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Projet | J+H Boiffils ou l'architecture du bâton de rouge au ballon de foot (06-06-2012)

Images acidulées d’un projet futuriste... Qui n’a pas vu dans sa gazette préférée les perspectives du nouveau complexe touristique des Emirats Arabes Unis dédié au Real Madrid ? Quid des architectes restés anonymes le temps d’une incroyable communication interplanétaire ? Alors ? Le bureau ayant planché sur le sujet n’est autre que J+H Boiffils, une agence parisienne.

Bâtiments Publics | Sport | Emirats Arabes Unis | J+H Boiffils

Rendez-vous était donc pris. A quelques pas du Luco, rue d’Assas, l’agence J+H Boiffils se niche au troisième étage d’un immeuble haussmannien. A l’étage, isolée, une table de réunion parmi livres et revues. Jacqueline Boiffils revient sur «l’historique du projet».

«Nous travaillons à l’international depuis vingt ans. A l’origine, nous avons fondé, moi-même et mon mari Henri, une agence d’architecture d’intérieur. Nous avons beaucoup travaillé en France et nous nous sommes refusés à toute spécialité», débute-t-elle.

Au refus, ses limites : le contexte avait fini par réduire J+H Boiffils au monde de l’intérieur, plus encore à celui de la beauté. «Nous avons travaillé pour L’Oréal, Chanel, Le Printemps, nous sommes passés du rouge à lèvres au centre de thalasso», dit-elle.

En face, Basile, son fils, architecte. En somme, la relève. «La limite entre architecture d’intérieur et architecture est ténue», assure-t-elle. Toutefois, le pas devait être franchi.

02(@Artefactory).jpg Au milieu des années 90, l’agence est publiée ici et là, entre autres au Japon. «Une cliente thaïlandaise nous a contacté suite à ce numéro. Elle possédait alors un million de m² de surface commerciale dans le pays. Elle avait un terrain à Bangkok sur lequel elle souhaitait réaliser un nouveau centre», explique l’architecte.

Si d’aventure le pays est celui des copies et des contrefaçons, la démarche de venir en Europe rechercher un nom et d’organiser un concours est, pour l’occasion, originale. Face à Andrée Putman et RSCG, l'atelier J+H Boiffils est désigné lauréat. «Ces pays sont plus ouverts, nous n’avons jamais été mis dans une case».

De centres commerciaux en résidences de luxe, l’agence parisienne se dessine une telle réputation dans le sud-est asiatique au point, il y a deux ans, de remporter, face à BIG, un projet mixte à Kuala Lumpur en Malaisie.

De Thaïlande, J+H Boiffils gagne désormais les Emirats. Question d’architecture ? Nenni. A l’origine, une affaire de matériaux. «Nous travaillions sur le calepinage du centre commercial de Bangkok. Nous nous sommes rendus dans l’émirat de Ras-al-Khaimah qui a la particularité d’être le moins riche d’entre tous. Sa seule ressource est le sable du désert. L’émir a donc misé sur l’industrie du carrelage», raconte Jacqueline Boiffils.

De fil en aiguille, l’agence constitue sur place son propre réseau. La région était il y a peu des plus dynamiques. «Ils avaient fait appel à Rem Koolhaas pour la conception d’une ville et avaient même construit trois îles artificielles», indique Basile Boiffils.

Des îles, la crise a fait table rase. L’émirat s’engage alors dans de nouvelles ambitions. En ligne de mire : le football. «Pourquoi le Real Madrid ? Quel lien avec l’Emirat ? Nous ne le savons pas. C’est avant tout la marque qui est primordiale. En Thaïlande, les Coupes d’Europe et les Coupes du Monde sont d’incroyables événements. Les Thaïlandais aiment le foot même s’ils ne le pratiquent pas», assure Jacqueline Boiffils, aussitôt reprise par son fils : «la publicité qui en est faite, l’aspect médiatique, les atours bling-bling du sport attirent».

03(@Artefactory)_B.jpgBref, en marge de Qatar 2022 - puisque c’est en effet le Qatar qui doit organiser la coupe du monde 2022 - Ras-al-Khaimah réclame sa place au soleil. «Tout d’abord, nous n’avons pas cru à ce projet puis nous y avons travaillé», se souvient Jacqueline Boiffils. L’expérience de l’agence française dans les relations avec de grands groupes et les fréquents allers-retours avec nombre de services marketings finirent par associer J+H Boiffils à ce complexe inédit dédié au Real Madrid.

A partir du site - une île artificielle d’ores et déjà construite -, les architectes pensent un plan masse relevant de l’«évidence». Carte blanche leur était donnée.

«Nous nous devons de faire rester les futurs usagers et la marque n’est, à ce titre, pas suffisante. Il nous faut donc trouver ce pourquoi d’aucuns acceptent d’y demeurer quelques jours. De fait, le programme est tout aussi important que le projet architectural», indique Jacqueline Boiffils.

04(@Artefactory).jpgLe Real Madrid n’est, in fine, qu’un «prétexte» pour un centre dédié au tourisme sportif. Parmi les équipements prévus, outre un stade de 17.000 places et un ensemble immobilier comprenant hôtels, villas et résidences de luxe, un parc à thème trouve sa place.

«Nous devons l’idée à Florentino Perez, homme d’affaires et président du club. Il avait pour idée d’en créer un à Madrid autour des sites d’entrainement», souligne Basile Boiffils.

A mi-projet, le Real Madrid, jusqu’alors en-dehors du processus, a fait part d’une ambition muséale. «Qu’est ce qu’un musée sur un club ? Des coupes et des maillots ? J’ai une vision assez poussiéreuse de ce genre d’institution. Nous avons donc décidé de travailler à partir des nouvelles technologies», poursuit-il.

En tête, la candidature infructueuse du Japon pour l’organisation de la Coupe du Monde en 2022. Le pays avait alors promis «une fête globale» autour des nouvelles technologies. «Nous avons retenu cette idée. Nous avons rencontré plusieurs chercheurs de l’Ecole des Mines pour réfléchir à la réalité augmentée», raconte-t-il. Le dessein est alors de créer un «musée Grévin holographique».

05(@Artefactory).jpgEn-dehors du pari technologique, la difficulté relève pour les architectes de dimensionner chacun des éléments programmatiques pour lesquels aucune indication n’était donnée. «Nous avons fait le projet puis estimé l’ensemble. Nous avons été déstabilisés par cette inversion du processus», assure Basile Boiffils.

Néanmoins, le projet est aujourd’hui validé tant par l’Emir que par Florentino Perez. A n’en point douter, l’esthétique mêlant références footballistiques et aquatiques a su séduire. Reste désormais à concrétiser un plan. Rien n’est moins certain en ces terres de mirages.

N’empêche, ce projet a fait l’objet d’une médiatisation mondiale sans précédent - une chance unique dans une carrière d’architecte - mais hélas sans que ses auteurs ne soient jamais cités. Au moins, les connait-on désormais !

Jean-Philippe Hugron

Réactions

sadek boukhalfa | proffesseur | algerein | 12-10-2013 à 17:44:00

je voudrer un film c ést son paysage l àrchitecture de marsséille rudy riciotti

Isa | 07-06-2012 à 08:43:00

Ah! C'est sympa de savoir qui a fait quoi!

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