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Chronique | Promenade dans les mégalopoles d'Asie du sud-est (14-06-2012)

Othman Mikou est étudiant en 3e année à l'ENSA Paris-Val de Seine. Son projet Magenta consiste en un périple au travers de 19 pays en 10 mois afin d'étudier architectures symboliques, vernaculaires et contemporaines. Après la Finlande, Istanbul, les hôtels de Göreme et les coupoles de Mardin, l’école de bambou de Panyaden en Thaïlande, le voici à la découverte de Jakarta, Kuala Lumpur, Bangkok et Hong Kong.

Vie étudiante | Asie

Mon voyage en Asie du sud-est m’a conduit de l’Indonésie à Hong Kong en passant par la Malaisie et la Thaïlande. Ce voyage a été pour moi aussi bien l’occasion de découvrir à la fois les architectures significatives des principales mégalopoles de ces pays que d’analyser leur paysage urbain avec leurs différences et similitudes.

Habiter la ville

Vivre la ville consiste à s’imprégner de ses lieux à des moments différents. Ma perception de Jakarta, Kuala Lumpur, Bangkok et Hong Kong s’est d’abord faite à partir d’un premier regard, le jour de mon arrivée. Ensuite, en parcourant ces villes tous les jours avec des moyens de transport différenciés, j’ai rapidement visualisé les multiples quartiers qui en font l’identité ainsi que les différents types d’habitat.

Parce que c’est la fonction primaire de l’architecture, l’habitat dans toutes ses formes permet d’identifier la manière dont une population vit la ville. J’ai eu la chance de pouvoir résider dans différents types de logements, des 'kampungs' modestes de Jakarta jusqu’à l’appartement d’une tour de 80 étages à Hong Kong et dans différents quartiers résidentiels, en ville comme en périphérie, à Kuala Lumpur comme et à Bangkok.

A l’exception de Hong Kong, toutes ces villes disposent de quartiers de maisons individuelles, appelés 'kampungs' en indonésien, comptant des bâtisses construites à même le sol ou surélevées par des piliers lorsque celles-ci sont sises au-dessus ou à proximité de rivières ou de canaux. Les 'kampungs' se différencient selon la catégorie sociale de la population qui y réside.

02(@FetaenIndonesie).jpgCertains, à l’image de celui de Klong Toey à Bangkok, réunissent des bâtisses sommaires réparties de manière aléatoire et ayant un accès difficile aux réseaux d’eau et d’électricité et apparaissent comme de vrais bidonvilles. D’autres, composés de maisons en béton alignées sur des voies définies, fonctionnent comme de vrais quartiers et intègrent édifices religieux, commerces et restaurants. La circulation des voitures est impossible dans la première typologie de 'kampungs' et demeure aléatoire dans la seconde, compte tenu de la faible largeur des voies.

A Jakarta, les autorités ont commencé à délocaliser ces vastes quartiers pour mieux rentabiliser leur bon emplacement géographique. Ces opérations ne résolvent pas pour autant le problème de la relocalisation des populations déplacées, qui finissent par agrandir d’autres 'kampungs' avec des habitations plus vétustes que les précédentes.

En opposition à ces maisons individuelles, existent désormais des logements collectifs sociaux répartis dans des immeubles de trois à quatre étages accueillant aussi bureaux et commerces en rez-de-chaussée. Ces immeubles sont édifiés dans les quartiers reculés de l’agglomération, voire en périphérie, où les autorités s’attachent à créer des villes satellites auto-suffisantes pour décongestionner les mégapoles.

03(@OthmanMikou).jpgEnfin un dernier type de logement, abandonné pourtant en Europe depuis les années 70, semble avoir les faveurs des autorités : les tours résidentielles de 20 à 70 étages. Si leur construction connait un essor considérable à Jakarta -et surtout à Bangkok -, elles font déjà partie du paysage urbain de Kuala Lumpur et constituent la typologie de logement majoritaire à Hong Kong.

Disposant de locaux collectifs - piscine, salle de sports, espaces de jeux pour enfants - à proximité des immeubles ou dans des étages intermédiaires, les tours peuvent être regroupées dans des vastes complexes résidentiels intégrant commerces et équipements et devenant ainsi des quartiers quasi auto-suffisants. Ces logements sont naturellement destinés à une clientèle plus aisée, voire riche.

Circuler dans la ville

Ces capitales ont aussi leurs quartiers d'affaires - assez semblables à ceux des autres mégapoles mondiales, avec des tours plus hautes les unes que les autres -, leurs cités universitaires, leurs bâtiments administratifs à l’architecture significative et leurs innombrables équipements sociaux, sanitaires et urbains que nécessite une grande ville. Ce qui change par ailleurs est la manière de se déplacer dans la ville et les conséquences qu’impactent les moyens de transport dans le paysage urbain.

04(@giorbymiranda)_B.jpgEn effet, la circulation est le principal défi de ces mégapoles. A Jakarta, face à la démographie grandissante de la population, le trafic devient tellement congestionné durant les heures de pointe qu’un trajet d’une demi-heure durant les heures creuses prend jusqu’à deux heures en voiture ou en bus ! Ces difficultés de circulation s’expliquent notamment par l’absence dans la capitale indonésienne de métro et d’autoroutes urbaines, lesquelles sont en voie de construction. Seul un train urbain circule avec deux lignes pour l’ensemble de la ville mais il est insuffisant pour les besoins de la population.

Hong-Kong, Bangkok et Kuala Lumpur connaissent aussi ces problèmes de trafic mais ceux-ci se sont fortement allégés depuis la mise en oeuvre de routes aériennes disposées au-dessus des principales artères et reliant la ville à son périphérique. Ces autoroutes urbaines sont couplées à un réseau de métro, souterrain à Hong Kong, mixte à Kuala Lumpur et complètement aérien à Bangkok. Dans cette dernière ville, des avenues entières sont recouvertes par des doubles voire triples plateformes dédiées à la circulation piétonnière et à la circulation des rames. L’ouvrage, massif par la forme comme par les dimensions, s’élève à une hauteur de 7 à 9 mètres au-dessus de la rue et en réduit fortement la perspective.

05(@OthmanMikou)_S.jpgA Kuala Lumpur, la circulation des métros sur des voies en béton dont le cheminement est inséré dans des avenues dégagées tend à rendre ces plateformes bien plus discrètes dans le paysage urbain.

Hong Kong ne dispose pas de métro aérien mais propose de nombreuses passerelles placées au-dessus des principales artères afin de réduire l’aménagement d’espaces piétonniers au sol et de garantir ainsi un trafic plus fluide. Ces passerelles relient les trottoirs opposés mais aussi les premiers niveaux des tours de la rue qu’elle traverse, garantissant ainsi plusieurs entrées pour l’accès aux bureaux. Des passerelles traversent même de nombreuses rues parallèles au-dessus des carrefours et d’autres intègrent des espaces verts, quand elles débouchent sur les quais notamment.

06(@OthmanMikou)_S.jpgEspaces de socialisation

Si la socialisation se fait généralement dans une brasserie à Paris, dans un pub à Londres ou encore dans un café à narguilé au Caire, en Asie du sud-est, plus que partout ailleurs, elle se fait sur les trottoirs, dans la rue ! En Indonésie, manger dans la rue est courant, en Thaïlande cela fait partie de la culture. Les Thaïlandais n’ont pas l’habitude d’inviter des amis à la maison pour manger ou boire car la maison est un espace intime ; ils se rencontrent donc à l’extérieur. A Bangkok, des restaurants ambulants disposés le long de grandes avenues et en face des stations de transports reçoivent ainsi, du matin au soir, des clients de toutes catégories sociales pour tous types de repas.

Même si cette pratique est aussi présente dans les autres villes de Malaisie et de Chine, elle reste plus rare à Kuala Lumpur et absente à Hong-Kong. Dans ces deux villes, s’attabler dans un restaurant est le plus courant.

07(@OthmanMikou)_B.jpgEspaces de détente

L’attention des autorités, essentiellement portée sur la construction de logements et d’infrastructures de transports, est réduite au minimum pour ce qui concerne les opérations d’aménagement d’espaces verts ou autres espaces publics. Le climat chaud et humide tout au long de l’année n’incite pas par ailleurs la population à se rendre dans les parcs, d’autant que l’air est fortement pollué.

A Jakarta et Kuala Lumpur, comme dans d’autres villes d’Indonésie et de Malaisie, c’est dans les mosquées qu’hommes et femmes se réfugient à l’abri de ce climat lourd et du vacarme ambiant de la ville. L’architecture aux façades poreuses de ces centres religieux en fait des espaces naturellement ventilés où règne une certaine tranquillité. Des hommes y font la sieste après la prière, les enfants jouent dans la cour tandis que leurs mamans discutent assises à l’ombre dans les galeries.

A Bangkok et à Hong-Kong, pour une clientèle plus aisée, les centres commerciaux sont autant de lieux de loisirs. En plus du shopping, les citadins y trouvent des restaurants et des cafés climatisés, proches des lieux de travail. Les jours de week-end ou fériés, ces espaces peuvent devenir l’objet de manifestations culturelles comme l’organisation de concerts ou d’expositions.

08(@OthmanMikou).jpgQue retenir de ces promenades ?

La densification de la ville par la construction de nouvelles typologies de logements, de bureaux ou d’infrastructures semble être une réponse efficace face à l’accroissement démographique de la population mais elle fait souvent fi d’une recherche d’harmonie visuelle dans le paysage urbain.

La course à l’urbanisation a réduit les capacités de la ville à innover et créer des espaces publics de qualité où le citoyen pourrait se détendre, se sociabiliser tout en permettant à la ville de respirer.

Toutefois, en juxtaposant l’ancien au nouveau, le logement horizontal au logement vertical, ces opérations permettent une certaine mixité sociale et d’usage, fer de lance des nouvelles politiques urbaines en Europe.

Othman Mikou

Partenaires officiels du projet Magenta : STROC industrie (entreprise de BTP au Maroc,  www.stroc.com) ; Banque Populaire Fès Maroc (www.gbp.ma) ; Christine Garand, photographe professionnel Paris (chris.garand[at]orange.fr) ; Le courrier de l'architecte.

09(@rdemming.home.xs4all).jpg

Réactions

david | Kuala Lumpur | 25-06-2012 à 04:03:00

Pour précision sur Kuala Lumpur:
c'est une ville jeune, née de l'extraction minière de l'étain par les chinois il y a 170 an. Cette ville sans passé "historique", s'est construite de manière fulgurante pour devenir le poumon économique de la Malaisie. C'est un ensemble urbain cosmopolite sans égal dans la région...malaisiens (c-a-d malais, chinois et indien de Malaisie) et étrangers (immigrés et expatriés) y vivent en "bon voisinage" malgré toute les différences qui les séparent. Il n'y a pas de groupe majoritaire et chaque communauté a sa langue, sa religion et sa culture qui déterminent les rites, us et coutumes des lieux de vie, suivant qu'il soit musulman, bouddhiste, Chrétien ou hindouiste. L'appartenance communautaire est LE premier lien social qui détermine comment vis un individu dans cette ville.
La population et l'aménagement de la ville se développe à "vue d'œil" et les changements qui lui sont imposés modèlent un peu plus l'espace chaque jour pour en faire une métropole moderne et adaptée à ses besoins futurs. Cependant, la densité de population reste encore 3,5 fois moindre qu'à Paris intra muros, donc pas de souci de surpopulation.
Contrairement à ce que l'article pourrait laisser croire, KL est une ville très verte, possédant des parcs publiques et privés (dans les quartiers fermés) aménagés, des espaces de jeux pour enfants et terrains de sport un peu partout. Les rues sont bordées de nombreux arbres et, les malaisiens adorent jardiner. La nature tropicale est absolument luxuriante ici, y compris dans le centre ville.

Kimbra | Architecte | Paris | 20-06-2012 à 00:39:00

Fascinant ! J'ai l'impression qu'on ne nous présente pas réellement l'architecture en Asie sous son vrai jour. Des villes de grattes-ciels, oui mais dans quelles circonstances ? Et est-ce vraiment viable et vivable ? Merci, ton article éclaire un peu la question...

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