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Visite | La Défense : Hubert & Roy et Associés master gold (25-04-2012)

Un lingot à La Défense ? La tour Eqho révèle désormais sa superbe dorée. Cette nouvelle vêture signale la restructuration menée par l’agence Hubert & Roy et Associés d’un édifice devenu obsolète. Le choix d’une teinte audacieuse différencie, dans un contexte concurrentiel, le gratte-ciel des nouvelles constructions du plan de renouveau du quartier d’affaires. Livraison en 2013.

Réhabilitation | Tours et gratte-ciel | | Hubert & Roy architectes

Hiver 2012. Un froid sibérien. Michel Roy tient à conduire Le Courrier au sommet de la tour Descartes nouvellement baptisée Eqho. «Il est incroyable d’être uniquement dans un univers gris bleu ou gris vert», s’étonne l’architecte à la vue d’un paysage d’ennuyantes tours «corporate façon costard-cravate».

«Avec Icade, nous voulions singulariser cette profonde mutation de la tour par la couleur», soutient-il. De fait, deux propositions. L’une «garance», l’autre «gold». «Les deux avaient du caractère. Le rouge était toutefois très affirmé, voire trop intense. Le 'gold', plus subtil, révélait davantage les variations du temps», poursuit-il.

La Direction d'Icade arbitre. «L’argument le plus déterminant fut, vraisemblablement, le fait que la tour se positionne en limite d'un quartier résidentiel de Courbevoie. Voir du rouge intense au travers de sa fenêtre peut-être difficile quotidiennement». 'Gold' donc.

La teinte n’est toutefois pas homogène. Un nuancier décline les ors et les mêle au blanc, tant pour les «chahuter» que pour les «renforcer». «Si le rouge était polémique, le 'gold' était élégant, plus raffiné,», assure Michel Roy.

La métamorphose de la tour n’était pourtant pas acquise. Alors que l’agence Hubert & Roy et Associés parachevait le chantier de la Tour 9 (ex URSSAF) à Montreuil, Icade consultait différents bureaux, dont Hubert & Roy, pour l’étude d’un projet de réhabilitation d'une tour à La Défense.

«La tour Descartes, ancien siège d’IBM, qui quittait les lieux fin 2009, ne pouvait pas être remise sur le marché telle qu’elle. A vingt-cinq ans d’âge, elle était techniquement obsolète avec une organisation intérieure périmée», témoigne l’architecte.

Les propositions étaient donc variées ; parmi elles, certaines «rehaussaient l’ensemble en dehors de toute considération technique et financière», se souvient Michel Roy.

Si l’ajout de quelques étages s’avérait délicat sans engager des surcoûts considérables, la rénovation de la tour était jugée quant à elle économiquement envisageable.

02(@Artefactory)_B.jpg«L’édifice reprend une composition à la géométrie rayonnante très compliquée et dont le système est fermé. IBM avait commandé une sorte de château-fort, avec ses douves et ses masses aveugles protectrices ; bref, un Fort Knox en territoire communiste, celui des années Mitterrand», explique l’architecte avec malice.

Si la tour, en tant que typologie, correspond à «une manière de condenser verticalement les m²», les architectes du projet originel - Fernando Urquijo, Giorgio Macola et Jean Willerval - avaient, pour offrir plus «d’habitabilité», incurvé les façades pour obtenir 95% des plateaux de bureaux en réel premier jour. Performance rare en IGH.

Les deux courbes dessinées ont été soigneusement décalées en plan selon «une symétrie diagonale». L’ensemble est de fait composé de deux tours siamoises reliées par une tour pont. «Cette construction est une prouesse en béton de l’ordre de l'ouvrage d'art», indique Michel Roy.

Si l’architecte se montre critique sur quelques détails quant à la composition première, un changement de volumétrie en superstructure aurait «fabriqué un autre projet incompatible avec l’épure calendaire et financière fixée par Icade».

Bref, pour les architectes, il n’était possible de «modifier la perception de cette figure monumentale et très composée, façon Beaux-arts, qu’en en changeant l'enveloppe, en la parasitant de stries horizontales colorées». La déshabiller d’abord.

Et plus encore, la réinscrire dans la ville «pour valoriser l'espace public et la tour elle-même». Le quartier de La Défense opère tant bien que mal son plan de renouveau et, face à Eqho, s’érigent les structures de Carpe Diem et de Majunga, bientôt celle de D2.

«Nous serons les seuls à livrer 90.000m² neufs en 2013», prévient l’architecte. La rapidité avec laquelle s’est déroulée l’opération revient à une stratégie administrative à l’efficacité indéniable : deux déclarations de travaux pour la rénovation intérieure et la façade et un permis de construire pour le socle. «Nous avons ainsi gagné du temps en superposant les temps d'études et de travaux», assure Michel Roy.

«Les architectes seront de plus en plus confrontés à ce type de sujet. Nombre de bâtiments deviennent obsolètes et la société n'a plus les moyens de les démolir. Le sujet consiste donc à revaloriser ce patrimoine en lui conférant une nouvelle image et en le réinscrivant de manière contemporaine et plus durable dans la ville», poursuit-il.

03(@Artefactory)_S.jpgLa problématique n’est pas qu’architecturale. Urbain, le piétement de tour est repensé voire libéré. «C'est l'autre transformation forte du bâtiment. Nous accusons une perte de m², certes, mais nous perdons des surfaces peu intéressantes au profit d’autres plus emblématiques et accueillantes. Nous participons ainsi à la valorisation de l’ensemble», souligne l’architecte.

La configuration «sécuritaire» de l’origine est abandonnée. A défaut d’une place publique entre les deux piles, le projet propose des perspectives sur l'environnement proche par un hall repensé comme une agora surmontée d'une large verrière. Une marqueterie de verres sablés, de verres transparents et de verres dichroïques aux couleurs changeantes caractérisera les lieux.

Hubert & Roy et Associés fait montre d’un savoir-faire indéniable quand bien même ils n’ont à leur actif que deux projets de réhabilitation de tour. Mais, à chaque fois, une (bonne) surprise.

Jean-Philippe Hugron

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