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Visite | Modernisme retroussé, des Italiens dans l'espace (25-04-2012)

Un sombre vaisseau émerge d’un vaste terrain de la banlieue romaine. La nouvelle Agence Spatiale Italienne est l’oeuvre de 5+1AA (Alfonso Femia, Gianluca Peluffo). Le duo d’architectes livre à Rome en 2012 un projet fondé sur trois actions : «élaborer une masse critique, créer des espaces de connexion et caractériser les organes d’un corps».  

Bureaux | Divers | Bergame | 5+1AA Alfonso Femia Gianluca Peluffo

Présentation en deux temps : une conférence puis une visite. Au MAXXI, Musée d’art contemporain à Rome, la foule se pressait, un samedi matin pourtant, pour écouter Alfonso Femia et Gianluca Peluffo présenter la nouvelle Agence Spatiale Italienne. Aux circonvolutions de Zaha Hadid, la composition moderne de 5+1AA.

Première approche de l’édifice, les mots et l’image. Sans aucune pudeur, les deux architectes évoquent tant le modernisme que la beauté. Science et poésie, «un monde perdu» aux accents latins. «Fuori. Presso. Dentro». Littéralement, dehors, à proximité, dedans. L’exposé tripartite mêle géographie, composition et travail de la masse.

A l’écran, sans surprise, une affiche. 2001 Odyssée de l’Espace, Stanley Kubrick et son monolithe : «une forme archétypale à l’origine d’une masse noire horizontale», à savoir la nouvelle Agence Spatiale.

«L’architecture est un corps et un poids, un élément de communication», indique Gianluca Peluffo. Aussi, le projet est-il présenté comme «une transition entre l’intérieur et l’extérieur». Du contexte, les architectes retiennent l’image d’un «espace qui n’a pas la forme d’une ville» ; or, selon eux, «l’idée de recherche nécessite une centralité».

A force de mots, la composition se dessine. A l’écran, esquisses et croquis témoignent d’une «simplicité de l’expression» dont se revendiquent les associés de 5+1AA.

A la beauté, les architectes associent les notions d’«ascension spirituelle» voire «religieuse» dès qu’il s’agit d’évoquer dégagements et circulations. Rome et la science, question hérétique ?

Quelques heures en bus à travers la banlieue. Au loin, la carcasse de la piscine olympique de Santiago Calatrava dont le chantier est abandonné et enfin, l’Agence Spatiale. A proximité, le complexe universitaire de Tor Vergata : «la décadence de l’idée d’institution publique», selon Alfonso Femia.

Et pour cause, ceinte de hautes barrières, aux allures de «base militaire», elle n’offre aucune «perméabilité». Difficile dans ce contexte de faire preuve d’urbanité. Le parti adopté pour l’Agence Spatiale est donc celui de l’introspection.

02(@Caviola)_B.jpgUn formalisme retroussé donc. Aux allures modernistes revendiquées ? 

Pas même. L’approche est circonstanciée. «Nous cherchons à démontrer la dimension intellectuelle de notre expérience», soutient Alfonso Femia et, pour ce faire, les mots, encore et toujours.

A l’extérieur, une simplicité apparente, sombre, faite de «volumes de différentes brillances et opacités combinés dans un équilibre apparent», indiquent les deux architectes.

A l’intérieur, «des moments de suspension, d’attente», précise Alfonso Femia. En somme, des respirations mais quid du superflu dans un budget réduit ? Pour note, 1.600 euros/m².

«Pour l’architecte, la plus grande bataille reste celle avec les éléments basiques. La logique d’une maîtrise d’ouvrage est définie par une relation entre la norme, la SHON et la SHOB. Le plaisir du bâtiment et les lieux de mise en relation s’en retrouvent réduits. Nous recherchons à chaque projet les 1 ou 2% pouvant contribuer à la qualité de l’édifice. Nous démontrons ainsi que le plus ne coûte pas beaucoup», explique Alfonso Femia.

Aux difficultés budgétaires, s’ajoute l’absence d’un cahier des charges. «Nous sommes constamment dans l’action et la réaction», précise l’architecte. Alors la beauté, autant que faire ce peu. Et plus encore.

03(@Caviola)_B.jpgSi Gianluca Peluffo évoquait «la diffusion labyrinthique» comme caractéristique de l’édifice «pour dépasser l’ennui et la prévisibilité», l’expérience en témoigne aisément. 

Au vaste hall noir succèdent rampes et escaliers. D’aucuns tournent et s’en retournent et découvrent justement ces pauses, tantôt sombres, tantôt lumineuses. «Spirituelles», disaient-il.

Encore inoccupé, promis pour une inauguration en juillet 2012, l’Agence Spatiale offre des espaces en suspens. 

Parmi eux, un déambulatoire qui amène au réfectoire. De part et d’autre, de larges baies sur un plan d’eau.

Enfin, une forêt de piliers, au plafond des oculi aux formes et aux couleurs variés. N’ont-ils jamais fait d’églises ? «Jamais», répond Alfonso Femia.

Reste alors les autres «organes» de l’édifice : une salle de sports, un centre de congrès, une crèche, une bibliothèque. A chaque fonction son esthétique et la couleur, par touche, reste un moyen efficace et peu onéreux d’y parvenir.

Bref, à mi-chemin des radiales de la Prenestina et de la Tuscolana, au sein d’un non lieu de la surmodernité romaine, l’Agence Spatiale Italienne relève pour ses concepteurs d’une «réaction sentimentale opérationnelle». L’édifice se rêve alors en «une forme mystérieuse agissant comme un catalyseur». Une odyssée de l’espace.

Jean-Philippe Hugron

04(@5piu1AA)_S.jpg

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Ministère des Infrastructures et des Transports - Service intégré infrastructures et transports (Lazio, Abruzzo, Sardegna)
Maîtrise d’oeuvre : Alfonso Femia, Gianluca Peluffo, Simonetta Cenci, Annalaura Spalla, Domenica Laface
Collaborateurs : Paola De Lucia, Francesca Ameglio, Lorenza Barabino, Stefania Bracco, Magda Di Domenico, Gabriele Filippi, Daniele Marchetti, Enrico Martino, Nicola Montera, Luca Pozzi, Alessandra Quarello, Sergio Tani, Laura Vallino, Gabriele Pulselli, Nicole Provenzali, Andrea Solazzi, Benedetta Bondesan, Luca Caselli, Linda De Angelis, Antonio Terranova, Pamela Curione, Caterina Riccioni

Calendrier : 2005 projet / 2007-2011 chantier
Superficie : 28.600m²
Volume total : 120.000,00m3
Coût : 34.679.219,00 euros
Rendu et maquettes : 5+1AA
Photographies : Ernesta Caviola

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