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Présentation | Made in China, le patrimoine industriel est à la mode (11-04-2012)

Esthétique post-industrielle pour la 'fashion week' de Shanghai. La mégapole chinoise, un temps capitale du textile, revendique à nouveau sa place sur la scène internationale. Pour ce faire, la ville se dote de nouvelles institutions, dont le Centre de la Mode signé Arte Charpentier, livré en 2012. Le parti de ce vaste projet révèle l'intérêt croissant des Shanghaïens pour leur patrimoine industriel.

Réhabilitation | Commerces et hôtels | Culture | Patrimoine | Shanghai | Arte Charpentier Architectes

Préserver le patrimoine industriel ? En Chine ? A Shanghai, oui. Arte Charpentier en fait la démonstration.

«Il y avait déjà, à mon arrivée, en 2003, une réflexion sur la préservation», souligne Pierre Chambron, chef de projet, lors d’un entretien longue distance. «Le regard porté sur le patrimoine industriel est, quant à lui, plus récent. Il s'agit d'une politique suivie et d'aucuns se rendent désormais compte des avantages pour le tourisme et le caractère de la ville que ce genre d'opération apporte», dit-il.

De fait, Shangtex, maître d’ouvrage, dispose de plusieurs sites à Shanghai et les reconvertit progressivement, chacun selon une thématique propre, bien souvent culturelle ou artistique.

Sur les rives du Huangpu, la haute couture. Les sheds d'une ancienne usine textile circa 1915 abrite désormais le nouveau centre de la mode de Shanghai. «Nous sommes entourés d'industries, à vingt minutes du coeur de la ville, en face des chantiers navals», explique l'architecte.

A quelques pas, les imposantes cheminées d'une centrale électrique. «Un hypothétique futur musée de l'industrie». Aujourd'hui, «à peine intéressant», le quartier est en devenir. 

04(@ArteCharpentier)_S.JPGAlors, quels motifs pour une réhabilitation ? Les qualités d'une construction originelle ? Pas même. Un homme célèbre y aurait fait ses armes. Une histoire «qui aide à la préservation de ce genre de site».

Les structures sont, somme toute, minimales pour ne pas dire banales, mais le travail réalisé par Arte Charpentier tend à magnifier l'ordinaire industriel. «Il y eut d'abord une réflexion sur la cohérence puis sur la façon contemporaine de travailler les contrastes», souligne Pierre Chambron.

Le projet se répartit sur quatorze bâtiments distincts, près de 90.000m² réaménagés en deux ans et demi. «Conception et chantier inclus», souligne l'architecte.

Si la maîtrise d'ouvrage avait une idée précise du programme, l'agence française a pu faire montre de propositions : des lieux pour créateurs ou encore une bibliothèque. «Quand bien même le projet est terminé sur le plan architectural, les affectations ne sont pas encore entièrement définies», indique le chef de projet.

Depuis 2010, bien qu'alors en chantier, le site est le cadre de défilés. «L'ambition est de créer un endroit phare à Shanghai dédié à la mode, le premier du genre», dit-il.

Mais les 'fashion weeks' ne sont que le temps d'une exposition nationale voire internationale ; or, le centre de la mode promet de vivre tout au long de l'année. Centre commercial ? Non. «Outlet». En d'autres termes, «un complexe commercial, sur un niveau, aux allures de quartier suffisamment dense pour attirer des chalands à cinquante kilomètres à la ronde».

02(@ArteCharpentier)_B.JPGOuvert, l'ensemble s'adapte aux contraintes climatiques de la ville. Les parcours sont abrités, les galeries couvertes. «Ce sont des espaces qui annoncent le projet», explique Pierre Chambron. De fait, un soin particulier a été apporté à la mise en valeur de poteaux, poutres et tirants, de métal ou de bois.

L'échelle du projet, conséquente, est urbaine et dut nécessiter quelques percées dans l'ensemble. «Nous avons créé une rue principale dans le but de dégager un parcours piéton menant au fleuve», indique l'architecte.

Néanmoins, sur les bords de Huangpu, un parapet de trois mètres de haut protège le site des inondations. «Nous avons alors imaginé un sol en pente qui mène à un ponton offrant une vue sur la ville depuis les berges. Une cascade d'eau dans la perspective de l'allée centrale signale la présence du fleuve», poursuit Pierre Chambron.

L'organisation et l'aménagement du site nécessita la consultation d'un «expert feng shui». Bilan positif.

Bref, 85% de l'existant a été préservé «dont des bâtiments des années 80 a priori sans intérêt», prévient l'architecte. Néanmoins, parmi eux, certains possédaient des escaliers monumentaux «qu'il aurait été impossible de construire aujourd'hui». D'autres, s'ils avaient été détruits, n'auraient pu laisser place à de nouvelles structures. La proximité du fleuve empêche toute construction dans un périmètre de 50 mètres. Même en Chine, normes et réglementations contraignent.

03(@ArteCharpentier)_S.JPGAutre édifice sans qualité que l'agence a décidé de conserver, une structure, plus haute que les autres, pouvant offrir des vues panoramiques sur le site. Habillé d'un métal semi transparent, la construction fait office de «bâtiment signalétique».

Si la maîtrise d'ouvrage était convaincue par la préservation du site, «il nous a fallu pour ce projet aller très vite. L'évaluation des coûts s'est faite au fur et à mesure. Il était nécessaire de s'adapter à une réalité économique», souligne Pierre Chambron. Le client n'avait aucune référence en tête ; du coup, le lieu se révèle, en son contexte, des plus audacieux.

Arte Charpentier réalise ici sa première reconversion d'un patrimoine industriel en Chine mais l’agence défend d'ores et déjà un savoir-faire en matière de réhabilitation.

Dans l'ex-concession française, à l'intersection des anciennes rues Lafayette et Massenet, l'agence avait déjà, fin 2002, remporté un concours visant, outre la création de 25.000m², la préservation de vingt-six constructions anciennes érigées entre 1915 et 1935. «Voilà un phénomène de plus en plus courant à Puxi, dans le centre historique, où le bâti arrive à saturation», indique l'architecte.

«Les réglementations sur l'ensoleillement prévalent sur tout», rappelle-t-il. La récente verticalisation effrénée de la ville connaîtra ses limites alors que les zones d'ombre, trop nombreuses, appellent les promoteurs à revoir leurs plans. Shanghai se transforme encore et toujours, la Chine avec. Du modernisme, de la folie destructrice et, déjà, du patrimoine.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Projet : Centre de la Mode de Shanghai
Surface du terrain : 120.800m²
Surfaces a construire : 160.000m²
Maitrise d’ouvrage : Shangtex
Construction en cours

Réactions

Eric | Archi-Urba | IDF | 12-04-2012 à 09:42:00

Même à Shanghai on a le souci de préservation ? Et pour cela une agence française quoi demander de mieux. Et dire qu’en France on rase certains pour en faire des logements ! Bonne pioche ce projet!

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