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Portrait | N+B, de l'architecture comme discipline cinétique (31-10-2012)

Il n’y a pas que l’acte de construire dans une vie d’architecte. En témoignent éloquemment Elodie Nourrigat et Jacques Brion. Co-fondateurs de l’agence N+B architectes en 2000, ces associés à la vie comme à la ville sont par ailleurs enseignants-titulaires à l’ENSA Montpellier et aussi organisateurs du World Architecture Workshop et du Festival Architectures Vives. Entre autres.  

France | N+B architectes

«La construction est la finalité de notre métier ; à l’enseignement la transmission et au festival la valorisation de l’architecture». Boulimiques, Elodie Nourrigat et Jacques Brion ? «Non. Pour nous, l’architecture est toutes ces facettes à la fois».

Arrivée à l’ENSA de Montpellier par défaut, «parce que les Beaux-arts, c’était trop léger et l’architecture un vrai métier», Elodie Nourrigat souligne que le coup de foudre pour l’architecture fut dès le départ intimement lié à l’aspect transversal du métier.

Offrant une vue imprenable sur l’église Saint-Roch, l’agence N+B est composée de petites pièces dont des pans de murs ont été peints en vert. Un refuge, doté d’une mezzanine où se déroule la conversation. Sans Jacques Brion. Après un bref salut, ce dernier s’active à l’étage. «Les entretiens ne sont pas sa tasse de thé», sourit Elodie Nourrigat. «Alors, il me propulse».

En jean et T-shirt, elle ne paraît pas son âge. Alors d’imaginer qu’elle a dû en surprendre plus d’un quand elle s’est retrouvée enseignante titulaire à 33 ans, en 2004, Jacques Brion ayant commencé à enseigné en 2003. «Je suis devenue collègue avec certains de mes profs», rit-elle. Aujourd’hui encore, Elodie Nourrigat est la seule femme à détenir un poste de titulaire enseignante en TPCAU (enseignement du projet) à l’ENSA Montpellier.

«Enseigner nous oblige à rester en éveil, à penser autrement. Moins qu’une transmission de connaissances, c’est, à l’ère d’Internet, une manière de transmettre des envies», dit-elle.

Envie d’Amériques aussi. Alors que Jacques Brion avait enseigné un an à Laval, au Québec, en 2005, «à [son] tour» Elodie Nourrigat accepte un poste à Lexington, USA, de janvier à avril 2012. C’est-à-dire la chaire Brown Forman de l’Université du Kentucky, sur invitation du Dean Michael Speaks, succédant ainsi à Julien De Smedt. L’occasion de présenter une pratique «où le projet est doté d’une accroche avec l’espace urbain» auprès d’étudiants davantage habitués à la conception d’objets solitaires.

Par lien urbain, N+B n’entend pas tant le tracé que l’appropriation. Ainsi, afin de rendre «habitables» le parc d’activités Camalcé et les locaux de la Communauté de communes de la vallée de l’Hérault, livrés en 2007, «un programme qui ne vit a priori que de 9h00 à 17h00», les architectes ont aménagé des espaces publics désormais investis y compris le week-end.

02(@P.Kozlowski).jpg«Spécifier un lieu» est aussi une affaire de proportions. Voir à ce titre «les espaces différenciés» du projet de restructuration et d’extension du lycée Albert Einstein à Bagnols-sur-Cèze.

Sinon, «nous n’avons ni tic ni matériaux de prédilection». La touche méditerranéenne peut-être ? Enseignant l’un et l’autre dans le cadre du domaine d’études 'Métropoles du sud', «nous ne voulons pas pour autant être estampillés 'sudistes'. Ce qui nous importe est davantage la question de la 'localité'». De fait, à Montpellier, impossible d’échapper à l’ombre et la lumière.

«Nous ne sommes pas non plus rattachés à une école de pensée». Plutôt que des sources d’inspiration, Elodie Nourrigat évoque des rencontres. Par exemple, Francis Soler. «Il porte les gens». Il n’y a pas que les architectes. «La journaliste Marie-Christine Loriers m’a beaucoup appris». Sans oublier la philosophe Chris Younès, avec qui tous deux ont obtenu un DEA en philosophie et qui a encouragé l’architecte à y donner suite. «J’ai finalisé mon doctorat, qui porte sur le devenir des villes contemporaines, l’année dernière». Une recherche promise à publication ? «Il faut trouver le temps de la publier...».

Pas une priorité donc, la notoriété. «Pénétrer des univers différents à chaque projet, voilà ce qui rend ce métier fascinant».

Deux ans après le DPLG, obtenu en 1999, direction Kyoto et la Villa Kujoyama, où Elodie Nourrigat passe six mois à développer plus avant le sujet de son diplôme, composé d’une série d’interviews.

Claude Parent, Jean Nouvel, Rudy Ricciotti, Gilles Perraudin, François Seigneur, Philippe Rahm, Patrice Goulet puis Ryue Nishizawa, Toyo Ito et Arata Isozaki, tous ont répondu à LA question : «Pour vous, que signifie être architecte ?». A l’époque, déjà, impossible de se contenter d’une seule et unique acception.

«Au Japon, je me suis rendu compte que l’architecture ne s’intellectualise pas forcément», souligne l’architecte.

En tout cas, Elodie Nourrigat a recueilli ces pépites, qu’elle n’a jamais polies. «Je n’ai jamais eu le temps d’exploiter ces entretiens». D’aucuns le regrettent. Elle en garde plutôt le souvenir de sa rencontre avec Hitoshi Abe. «Jacques l’avait rencontré de son côté au même moment, il était cerné».

03(@DR)_B.jpgEn 2002, les trois architectes décident de monter un atelier réunissant l’ENSA de Montpellier et la Tohoku University, auquel se joignit, en 2004, l’Université RMIT de Melbourne. «Cette année, nous allons à Sendai fêter les 10 ans du WAW (pour World Architecture Workshop, nda)». «Même pas peur», rit Elodie Nourrigat. Main de velours, inébranlable enthousiasme.

De Montpellier à Sendai en passant par Lexington, Laval, mais aussi L.A. ou Boston... Pour Elodie Nourrigat et Jacques Brion, voyager est essentiel «afin de prendre conscience du monde dans lequel nous vivons» et, aussi, «pour se situer». «On se découvre au contact des autres», dit-elle.

Paris ? «Nous connaissons mieux Tokyo», répond la montpelliéraine «pur jus». Pas de regret ; la réponse vaut critique : «Du point de vue de la médiatisation de l’architecture, la France est beaucoup trop centralisée. A l’époque où la presse spécialisée était uniquement sur papier, j’endossais le rôle de relais local pour Techniques et Architecture».

04(@P.Kozlowski)_B.jpgEn tout cas, «nous aimons partir parce que nous savons que nous revenons ici». L’agence est bien un pied-à-terre en plus d’un lieu de travail.

Si les associés de N+B sont par monts et par vaux, ce n’est pas pour s’étourdir. «Ce qui nous intéresse est d’inscrire de tels projets dans la durée». Par exemple, le Festival d’Architectures Vives (FAV), lancé à Montpellier en 2006, connaît depuis un succès grandissant : en 2012, sa septième édition a accueilli 8.500 visiteurs en cinq jours !

«L’idée d’investir des espaces urbains avec des projets de jeunes architectes vient des agences parisiennes AIR et rh+. Nous l’avons transposée, à Montpellier, dans des cours d’hôtels particuliers». Ces lieux étant privés à 90%, les architectes ont contacté, un par un, leurs propriétaires, tout en sollicitant diverses collectivités pour le financement de l’événement.

Alors que la version parisienne n’aura vécu que deux fois, N+B s’est dotée d’une collaboratrice chargée exclusivement de l’organisation du festival. Sans oublier un partenariat avec une agence de communication. Auparavant, à Elodie Nourrigat la diffusion.

Bref, N+B décline le mot 'architecture' au pluriel. «Nous ramenons tout à l’architecture ; c’est 'vampirique'». De fait, «il faut faire des choix». Certains ne sont sans doute pas faciles mais, rien, Elodie Nourrigat ne regrette rien.

Tant que Jacques Brion est à ses côtés. «Sans lui, je ne peux rien faire». Ni lui sans elle. «C’est parce que l’un ou l’autre doit rester pour gérer l’agence que nous pouvons l’un ou l’autre nous absenter pour enseigner à l’étranger».

Le tandem s’est formé durant les années d’études à l’ENSA Montpellier. «Nous avions déjà la même envie de pratiquer notre métier sous différentes formes».

Si la conception des projets se fait à deux voix et quatre mains, «rares sont ceux qui sont bons partout, nous en avons conscience ; ainsi, la répartition des rôles est plus simple et efficace».

Pas dévorant, l’égo. D’ailleurs, à l'occasion de projets, ces architectes n'hésitent pas à s'associer à leurs propres collaborateurs et partagent ainsi non seulement une signature... mais aussi des honoraires ! «Nous ne serons sans doute jamais riches mais il n’y a pas de 'turn over’'à l’agence».

Alors, pour Elodie Nourrigat et Jacques Brion, que signifie être architecte ? «J’espère que nous n’aurons jamais la réponse. Le jour où il n’y aura plus que des certitudes, alors adviendra l’ennui».

Ce n’est pas pour demain.

Emmanuelle Borne

05(@P.Kozlowski).jpg

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