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Visite | Une architecture policée par Hellin-Sebbag (23-05-2012)

Une rue anonyme du XVIIe arrondissement de Paris. Quelques façades typiques, une rupture : les nouveaux atours de l’hôtel de police signalent une importante restructuration livrée en 2012 et signée Hellin-Sebbag. Aux problématiques sécuritaires, son contingent de normes. Aux architectes de se montrer subtiles pour intervenir entre les lignes.

Bâtiments Publics | 75017 | Hellin-Sebbag architectes associés

«Un inventaire à la Prévert», prévient Hilda Sebbag. Depuis le trottoir faisant face au 19 rue Truffaut, en ce 1er mars ensoleillé, l’architecte présente au Courrier la première réalisation de l'agence à Paris intra-muros depuis quinze ans. Salle d’attente, salle de garde à vue, objets trouvés, bureaux des plaintes... autant d’éléments pour un programme où la marge de manoeuvre est infime.

02(@JPPorcherFThomas)_B.jpg«Tous les locaux types ont des référentiels, toutes les cellules sont réglementées. Nous n’avons que peu de liberté», assure Hilda Sebbag.

Reste alors la question de l’espace et de l’organisation. «Le concours exigeait la séparation des flux», se souvient l’architecte. Lauréate face à Thierry Van de Wyngaert, Jean-Philippe Pargade et Ameller, Dubois et Associés, Hellin-Sebbag proposait de dissocier les éléments programmatiques, parmi eux, le Centre de Réception des Etrangers (CRE).

«Je suis née marocaine et mon associée est belge. Nous avons fait ces queues, nous les avons vécues», souligne-t-elle. De fait, l’approche du projet est sensible. L’attente dans la rue, le regard des plaignants, le passage des mis en cause ne pouvaient s’harmoniser.

03(@JPPorcherFThomas)_B.jpgLa co-présence est pourtant de mise et l’architecte de maîtriser les discrétions de chacun. «Nous pouvions lors du chantier utiliser un passage dans l’école voisine qui traverse l’ilot de part en part. Notre proposition allait plus loin. Nous voulions pérenniser l’accès et l’attribuer au CRE en plus de créer un prolongement de l’espace public en cœur d’ilot». Dont acte.

Aujourd’hui, les étrangers s’amassent toujours en une longue file mais à l’écart de l’entrée principale de l’Hôtel de Police. «Ce projet représente sept années de travail avec des arrêts entre APS et APD. Les ministres se sont succédé et il y a eu nombre de réformes à intégrer au fur et à mesure», indique l’architecte.

04(@JPPorcherFThomas)_B.jpgNéanmoins, Hilda Sebbag l’assure, le projet n’a pas tant évolué depuis le concours dont l’un des enjeux était de moderniser l’image d’un édifice devenu vétuste. «Le bâtiment existant était composé selon un registre classique datant des années 70», dit-elle.

Grise, la façade était austère. «Nous ne souhaitions aucune monumentalité représentative. Nous voulions une approche liée aux services et donner une image de bâtiment de proximité», poursuit-elle.

Entre un immeuble du XIXe et une école des années 30, le nouvel hôtel de police signale sa présence par de grandes lettres et un rez-de-chaussée vitré mais aussi par une vêture métallique aux effets chromatiques changeants.

«Nous avons choisi un matériau dont les reflets varient avec le déplacement», indique l’architecte. Sur place, à mesure des pas, la façade quitte ses couleurs gris-vert pour afficher une teinte rosée.

«Le passage du bleu au jaune fonctionnait moins bien. Nous n’avions pas intérêt à faire quelque chose de trop subtil. J’ai toutefois proposé cinq possibilités au maître d’ouvrage», se souvient Hilda Sebbag.

05(@JPPorcherFThomas)_B.jpgDe l’autre côté de l’édifice, notamment pour l’extension abritant CRE, salle de sport et cafétéria, le revêtement, s’il adopte les mêmes coloris, reprend un dessin en damier. «Nous nous retrouvions à empiler des éléments pour lesquels il était difficile de trouver un percement qui convient à tous. Le damier permet, dans une certaine mesure, de répondre à toutes les fonctions», assure l’architecte.

Une aspérité d’autant plus difficile que l’extension abrite également les cellules de garde à vue. Le programme prévoyait, en lieu des quatre unités existantes, neuf nouvelles. «Ce sont des dispositifs assez lourds en termes d’accès et de surveillance», indique-t-elle.

«Nous avions proposé pour un hôtel de police à Metz une disposition en vis-à-vis. Un paravent translucide nous a été in fine demandé. A Montpellier, nous avions mis au point un plan panoptique en U», poursuit-elle avant de conclure que «le couloir répond finalement le mieux au programme».

Ici, un couloir. «Le sujet n’est pas la privation de liberté», retient-elle. Toutefois, normes et réglementations décident davantage que l’architecte. Encore que. «L’éclairage est une préconisation», souligne Hilda Sebbag.

Aux possibles, ses résolutions. L’architecte propose en conséquence un pavé de verre blindé afin d’assurer un apport en lumière naturelle qui, ironie, doit être tamisée ailleurs, notamment dans les étages du bâtiment existant.

06(@JPPorcherFThomas).jpgEt pour cause, le plan mille caméras de Bertrand Delanoë, pour «secourir par l’image», nécessite un centre de transmission réglementé. Positionné au cinquième étage, il adopte l’apparence d’une «salle de commandements». Aux murs, les écrans diffusent des dizaines de scènes prises sur le vif au détour des rues parisiennes. Deux fonctionnaires de police aux manettes demeurent dans une pénombre assurée par des stores.

Reste alors des étages de bureaux «répétitifs» selon Hilda Sebbag. Dans un «besoin d’identification», la couleur s’avère un moyen efficace de distinction.

Ouvrant, une à une, toutes les portes, l’architecte se faufile. A mesure de la visite, les minces interstices laissés, tous saisis au nom de l’architecture, sont pointés du doigt. Chacun, à n’en point douter, représente un effort considérable.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme :
* Restructuration du bâtiment existant : 2.922m² SHON / Hall public d’accueil / Bureaux / Vestiaires...
* Extension : 604m² SHON / Centre de réception des étrangers / Garde à vue / Restaurant du personnel / Salle d’exercice
Lieu : 19, 21 rue Truffaut, Paris 17e
Architectes : Hellin-Sebbag architectes associés (Paris-Montpellier)
Maîtrise d’ouvrage : Préfecture de Police de Paris
Mandataire : Icade
Surface : 3.526m² SHON
Coût des travaux : 9,5M€ HT (dont 30% financés par la Région Ile-de-France)
Calendrier : livré en janvier 2012

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