avec le restaurant universitaire, «deux établissements autonomes distincts», souligne-t-elle.

04(@NFussler)_S.jpgUn mur d’aluminium serpente autour de l’édifice et fait office de lien visuel. «Ce ruban sert de toile de fond à l’ensemble des espaces publics. Il habille par ailleurs les fonctions techniques de la construction. Il nous paraissait important que son écriture soit précieuse et maîtrisée», conclut Emilie Sopena.

Enfin, la transparence associe visuellement hall et restaurant pourtant séparés par le parvis et le jardin central. Pour accentuer cette continuité, les architectes ont pris le parti de faux-plafonds identiques à l’intérieur et à l’extérieur.

Une somme de détails, entre autres et beaucoup d’énergie. Reste à 2/3/4/, pour parfaire la démonstration, plus de quarante projets en cours...

Jean-Philippe Hugron

05(@JSepulveda)_S.jpgFiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Université de Paris 8, Marie-Claude Berthomme / Icade, Julia Guilleman, Jérome Lefebvre
Maîtrise d’oeuvre :
Architecte : 2/3/4/ architecture - Olivier Arene, Jean-François Patte, Emilie Sopena
Equipe : Elie Marçais, Hélène Arligui, Olivia Medot, Nicolas Guillaume, Fabrizio Glorioso, Guilio Tarquini

Paysage : Faubourg 2/3/4/ Florian Luneau

Programme : IUT d’informatique et communication (locaux d’enseignement et administration) / Restaurant universitaire (CROUS) / Réhabilitation (Amphithéâtre et visioconférence)

Calendrier : Lauréat du concours : janvier 2010 / Livraison : septembre 2012
Surfaces : Construction : 4.400m² SHON / Réhabilitation : 600m² SHON
Coût : Construction + réhabilitation : 9,87 millions d’euros HT (valeur 04/2009) / Mobilier : 0,4 millions d’euros HT (valeur 04/2009)

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