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Irak | Portrait d'une femme aux yeux noirs : Zaha Hadid (21-03-2012)

Youssef Mohsen est journaliste au quotidien irakien de Bagdad 'Alsabah'. Le 6 février 2012, il relate sa rencontre avec Zaha Hadid. Avec lui, l’architecte anglo-irakienne, la plus jeune des Pritzker, évoque son enfance et sa formation dévoilant les sources de son imaginaire. Confidences d’une femme «aux yeux noirs et à la peau métissée».

Moyen Orient | Zaha Hadid

Contexte 
L’architecte Zaha Hadid, dont on trouve la signature sur des projets de grandes envergures aux quatre coins de la planète, rafle maintes distinctions, dont le Pritzker n’est pas le moindre.
Le pont Sheikh Zayed, érigé par la starchitecte à Abu-Dhabi, a reçu fin janvier 2012, pour sa conception, le 'Prix du meilleur ouvrage et de l’excellence mondiale', décerné par la Fédération routière internationale, une organisation reconnue par les Nations Unies.
Zaha Hadid revient, dans un entretien recueilli par le journaliste Youssef Mohsen pour le journal irakien 'Alsabah', sur les sources de l’imaginaire d’un parcours hors du commun.
SH

ZAHA HADID : APRES LE POSTMODERNISME, L’EXPLOSION DE L’IMAGINAIRE ARCHITECTURAL
Youssef Mohsen (يوسف محسن) | Alsabah (الصباح )

BAGDAD - «Cette femme aux yeux noirs et à la peau métissée possède une intelligence surnaturelle qui lui confère la qualification de la plus grande artiste des temps modernes. Elle est la première femme à avoir sa signature parmi les grands de l’architecture mondiale». C'est en ces termes qu'un journal italien décrit Zaha Hadid.

Son parcours

Zaha Hadid (selon l’encyclopédie numérique) est une architecte irakienne née à Bagdad en 1950. Elle est la fille de Mohammad Hadid (1907-1999), chef du parti progressiste irakien qui fut ministre des Finances et de l’Economie de 1958 à 1963. Originaire de la grande bourgeoisie, son père avait déjà suivi des études de sciences économiques et sociales à Londres ; dans les années trente, il possédait et gérait par ailleurs une usine.

Zaha Hadid a étudié à Bagdad jusqu’au lycée avant d’obtenir en 1971 une licence de mathématiques à l’université américaine de Beyrouth. Elle a continué ses études supérieures à l’Architectural Association School of Architecture de Londres. Elle a travaillé ensuite en Grande-Bretagne. Après l’obtention de son diplôme, elle a collaboré avec Rem Koolhaas et Elia Zenghelis tout en poursuivant un parcours académique en tant que professeur invité dans plusieurs universités américaines et européennes comme Harvard, Chicago, Columbia et d’autres.

Zaha Hadid a remporté en 2004 le prix Pritzker, une première pour une femme architecte d’autant plus qu’elle était la plus jeune à le recevoir. Le prix Pritzker est l’équivalent du prix Nobel pour les architectes. La cérémonie de la remise des prix s’est déroulée à Saint-Pétersbourg, en Russie.

L’école déconstructiviste

02(@boehringerfriedrich)_B.jpgLe travail de Zaha Hadid est considéré comme appartenant au courant architectural déconstructiviste, cette tendance moderne fondée par le philosophe français Jacques Derrida dans les années soixante-dix. 

Cette école, qui comprend des grands noms d’architectes, rejette la version classique de l’architecture et se rapproche des arts plastiques et de la peinture abstraite.

Un critique d’architecture analyse les conceptions de Zaha Hadid en ces termes : «A première vue, c’est l’anxiété et l’instabilité, sans parler de cette translation infinie vers les espaces extérieurs, qui pourrait refléter, entre ces espaces intérieurs et extérieurs de l’architecture islamique, le fond de sa pensée». 

Le même chercheur explique le lien entre la fluidité de la calligraphie arabe et l’abstraction de certains objets décoratifs jusqu’à l’explication de la déconstruction qui se ramifie en empruntant certaines formes traditionnelles.

Donc, les travaux de Zaha Hadid n’ont rien à voir directement avec l’héritage architectural traditionnel mais seraient influencés par la culture fondamentale arabo-islamique.

Zaha Hadid est connue pour l’aspect imaginaire de ses conceptions difficiles à mettre en oeuvre, d’autant plus que ces bâtiments comprennent des structures bizarres : obliques, en zigzag et qui se chevauchent. Des critiques ont noté une rigueur dans la conception de base qui, tout en se développant, garde une certaine harmonie et continuité, ce que l’on trouve en général dans les travaux architecturaux basés sur trames.

En 2006, elle a reçu un doctorat d’honneur de la part de l’université américaine de Beyrouth en reconnaissance de son effort architectural. Depuis, Zaha Hadid accumule les distinctions pour ses différents ouvrages.

03(@UserMyFriend)_S.jpgDes conceptions imaginaires

Les travaux de l’architecte Zaha Hadid sont un virage serré de l’histoire de l’architecture après l’ère moderne. Ses plus importants ouvrages sont entre autres : la caserne de pompiers du site de l’entreprise allemande Vitra à Weil-am-Rhein en Allemagne, l’opéra de Cardiff, au pays de Galles, le terminus Hoenheim de la gare de tramway de Strasbourg, la grande mosquée de Strasbourg*, l’Opéra de Canton en Chine, le nouveau tremplin de ski d’Innsbruck, en Autriche, la tour CMA-CGM à Marseille, le MAXXI (musée national des arts du XXIe siècle à Rome, etc.

Quelques ouvrages récents

Le musée de Guggenheim de Taïwan, le gratte-ciel de Reggio Calabria et le Cairo export city appartiennent à la liste des ouvrages les plus récents de Zaha Hadid. Sa conception du Beethoven concert Hall de Bonn est présentée comme une perle qui brille près du Rhin. Le bâtiment utilise la lumière du jour pour éclairer les salles qui, selon leurs formes, finissent comme un bateau amarré sur les rives du fleuve.

Ainsi, la conception de la starchitecte remplacera l’ancien opéra qui date de plus de cinquante ans, conçu dans la ville qui a vu naître Beethoven. Ce projet a été choisi au dépend d’une autre proposition, imaginée par l’agence luxembourgeoise Hermann & Valentiny et Associés, qui comprenait des vagues qui s’élevaient vers le fleuve pour finir avec une salle de musique ouverte. D’autres architectes étaient également en lice.

Son parcours

Zaha Hadid se souvient : «Dans mon enfance j’ai fréquenté une école religieuse qui se trouvait dans un monastère à Bagdad. La directrice était très sévère bien qu’elle fut libérale ; les élèves étaient de toutes les religions : il y avait des musulmanes, des chrétiennes ainsi que des juives».

Dans les années cinquante, quand elle n’avait que six ans, son père l’a accompagnée à une exposition de Frank Lloyd Wright dans ce qui était le grand opéra de Bagdad.

Quand Zaha Hadid évoque son enfance, elle raconte : «Je me rappelle également de nos vacances à Alahwar (des marais et une réserve naturelle qui se trouvent dans le sud de l’Irak). Pour y accéder, nous prenions une petite barque ; j’étais fascinée par la nature et surtout par les flux entraînés par l’eau et le sable. Ainsi que par la vie sauvage qui s’étend au bord de l’eau, la faune et la flore qui s’y trouvent ainsi que les habitations et les gens. C’est là que j’ai réalisé qu’il y a une relation entre la logique des mathématiques, la pensée architecturale et l’abstraction».

Tout ceci montre que l’architecte a reçu une éducation moderne en Irak, outre le soutien permanent de son père. «Mes parents étaient merveilleux. Mon père est l’un des fondateurs du parti démocratique irakien ; c’était un industriel connu qui a toujours encouragé les industries ; il m’a inculqué l’enthousiasme pour le libéralisme et l’ouverture vers les autres, la générosité de l’esprit et la tolérance».

Concernant son succès, elle dit : «C’est le produit de plusieurs expériences humaines au cours de ma vie ; peut-être que tout revient à ma personnalité forte et ordonnée plus qu’à mon identité ou le fait que je sois une femme. Oui, j’ai réussi, mais la route n’était ni facile ni parsemée de roses ; c’est le résultat d’un très long combat. Au début, j’étais une acharnée de boulot et je travaillais de jour comme de nuit».

La philosophie de l’architecture

04(@Bjmullan)_S.jpgZaha Hadid confie : «Je continue à découvrir et d’inventer alors que je pense que l’architecte et certaines formes de conceptions nouvelles évoluent de la même manière mais dans un cadre plus contemporain. J’ai commencé à essayer de construire des bâtiments brillants comme des bijoux isolés et maintenant je veux que ces nouvelles conceptions s’unissent pour former un nouveau type de paysages, qu’elles émergent ensemble avec les nouvelles villes et leurs habitants.
Il y a quelques années, j’ai pris l’avion, un hiver, de New York à Chicago, à l’heure du coucher du soleil ; les paysages naturels ainsi que les villes m’ont paru sans couleur, seul le contraste entre le noir et blanc était visible, les fleuves et les lacs semblaient avoir la couleur du sang, quelque chose d’étonnant. On ne peut pas dire que ces paysages sont beaux mais ils possédaient les caractéristiques de la lumière et de la vie ; j’y ai découvert des formes dynamiques basées sur des technologies modernes. Je m’éloigne ici des courants d’après le Bauhaus, l’idée de concevoir des formes dynamiques m’est venue et c’était pour moi un défi de pouvoir traduire le rationnel et le matériel à partir de paysages nouveaux et des matériaux inattendus».

«A la fin du XXe siècle, j’ai découvert le monde de l’ingénierie comme un art et pas comme une science pure. Je pense personnellement que l’architecture est un mode de vie et elle ne se limite pas uniquement à la construction des bâtiments. C’est là que se repèrent ma philosophie et ma vision avant toute conception architecturale. C’est parce que le courant déconstructiviste fusionne les atmosphères qu’il n’y a plus de limite entre l’intérieur et l’extérieur, c’est qu'en général ces conceptions deviennent des lieux publics et non privés et l’espace public ne doit pas être distinct de la liaison avec le lieu populaire et vivant».

Youssef Mohsen (يوسف محسن) | Alsabah (الصباح ) | Irak
06-02-2012
Adapté par : Sipane Hoh

* Le lauréat de ce projet est l’architecte Paolo Portoghesi

Réactions

Paris france | Ex shopping center developer | Paris | 03-08-2014 à 18:27:00

Jls. Admiration sans borne pour zaha hadid elle a des ses courbes sont exceptionelles et elle est humaine et rend le contemporain accessible et merveilleux elle projette. une souplesse une élégance sans pareille on voit un dessin t on reconnaît sa patte sans faillir tout ce qu'elle fait est beauloinloinde mies vanderoe
Moins c est mieux de la révolution industrielle elle a des fomesfemininesbravissimo

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