studio

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Présentation | A Vannes, le grand soir ? (19-09-2012)

«Vous connaissez ce film, 'Le grand soir' ? C’est le drame des entrées de ville gagnées par les enseignes et l’automobile. Vannes n’y échappe pas. Il est difficile de lutter contre ce processus. Ce projet est une contre-proposition». De fait, l'Atelier ARCAU inaugurera, en novembre 2012 dans la cité morbihannaise, de surprenants bureaux. Un maître d’ouvrage en confiance ?

Bureaux | Corten | Vannes | Atelier ARCAU

A la limite du grand paysage, sur la route de Sainte-Anne d’Auray, se dressent deux étonnants édifices habillés d’acier Corten. «Nous ne sommes pas ici à Barcelone ou à Nantes mais nous avons eu la chance d’avoir des interlocuteurs, y compris à la ville, qui nous ont fait confiance», assure Julien Veyron, associé de l’Atelier ARCAU.

Le parti, né «d’un ressenti graphique», était audacieux. «Nous réalisons d’ordinaire des projets plus 'japonais', à savoir plus calmes, plus posés qui s’immiscent en silence dans le site. Ici, en réponse au contexte bien identifié d’entrée de ville, caractérisé par le vide et la disparition de la rue en tant qu’espace public structuré, nous avons cherché un mode d’expression différent», dit-il.

De fait, l’atelier a pensé «les façades est, sud et ouest, lesquelles s’ouvrent vers la ville, en verre et en acier, tandis que la façade nord, en béton brut, dialogue avec le pavillonnaire diffus mitoyen qui s’émiette dans la campagne avec davantage de fermeté», poursuit-il.

En guise de signature, «le mouvement et la dynamique de l’oblique pour trouver la puissance, sinon la force nécessaire à l’inscription du projet le long de la Route de Sainte-Anne». L’ambition était d’autant plus importante que l’édifice se devait d’abriter, entre autres, l’agence elle-même ; le tout pour 2.000€ TTC/m², achat du terrain compris.

«Nous comparons ce projet à ce que les Allemands ont les premiers développé pour l'habitat et appellent les 'Bau Grüppe', en d’autres mots, l’auto-promotion», souligne Julien Veyron. Et pour cause, le projet fédère quatre sociétés qui font la maîtrise d’ouvrage.

«A l’origine, il y avait un cabinet comptable pour lequel nous avions fait une faisabilité. Nous leur avions ensuite dit que le terrain était trop grand pour eux...». De fil en aiguille, l’agence s’invite dans le projet, puis deux autres sociétés vannetaises. En tout et pour tout, un peu plus de cent personnes vivent et travaillent chaque jour sur le site.

«Le tout a démarré en 2007. Cinq années entre la conception et la livraison est un luxe. Il est rare de pouvoir prendre son temps», assure l’architecte.

02(@ARCAU)_B.jpgDe SCI en SCI, l’édifice prend forme. Une première société fut formée pour l’achat du terrain et du clos couvert puis, chaque entreprise associée a créé sa propre SCI pour aménager son intérieur. Leitmotiv : décloisonner au maximum.

«Chacun a mené sa réflexion en interne autour de la façon de mettre son espace au service de son activité», se souvient Julien Veyron. «Pour les comptables, lesquels occupent un bâtiment annexe, nous avons mis au point une double circulation centrale où les dossiers 'vivants' sont au coeur du process». Et pour une agence d’architecture ?

La trentaine de collaborateurs occupait encore sur 300m² des bureaux conçus par l’atelier lui-même pour une équipe de quinze personnes. «Nous avons alors réfléchi sur la manière dont nous voulions travailler ; nous avons pensé en termes de volumes et d’espaces», révèle l’architecte.

«Nous avions besoin d’un endroit où nous retrouver tous ensemble pour débattre d’un projet, pour échanger sur un voyage, un endroit d’émulation qui ne soit pas une salle de réunion». Pour ce faire, l’agence se répartit sur deux étages, les troisième et quatrième du nouvel immeuble.

«En bas, l’espace public : l’accueil et les espaces pour recevoir nos maîtres d'ouvrages et partenaires. Puis, les équipes éco et chantier. Enfin, un escalier, lequel nous transformons en amphithéâtre : les marches deviennent des gradins de 5 mètres de large. C’est le coeur de l’atelier. En haut, la machine à café et la conception avec le plateau des équipes projets, l’atelier maquette, la reprographie et les associés rassemblés autour de l’espace dédié aux revues de projets».

La question des espaces partagés ? En dehors des extérieurs, aucun espace commun.

Demeure la relative mutualisation des équipements. «Nous nous prêtons des espaces spécifiques. Par exemple, nous pouvons utiliser l’amphithéâtre de cinquante places des comptables».

«Nous avons aussi conçu l’ensemble pour que chacun puisse être en mesure de s’étendre de part et d’autres du jardin. Il y a partout la possibilité d’ajouter des volumes, voire de se rehausser», précise l’architecte.

Si l’agence exprime désormais «une envie de travailler la matière et le sur-mesure», ces deux édifices marquent un tournant tant dans le paysage vannetais que pour l'Atelier ARCAU.

«Bien que nous étudions des échelles très variables allant de la maison individuelle, objet d’une réflexion complexe, à l'équipement public comme un centre hospitalier, ce projet représente une nouvelle étape dans la croissance de l’atelier, dans ses réflexions et dans ses modes d'expression, visant à générer à chaque nouveau projet un peu plus de qualités urbaines et spatiales», conclut Julien Veyron.

En effet.

Jean-Philippe Hugron

03(@ARCAU)_S.jpgFiche technique

Construction d’immeubles de bureaux rassemblant autour d’un jardin un cabinet comptable, un studio d’imagerie 3D, le siège d’un agent immobilier et un atelier d’architecture et d’urbanisme.

Maître d’Ouvrage : SCI HSF & SCI BLAK
Architectes : Atelier ARCAU ; Xavier Fraud & Julien Veyron avec Pierre Couic
Paysagiste : Madalena Beloti - Vannes

Surfaces : 2.778m² SHON
Coût : 2.610.480€ HT
Livraison : 2012

Réactions

Tyfaine | Architecte | Bretagne | 19-09-2012 à 20:52:00

Des photos de l intérieur!!

Réagir à l'article


eva
design in

Album-photos |One57 à New York, Christian de Portzamparc : le plafond de verre ?

Plus haut, plus fin et plus rentable ! One57, la tour de logements livrée à New York en 2013 par Christian de Portzamparc, Pritzker 1994, s’insère désormais parmi les gratte-ciel iconiques de Manhattan....[Lire la suite]

archizinc

Compte-rendu |Gratte-ciel ou kampung vertical ? Gangnam Style !

Si les tours de logements sont un débat en France, elles le sont aussi en Asie. A Jakarta, l'ambition de créer des «villages verticaux» réinterprétant les kampungs traditionnels pose question....[Lire la suite]

LCDLA

Présentation |A Calgary, Foster et la peau du concombre

Le plus bel édifice de Calgary, Canada ? The Bow ! Selon Christopher Hume, journaliste au quotidien Toronto Star, la tour livrée en 2012 par Norman Foster est d’autant plus remarquable que le paysage architectural de la...[Lire la suite]

LCDLA

Chronique |Bien prétentieux, le Grattacielo della Regione Piemonte à Turin

Avec sa livraison prévue en 2014, le Grattacielo della Regione Piemonte sera bientôt le plus haut gratte-ciel d’Italie. Un motif de réjouissance ? Certes signé d’une figure reconnue de...[Lire la suite]

LCDLA

Visite |Strip-tease, la tour F se rhabille et se déhanche

«Pourrie d’amiante, pourrie thermiquement», prévient Christian Bougeard, architecte mandataire de l’agence AIA. Bref, une épave urbaine. La question posée était alors celle d’une...[Lire la suite]

LCDLA

Enquête |Tour à tour, de l'Aurore au crépuscule

Victime du plan de renouveau de La Défense, la tour Aurore, conçue par Damery Vetter Weil (DVW), va prochainement disparaître et, avec elle, une conception horizontale de la verticalité. Concept allongé pour une...[Lire la suite]