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Chronique | Run Run Shaw Media Center : parcours au sein d'une architecture spectacle (13-09-2012)

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris-Val de Seine. Son projet Magenta l'emmène en de multiples pays afin d'étudier architectures symboliques, vernaculaires et contemporaines. Après la Finlande, Istanbul, les hôtels de Göreme et les coupoles de Mardin, l’école de bambou de Panyaden en Thaïlande, la découverte de Jakarta, Kuala Lumpur, Bangkok et Hong Kong, il relate ici sa visite du Run Run Shaw Media center, une université à Hong Kong signée Daniel Libeskind.

Vie étudiante | Hong Kong | Daniel Libeskind

A Hong Kong, l’université Run Run Media Shaw Center ne laisse pas indifférent. Son architecture de geyser combine le triangle à l’angle droit et le blanc au rouge et noir ainsi que des salles fermées aux espaces indéfinis à l’intérieur. L’ouvrage donne ainsi une nouvelle perception de l’architecture.

Parcours au sein d’un édifice où l’évolution de l’espace déclenche réactions, émotions et appropriations.

Un édifice à l’enveloppe cristalline

Pour une fois que je peux visiter ici un autre bâtiment qu’une tour de bureau ou un centre commercial ! Ce matin, j’ai rendez-vous au Run Run Shaw Media Center, dessiné par Daniel Libeskind, une université dédiée à l’enseignement des médias.

Situé au pied d’une des collines du parc naturel de Lion Rock Country, dominant la cité universitaire de Kowloon, l’édifice a trouvé pour le compte une jolie parcelle. En montant la longue rue de Cornwall Street le reliant au reste du campus, je vois émerger une après l’autre les pyramides de son enveloppe, chacune coupant sa voisine dans un spectacle architectural retentissant.

02(@CarL).jpegEn arrivant, j’observe longuement «l’architecture cristalline en analogie avec son environnement topographique», telle que la décrit l’architecte. Un long corps de bâtiment de forme trapézoïdale, décortiqué en pans coupés sur ses façades principales, évoque d’est en ouest un cube tronqué, une pyramide renversée et une boîte penchée. L’enveloppe, indifférente à celle du seul bâtiment en vis-à-vis, un immeuble de 15 étages, force le parti pris.

L’édifice a ouvert en mars 2011 pour accueillir pas moins de 2.000 étudiants sur huit étages. Il compte, entre autres, deux plateaux de tournage, des salles de cours, de projection et d’expositions, une médiathèque et des espaces de restauration et de détente. Je me dirige vers l’entrée sur le bloc est, où quelques étudiants s’engouffrent avec hâte.

Enseignement et interaction avec l’espace

Déployé sur un vaste espace en double hauteur, le hall d’entrée est à la fois sobre et chic, un sol en béton poli, des murs et un plafond blancs découpés par des ouvertures aux menuiseries noires. Une généreuse balustrade, à droite de l’entrée, tend à faire converger l’accueil vers le palier d’ascenseur, face à celui d’un escalier. Je monte au 3e étage.

Depuis la desserte longitudinale, je parcours les locaux, observant des cours depuis des fenêtres s’ouvrant sur le couloir et pénétrant dans les salles vides ou presque. Dans l’une d’entre elles, je trouve deux étudiantes assises au milieu d’une rangée de tables. Le mobilier noir tranche avec des murs blancs et un éclairage artificiel omniprésent.

03(@Gollings PhotographyPTYLtd)_S.jpegEn faisant le tour de l’étage, je me retrouve près de l’ascenseur et découvre l’escalier principal. Celui-ci est droit du 3e au dernier étage et de forme triangulaire avec un corps à la française - un système de 3 volées et de 2 paliers - du 3e au rez-de-chaussée. 

Derrière la vaste trémie triangulaire qui le met en scène, il y a un espace ouvert et libre d’accès, que je retrouve à chaque niveau.

L’édifice regorge de tels espaces interstitiels. Programmés dans le cahier des charges ou choix de l’architecte ? 

D’après Daniel Libeskind, la façon dont les gens utilisent le bâtiment et l'interaction entre les différents programmes est quelque chose d’unique en soi.

Nichés derrière des salles d’enseignement ou des espaces de circulation, ces espaces indéfinis s’aménagent en fonction d’un besoin ou au gré d’une appropriation spontanée par les étudiants. Dans les uns on y trouve des fauteuils et des tables, dans un autre une exposition de travaux. Au 2e étage, une salle d’étude a été aménagée derrière l’escalier ; elle ne désemplit pas de toute la journée.

Des triangles, des lignes et trois couleurs primaires

Je parcours le 4e puis le 5e étage. Daniel Libeskind ne peut décidément pas se passer de triangles et de lignes solitaires ! Depuis l’ouverture du Musée juif de Berlin en 2001, édifice qui l’a rendu célèbre, il a multiplié les projets dans le monde avec une écriture aussi reconnaissable que particulière, des volumes en pics, la ligne comme source d’éclairage, une architecture de geyser où la lumière vient se greffer de manière inattendue, linéairement horizontale, verticale et oblique.

04(@Gollings PhotographyPTYLtd).jpegLe triangle et ses dérivés apparaissent ici aussi bien à travers l’enveloppe, dont les formes se retrouvent pour des besoins structurels à l’intérieur avec des murs et des plafonds penchés, comme dans le tramage des revêtements de sol ou la disposition des fenêtres en façade. Sur celles ci, l’architecte a tracé des lignes d’ouvrants et, à l’intérieur, des lignes de luminaires, lesquels sont encastrés dans les murs et des plafonds suspendus. La disposition dense et croisée de ces néons semble répondre à une volonté d’animer les plafonds, tout en garantissant un éclairage optimum des espaces à l’ensoleillement insuffisant.

Trois noyaux de circulations disposés de part et d’autre du couloir desservent les étages, qui intègrent autant de groupes d’espaces thématiques : des salles de production et de création au sud, des locaux de projection et d’enseignement au nord et des salles et des pièces techniques aveugles, au centre. L’enveloppe poreuse et les espaces inattendus de cette architecture spectacle brouillent à première vue les repères visuels et les mesures d’échelle. Au final, étage après étage, on perçoit que les espaces sont aménagés suivant une trame orthogonale.

Le regard est attiré par l’alliage systématique de trois couleurs primaires - le blanc, le noir et le rouge - qui composent les parois et le mobilier. Contrairement à ce que d‘aucuns pourraient penser, l’utilisation de ces tonalités relève plus d’un code signalétique et fonctionnel qu’esthétique.

Le blanc revêt la majorité des surfaces, à l’exception du sol qui, selon la fonction des espaces, est revêtu d’une couche de béton cirée gris pâle, d’un carrelage opaque ou d’une moquette colorée. Le blanc réfléchissant le mieux la lumière, son utilisation omniprésente semble être un choix judicieux au regard du climat brumeux et peu ensoleillé qui règne tout au long de l’année sur Hong Kong.

05(@Gollings PhotographyPTYLtd).jpegLe noir, employé dans la logique opposée, revêt le mobilier, les plafonds et les murs des salles de projection et de travail informatique où la lumière naturelle est indésirable. Le noir des poteaux et des châssis de fenêtres souligne également la volumétrie des autres pièces.

Enfin, dans la majorité des salles, à l’intérieur ou à l’extérieur, des pans entiers de murs sont habillés d’un rouge éclatant, rythmant ainsi d’une touche chaleureuse les espaces que l’alliage blanc / noir tend à rendre froid.

Une architecture d’émotions

Après avoir parcouru rapidement le studio d’enregistrement et la médiathèque - le premier bruyant et grouillant d’étudiants, la seconde renfermant une ambiance studieuse -, j’arrive au dernier étage. Je traverse un café sans distinction particulière et pénètre sur la terrasse. Aménagée autour de deux corps de bâtiment émergeant, elle est ceinte sur la majeure partie de son périmètre par des bambous plantés, seul clin d’oeil de l’architecte à Hong Kong.

Des arbustes surélevés sur des plots cotés ouest et des bancs en béton massivement dispatchés au centre et à l’est délimitent en séquences ce seul espace extérieur accessible, agréable mais résolument vide du fait de son éloignement des espaces d’étude.

06(@OthmanMikou).jpegEn descendant, devant l’élégante balustrade remarquée à mon arrivée, je découvre au premier étage la salle d’exposition de l’école. Des panneaux provisoires délimitant les espaces d’une installation conçue par des élèves m’empêchent d’appréhender l’un des volumes les plus spacieux de l’université.

En sortant, je regarde encore Run Run Media Shaw Center. Finalement, je l’aime bien ce bâtiment. Son architecture particulière, fonctionnelle et flexible dans les espaces qu’elle renferme, doit bien favoriser l’interaction si chère à Daniel Libeskind et primordiale dans une école d’art.

L’esthétique de l’édifice n’a cependant pas beaucoup d’adeptes en Asie, où les critiques lui reprochent d’être inadaptée au contexte architectural de Kowloon. Mais cela serait trop demander à un architecte dont l’oeuvre déconstructiviste prend rarement en compte l’environnement urbain.

Othman Mikou

Partenaires officiels du projet Magenta : STROC industrie (entreprise de BTP au Maroc,  www.stroc.com) ; Banque Populaire Fès Maroc (www.gbp.ma) ; Christine Garand, photographe professionnel Paris (chris.garand[at]orange.fr) ; Le courrier de l'architecte.

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