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Compte-rendu | Devenir architecte-citoyen grâce au réemploi des matériaux de construction (08-03-2012)

Ouvrant un cycle de conférences dédié au réemploi de matériaux de construction, dont la première partie était organisée par l’association Bellastock le 29 février dernier à l’ENSA Belleville, l’architecte Jean-Marc Huygen a donné ses clés d’une pratique citoyenne de l’architecture. Illustrant le propos, deux membres du collectif belge Rotor ont fait part de leur expérience en la matière. Edifiant.  

Vie étudiante | ENSA Paris Belleville | France

Mercredi 29 février, 19h30 : l’amphithéâtre haut de l’ENSA Belleville est bondé à l’occasion du lancement du cycle de conférences intitulé 'Le Grand Détournement'. Portant sur le thème du réemploi des matériaux de construction, il est organisé par l’association Bellastock en préalable du festival prévu en mai*. Visiblement, le sujet ne laisse pas indifférent.

Au programme de ce 'round 1' : «mettre en place un vocabulaire commun». En préambule, l’architecte et ingénieur civil Jean-Marc Huygen** a non seulement dressé des nuances sémantiques mais aussi une liste des matériaux «soutenables» promis à devenir un jour - et à l’entendre, sans tarder - matériaux de prédilection des architectes.

«En termes d’énergie, on sait faire», a-t-il commencé. En clair, les sources d’énergies renouvelables sont connues ; reste à les développer. En revanche, la pénurie «de la matière» deviendra, selon Jean-Marc Huygen, «bien plus cruciale dans les prochaines années». «La fin du pétrole, on la connaît mais sait-on que le zinc s’épuisera dans 15 ans ou le fer dans 25 ans ?», a-t-il souligné.

De préciser qu’en architecture, il existe aujourd’hui deux matériaux 'soutenables' : le bois et la terre crue. Par soutenable, Jean-Marc Huygen entend «ces matériaux qui peuvent revenir à leur état initial». De fait, la terre cuite en est exclue. Le spécialiste a repéré, au fur et à mesure de ses recherches, trois familles en la matière.

02(@Jean-MarcHuygen).jpgTout d’abord, les fibres naturelles, végétales ou animales. 

Jean-Marc Huygen a orienté ses recherches sur la façon de conférer à cette famille de matériaux ne résistant, a priori, qu’en traction une résistance en compression. 

Bref, «retrouver du dur», par exemple en torsadant la matière. Photos à l’appui, l’architecte montre qu’il est possible de construire jusqu’à des poutres en fibres.

Deuxième famille : les auto-matériaux, c’est-à-dire «ceux qui se construisent seuls». 

A l’écran, les visuels se succèdent, montrant des saules tressés composant un mur ou, plus simplement, «un arbre devant une façade sud jouant ainsi le rôle de pare-soleil». Simple et efficace.

Troisième famille : le coeur du sujet, c’est-à-dire «les matériaux de réemploi», objets ou produits obsolètes «qui n’ont plus d’usage». Jean-Marc Huygen nuance et distingue la réutilisation du réemploi et du recyclage. «Le top» : la réutilisation, n’impliquant aucune consommation d’énergie ; le flop : le recyclage, énergivore et, qui plus est, annulant «la mémoire de l’objet».

Le réemploi ? Pas tant un compromis qu’un processus créatif préservant l’énergie et assurant «la transmission d’une mémoire patrimoniale».

Concluant sur le terme de «dignité», Jean-Marc Huygen a livré ses clés «pour se comporter en architecte citoyen».

03(@Rotor)_S.jpgAprès l’édifiant préambule, deux représentants du collectif belge Rotor, fondé en 2005 à Bruxelles, ont pertinemment illustré le propos de Jean-Marc Huygen.

En effet, Rotor a fait «le pari» de développer la filière du réemploi à Bruxelles. Certes, l’objectif est la réduction des volumes des déchets mais «nous retournons la question pour percevoir ces déchets comme des matériaux intéressants».

«Avec le réemploi, il y a une redistribution des rôles», soulignent-ils. A l’entrepreneur de conseiller l’architecte et non plus au fabricant «de vanter l’impact écologique de son matériau».

Bref, l’entreprise de démolition devient «le gardien du trésor», l’Ali Baba «de la caverne» récupérant, dans le cadre d’opérations de pré-démolition, «tout ce qui n’est pas du béton ou de la maçonnerie». Au mur, l’image d’un hangar en pièces détachées fait penser à une super brocante. Effectivement, «cela ressemble parfois à un marché aux puces mais d’autres vont plus loin dans le professionnalisme et amènent les matériaux de réemploi sur le terrain des matériaux neufs», assure Rotor.

04(@Rotor)_S.jpgSelon le collectif, de nombreuses entreprises disposent de tels stocks en Belgique mais «il y a risque de sur-stock» car, si la demande existe, elle peine «à rencontrer» l’offre.

«D’une part, le démolisseur ne sait pas bien ce qui plaît et, d’autre part, la demande ne sait pas où s’adresser».

«Il manque un maillon à la chaîne allant du démantèlement à la mise en oeuvre», explique Rotor.

D’avoir identifié ce maillon manquant dans «l’écoulement, c’est-à-dire l’expert qui repèrerait pour le preneur le matériel adéquat».

Rotor a bien l’intention d’occuper le vide de ce maillon là. A Bruxelles.

En France ? Encore faut-il entendre Jean-Marc Huygen.

Emmanuelle Borne

05(@Rotor).JPG

* L’association Bellastock est une plateforme de recherche architecturale dont l’objectif est de valoriser l’expérimentation comme vecteur de pédagogie et de recherche sur l’architecture. Elle organise notamment un festival annuel durant lequel ses participants construisent une ville éphémère. L’édition 2011 du festival Bellastock avait rassemblé plus de 1.300 participants autour du thème de la ville gonflable.
En 2012, Bellastock a choisi le thème du réemploi en architecture. Le festival 2012, intitulé 'Le Grand Détournement', aura lieu en mai 2012. Les conférences ont lieu en amont de cette manifestation. Le 'round 1', réunissant notamment le collectif belge Rotor et l’architecte Jean-Marc Huygen, a eu lieu le 29 février 2012. A suivi un 'round 2', le 7 mars 2012 à l’ENSA Belleville à 19 heures, avec le collectif Exyzt, l’artiste Stefan Shankland et le collectif Bruit du frigo. Le 14 mars 2012, un 'round 3' viendra clore le cycle de conférences. Organisé à 19 heures à l’ENSA Belleville, il réunira l’architecte Frédéric Tabary, le collectif Encore Heureux et la compagnie KMK.

** Auteur de La poubelle et l'architecte, vers le réemploi des matériaux, juin 2008, Actes Sud.

Réactions

Cedric22 | Paysagiste | Ile de France | 06-03-2013 à 23:25:00

La récup est un outil pour préserver l'environnement et les ressources de notre globe terrestre. Il est inadmissible qu'on jette dans les décharges ou qu'on incinère des objets qui peuvent être utilisés.

Les architectes de jardin utilisent souvent la récup pour confectionner des décorations. Plus d'infos sur http://architectesdejardins.fr/

Tonton Hube | DGS | Franche-Comté | 12-03-2012 à 08:18:00

C'est peut-être l'avenir, c'est déjà le présent dans tant de pays

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