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Visite | L'Hôtel de Ville de Montpellier : trop bel pour moi ? (31-10-2012)

Je suis venue, j’ai vu... j’attends toujours... Monument du XXIe siècle, oui. Jeu de lumière comme attendu ? C’est coché. Transparences ? C'est fait. Ancrage dans le site ? Ce bâtiment-là est paysager à n’en point douter. Et ça fonctionne, comme disent les architectes. Livré en novembre 2011, l’Hôtel de Ville de Montpellier signé Jean Nouvel et François Fontès accueille les Montpelliérains comme le promet sa vocation.

Bâtiments Publics | Montpellier

Alors pourquoi, ce jour-là, à Montpellier, l’enchantement n’est-il pas total ?

En ce mercredi 12 septembre, la découverte du bâtiment se déroule pourtant dans les meilleures conditions ; Stéphanie Malfilatre, chargée de communication de François Fontès, n’est qu’enthousiasme.

Plus qu’un monolithe bleu à l’image du blason de Montpellier, du ciel, de la mer, plus qu’un vaisseau amiral ou un ensemble de parallélépipèdes évidés, l’Hôtel de Ville de Montpellier, avec ses quarante mètres de haut, tient d’un Arc de Triomphe revu et corrigé à l’ère du digital, version Tétris.

Bref, une porte du XXIe siècle offerte aux Montpelliérains.

Du symbole, il en a tout l’allure.

De l’initiateur urbain aussi. Situé sur les rives du Lez, au sud de Montpellier, dans le quartier de Port Marianne, on le sent si on ne le savait pas : celui-là contribue à étendre le centre-ville.

D’abord, d’en mirer la face côté Lez, que les architectes ont invité au coeur même du bâtiment. Vu d’ici, l’ancrage au site ferait rougir n’importe quel tenant du sacro-saint contexte.

Vu d’ici, il promet. Entre les brise-soleil et les montants des façades, la maille bleutée emballe comme l’écrin la pierre.

Déambulant sur le parvis, rien à dire, cette cour-là est d’honneur même si, de part et d’autre, deux ailes promises à la vie publique caricaturent quelque peu la place.

Dès l’entrée, à l’autre bout du hall, des surfaces vitrées invitent à découvrir le coeur évidé du bâtiment.

C’est là, dit-on, qu’a lieu le clou du spectacle. Là où le jeu de lumière, si cher à François Fontès comme Jean Nouvel, bat son plein. Au sein du patio, des surfaces habillées d’inox composent un dégradé de bleus et de gris destiné à créer mille reflets et jouer avec le plan d’eau léchant les pieds du bâtiment.

En tout cas, c’est ce que promettaient les photos.

02(@Nouvel-Fontes)_B.jpgMalheureusement, ce jour-là à Montpellier, le soleil n’est pas au beau fixe. Ce jour-là entre tous. Alors, les reflets sont timides même si l’articulation entre ciel et Lez est saisissante.

Direction la salle des mariages. Comme dans le hall, quelque chose paraît surfait. Les photos de feux d’artifice ou d’extraits de registres, interventions signées Alain Fleischer qui ornent les plafonds des deux espaces, semblent de trop.

Sans crier au crime de l’ornement, ici la suggestion, à l’instar de l’aménagement du parvis, rend le symbole trop iconique.

Au-dessus, la salle du conseil municipal, dont le mobilier, efficace mais si austère, détourne le regard des surfaces vitrées aux reflets bleus.

Sinon, les architectes ont offert des terrasses aux employés municipaux. Vues sur le Lez ici, là vues sur la place ou sur le parc, partout le paysage s’invite.

Alors, ce jour-là, à Montpellier, pourquoi constater plutôt que ressentir ce qui, à tant d’égards, est une prouesse ?

Peut-être est-ce la monumentalité, exigeante sinon excessive ? Ou la lumière, exceptionnellement grise ?
Peut-être est-ce l’aspect d’un quartier en devenir ? Ou l’absence des architectes pour conter, donc sublimer, leur bâtiment ?
Peut-être les images puis les photos étaient trop prometteuses ?

Peut-être faut-il laisser le temps au temps, à Port Marianne de se densifier, à l’Hôtel de Ville d’apparaître moins solitaire ?

«Il n’est de véritable déception que de ce qu’on aime», écrit Georges Bernanos.

En effet.

Emmanuelle Borne

03(@Nouvel-Fontes).jpg

Réactions

SU | documentaliste | Nantes | 21-03-2013 à 14:09:00

Tout a fait d'accord avec la réaction de Pergame. Je me demande toujours pourquoi les photos d'architecture sont réalisées -la plupart du temps- sous un ciel bleu, ce n'est pas la réalité. L'architecture existe quelque soit le temps, le climat quand on s'y sent bien, les thermes de Vals évoqués en sont la sublime démonstration. Une multitude d'autres projets le prouvent avec bonheur pour les architectes, les usagers, les voyageurs ...

Pergame | Paris | 01-11-2012 à 09:35:00

La lumière est certainement le facteur incontournable de la mise en valeur de l'architecture contemporaine. C'est même une évidence pour toutes les architectures. Cependant, il faut s'interroger sur la qualité d'une architecture qui, sans la lumière, ne produirait plus d'émotions. D'autres facteurs contribuent à la qualité d'une architecture : la spatialité, les matériaux - leur matière elle-même et leur intelligence constructive. Visitez la petite chapelle de Zumthor près de Vals et les thermes eux-mêmes sous la pluie (ce que j'ai fait), l'émotion est intacte. Ce n'est pas bon plus la proximité redoutable d'un parking de foire-expo qui rend moins beau le Pavillon de Barcelone. Il y a de la magie au MacCormickk de Rem Koolhaas quelque soit la météo.
Dois-je dire que la déception que vous évoquez dans votre texte, on peut la ressentir également dans certains projets récents quand le soleil se cache ?

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