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Présentation | En l'attente du tokamak, le siège d'ITER ondule comme promis (17-10-2012)

Livré en octobre 2012, le siège d'ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône (13), est une réalisation signée Rudy Ricciotti avec Laurent Bonhomme, architecte varois. Signe distinctif : la façade nord-ouest composée de brise-soleil verticaux en BFUP forme un voile en mouvement du plus bel effet.  

BFUP | Bureaux | Architecture industrielle |

Les images ont tenu leurs promesses : avec sa façade ondulante, le siège d’ITER donne l’impression de se mouvoir au gré du vent. L’apparente gracilité du drapé composé de brise-soleil verticaux en BFUP relève «d’une redoutable mise sous torture de la matière au raisonnement mathématique», explique Rudy Ricciotti.

On ne change pas une équipe qui gagne : c’est avec Lamoureux & Ricciotti ingénierie que Rudy Ricciotti a mené une véritable démarche de R&D – «avec mise au point de protocoles de travail, de calculs et d’expertises inédites» - pour parvenir au délicat dessin dont il revendique «la féminité»*.

«Nous voulions une façade changeante selon les points de vue», précise Laurent Bonhomme, architecte associé du projet. Bardant les surfaces vitrées au nord-ouest du bâtiment, les brise-soleil donnent l’impression d’une vague opaque. Pourtant, «pour l’observateur, une fois posté face au bâtiment, ils disparaissent».

Décollé de la façade de quatre-vingt-dix centimètres à deux mètres selon les ondulations, le procédé confère inertie thermique à un bâtiment de 20.500m² par ailleurs doté de planchers en béton. Intégrant le bâtiment au paysage, il permet également de remédier à l’aspect linéaire d’un plan offrant «du bureau au kilomètre».

En effet, alors que les autres candidats avaient conçu différents volumes répartis sur le site à l’image d’un campus, Rudy Ricciotti et Laurent Bonhomme ont préféré intégrer l’ensemble du programme (c’est-à-dire bureaux, salles de réunion, salle du Conseil, auditorium, bibliothèque et restaurant) au sein d’un seul et unique volume long de 180 mètres et haut de 23 mètres pour cinq niveaux.

Un parti pris singulier, issu de l’absence d’organigramme au moment du concours remporté par Rudy Ricciotti et Laurent Bonhomme en 2007 puisque «le maître d’ouvrage (l'agence domestique européenne F4E et la France) n’est pas l’utilisateur final (ITER)». Un pari gagnant pour avoir transformé une lacune en force de proposition.

Avec ce bâtiment percé de patios et composé de bureaux alignés le long des façades nord-ouest et sud-est selon une trame de 13 mètres carrés, ce qui permet de les agréger selon les besoins, les architectes ont intégré l’évolutivité au coeur du projet. D’ailleurs, les surfaces ont évolué au fur et à mesure du chantier comme des études.

Emergeant derrière la végétation du site, que les architectes ont préservée, «ce grand socle horizontal confère une assise à l’exubérante verticalité de la machine», précise Laurent Bonhomme. Par machine, il entend le tokamak** en cours de réalisation, l'installation qui permettra d’obtenir une énergie de fusion et qui s’élèvera au-dessus des bureaux d’une trentaine de mètres.

02(@MichelEisenlohr)_B.jpg Deux bâtiments complètent le siège d’ITER : le premier abrite un centre médical et le poste de contrôle d'accès aux installations expérimentales ; le second, situé à proximité de l'entrée publique du site, fait office d’espace de contrôle d'accès au site. Avec ses façades en BFUP ajouré, celui-là porte sans conteste «la patte Ricciotti». C’est-à-dire un dessin obtenu grâce à une implacable rigueur technique*.

La phase études ayant été menée par l’agence Rudy Ricciotti, Laurent Bonhomme, qui a suivi le chantier, fut néanmoins présent au moment de la conception de l’esquisse.

Sa connaissance du site n’y est d’ailleurs pas pour rien dans l’implantation, en L, du programme. Ni dans le dessin de la façade, conçue à quatre mains.

«Il était important pour les habitants de la région que le bâtiment ne soit pas invisible, qu’il décline son identité depuis la route», précise l’architecte.

Laurent Bonhomme met l’accent sur l’ampleur du projet. Habitué des programmes de bureaux, la réalisation d’ITER fut l’occasion pour lui de travailler sur une échelle plus conséquente.

«Les composants m’étaient familiers mais le changement d’échelle ne consiste pas en une simple opération d’homothétie. Il implique, en matière de conception architecturale, un travail de maïeutique et des aller-retour constants».

03(@MichelEisenlohr)_S.jpg La collaboration avec l’architecte des arts de l’Islam au Louvre ? «Avec Ricciotti, l’architecture reste prioritaire jusqu’au bout ; la gestion des contraintes ne doit pas porter préjudice à l’image du concours», indique l’architecte varois.

Ayant l’habitude de travailler avec, en préalable, les contraintes budgétaires, techniques, fonctionnelles, etc., Laurent Bonhomme fut inspiré par l’inversement du paradigme entre contraintes et 'image d’architecture'.

«La façon de faire de Rudy Ricciotti m’a libéré. J’ai désormais envie, dans mes prochains projets, d’être plus radical qu’auparavant».

De l’expérience ITER, une énergie communicative.

Emmanuelle Borne

*Ce paragraphe a été mis à jour le 18 octobre 2012.

** Un tokamak (de l’acronyme russe de Toroidalnaya Kamera c Magnitnymi Katushkami) est une installation capable de produire les conditions nécessaires pour obtenir une énergie de fusion, explique le site itercad.org.

04(@LisaRicciotti)_B.jpgFiche technique

Maîtrise d’oeuvre : Rudy Ricciotti, architecte / Laurent Bonhomme, architecte / SNC-Lavalin / Cap-Ingelec
Durée des travaux de construction : 2 ans (occupation des lieux septembre 2012)
Superficie : 20.500 mètres carrés
Longueur : 180 mètres
Hauteur : 20 mètres
Nombre de niveaux : un sous-sol et cinq étages (six niveaux)
Nombre de brise-soleil : 3.104
Caractéristiques des éléments des brises-soleils : 3,5 centimètres d'épaisseur x 3,5 mètres de hauteur, béton de fibres ultra-performant. La superposition de quatre brise-soleil crée des lignes de 14 mètres de hauteur
Capacité : environ 500 personnes

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