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Chine | Réseaux organiques pour jardins fluides à Xi'an (07-03-2012)

Dans le cadre d’une interview publiée en avril 2011 dans la revue chinoise Time+Architecture, Eva Castro, directrice du département d’Urbanisme Paysage de la renommée AA School et directrice de l’agence Plasma studio, présente, via l’emblématique projet réalisé à l’occasion de l’Expo d’Horticulture de Xi’an en 2011, une discipline méconnue, à la croisée de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme.

Aménagement extérieur/Paysage | Chine

Contexte
Créé en 2001 par le professeur Mohsen Mostafavi au sein de l’Architectural Association School (AA) de Londres, l’Urbanisme Paysage est une discipline composée d’un ensemble de théories et de techniques faisant l’objet de réalisations dans le cadre des cours de maîtrise du département d’Urbanisme Paysage.
En 2004, Eva Castro, lauréate en 2002 de Young Architect of the Year Award (YAYA), prend la succession du professeur Mohsen Mostafavi à la tête du département d’Urbanisme Paysage. Elle va progressivement orienter la discipline vers des projets urbains complexes inscrits dans des pays émergents. Depuis trois ans, les étudiants du programme de maîtrise analysent divers phénomènes urbains en Chine et proposent de multiples projets et réalisations. La jeune discipline se développe alors de façon emblématique.
Dirigé par Eva Castro, Plasma studio est un atelier d’architecture basé à Pékin et à Londres, mettant en oeuvre les théories de l’Urbanisme Paysage de l’AA dans le monde entier. En 2009, Plasma studio remporte le concours international de l’Exposition Universelle d’Horticulture à Xi’an, en Chine et se retrouve ainsi chargé de la planification du site de l’Expo et de la conception de trois bâtiments phares : la Porte Guangyun (entrée principale de l’Expo), le Pavillon Principal de l’Expo et la Grande Serre.
A l’occasion d’une interview accordée à Lu Rui, architecte de l’Institut du Design d’Architecture de Sichuan, Eva Castro aborde autant les aspects théoriques que la mise en pratique de l’Urbanisme Paysage et notamment l’Expo de Xi’an. Elle fait également part de ses réflexions sur la conception paramétrique, l’un des outils invoqués par la discipline.
C-L.C.

L’URBANISME PAYSAGE FUIDE - INTERVIEW AVEC LE PROFESSEUR EVA CASTRO
LU Rui | Time + Architecture

XI’AN - L’Exposition Universelle d’Horticulture de Xi’an, une oeuvre pionnière de l’Urbanisme Paysage

02(@Plasmastudio).jpgInaugurée le 28 avril 2011, l’Exposition Universelle d’Horticulture de Xi’an, dont le site se situe au sein du quartier écologique de Chanba, est la première application d’envergure de l’Urbanisme Paysage. Illustrant l’enjeu écologique de la discipline, les 'jardins fluides' (flowing gardens) de Plasma studio ont permis le recyclage et la régénération du système écologique du site.

La démarche écologique a également été appliquée à chaque bâtiment du site, architectures reliées à la nature via des aménagements paysagers. S’articulant autour de l’eau, le parc de l’Expo est constitué de systèmes paysagers naturels et artificiels. Les eaux pluviales sont collectées et conduites vers les zones humides, puis purifiées via des plantes naturelles et des lits de roseaux artificiels et enfin stockées pour l’irrigation. Les 'jardins fluides' ne sont pas des aménagements figés ; ils évoluent au fil du temps. Poussant librement de manière organique, ces jardins représentant l’éternel jardin d’Eden de la ville de Xi’an.

Lu Rui : Quel est le rôle de Plasma studio dans la conception de l’Exposition Universelle d’Horticulture de Xi’an ?

Eva Castro : Nous avons dirigé l’ensemble de la conception de l’Expo en étroite collaboration avec le laboratoire GroundLab. Nous avons créé ce laboratoire pour mettre en pratique, à l’échelle urbaine, les théories de l’Urbanisme Paysage que j’enseigne à l’AA. Il joue un rôle décisif dans la conception paysagère de ce site de 37 hectares. A travers ce projet, nous avons créé un dialogue harmonieux entre l’architecture et le paysage ainsi qu’un réseau organique permettant notamment de surmonter les contraintes liées au sol.

Entendez-vous, par réseau organique, les jardins fluides de l’Expo ? Comment l’idée de la fluidité est-elle exprimée dans le projet ?

Effectivement, les jardins fluides incarnent ce réseau organique. Ainsi que nous l’avons expliqué lors du concours, cette fluidité implique tous les mouvements et les liens ; elle exprime notre compréhension du site. Elle signifie également le regroupement d’informations, les interactions entre différents systèmes, lesquels communiquent via des points d’intersection et forment ainsi un système plus vaste, en relation avec l’environnement. Ce réseau se démultiplie en des réseaux de cheminement, dominant ainsi le site et s’adaptant aux conditions diverses de chaque lieu.

03(@Plasmastudio)_B.jpgDans la conception architecturale, vous étiez en charge de la porte d’entrée principale, du pavillon principal et de la grande serre. Comment ces trois bâtiments illustrent-ils le concept de fluidité ?

Ces trois bâtiments ont été conçus à partir de nouveaux sols issus du système général. Si nous appréhendons la structure paysagère comme un texte, ces trois édifices sont alors des points de ponctuation. C’est ainsi qu’ils dialoguent avec l’ensemble du site. A l’image du paysage, l’architecture crée un rapport de conjonction et non un rapport de conflit.

Comment avez-vous appliqué la théorie de l’Urbanisme Paysage dans ce projet ?

Après sa fermeture, ce parc de l’Expo participera au tissu urbain du quartier. Pour l’instant, il est encore une zone relativement isolée, sorte de cellule indépendante. A ce titre, l’Urbanisme Paysage n’a pas été totalement exprimé dans ce projet mais présenté de façon partielle ou fragmentaire. Néanmoins, nous espérons montrer clairement la relation intime établie entre l’architecture et le paysage, l’architecture étant un point d’articulation du paysage.

D’un point de vue conceptuel, ce parc s’est développé comme un filet permettant d’indexer le site. De part et d’autre de l’axe principal du site se trouvent deux grands terrains très ballonnés. Nous les avons traités avec ce principe de filet et nous avons créé des chemins piétons en suivant les diagonales des losanges du filet. Nous avons ensuite hiérarchisé ces chemins et prolongé ce système dans le reste du site.

Les bâtiments situés à l’intérieur de ce système de filet incarnent, en trois dimensions, la topographie et les lignes du filet. Cette méthode extensible, intégrant l’architecture au paysage, est une grande particularité de l’Urbanisme Paysage.

J’ai remarqué que, dans ce projet, vous avez prêté une attention particulière au recyclage des eaux pluviales du site. «La méthode du Feng Shui consiste avant tout à obtenir l'eau», explique Guo Pu, un Chinois de l’Antiquité (276-324). Votre concept s’inspire-t-il du Feng Shui chinois ? Comment avez-vous utilisé la méthode paramétrique pour maîtriser le Feng Shui du site, afin d’obtenir une harmonie avec la nature ?

04(@Plasmastudio)_B.jpgNous étions conscients de l’importance du Feng Shui dans la vision chinoise de l’environnement mais nous ne l’avons pas développé d’un point de vue culturel. 

Nous nous sommes référés uniquement à ses concepts. 

Nous sommes plutôt partis des particularités morphologiques du terrain et des programmes d’activités pour élaborer notre projet.

Par ailleurs, effectivement, la circulation de l’eau est primordiale dans ce projet. Mais nous n’avons pas traité la collecte d’eau uniquement en termes techniques. 

Nous avons estimé que la gestion de l’eau nous offrirait des découpages intéressants en termes d’espaces et des opportunités inattendues en matière de conception. 

La 'paramétrisation' est un outil très pratique, à travers lequel nous pouvons maîtriser, avec une très grande souplesse, l’évolution de la nature afin d’établir un rapport harmonieux avec elle.

05(@Plasmastudio).jpgQu’en est-il de la conception paramétrique au regard de l’Urbanisme Paysage ?

La conception paramétrique est dans l’air du temps. Cette méthode offre aux concepteurs une capacité de maîtrise sans précédent face à un système complexe. Elle est très efficace dans certains domaines de l’Urbanisme Paysage, notamment pour traiter l’évolution de la nature. Fournir la capacité de s’adapter à des environnements changeants est la base de cette théorie. De ce point de vue, la conception paramétrique s’avère très avantageuse pour l’Urbanisme Paysage.

Pour autant, nous n’avons utilisé aucun logiciel de paramétrisation dans le projet de Xi’an. C’est de ma part une critique vis-à-vis de l’utilisation de tels logiciels pour tenter de résoudre tous les problèmes rencontrés dans un projet architectural ou urbain.

La collecte et l’indexation des données du site constituent le point de départ de notre lecture du site et ce depuis les débuts de l’Urbanisme Paysage, alors que les logiciels de paramétrisation n’étaient pas encore aussi largement développés et commercialisés. L’intérêt de ces logiciels est leur souplesse, laquelle permet d’intégrer les particularités du site et les intentions du concepteur.

Je ne préconise pas l’application générale de la conception paramétrique à l’Urbanisme Paysage. L’Urbanisme Paysage a ses propres méthodes et processus de conception. La généralisation de la conception paramétrique peut conduire à l’homogénéisation du site indexé. Evidemment, ce n’est pas ce que nous recherchons. La paramétrisation des données est toujours liée au site, nécessitant ainsi la déformation, la décomposition et l’adaptation, afin d’atteindre progressivement une indexation raffinée.

LU Rui | Time + Architecture | Chine
01-04-2011
Adapté par : Chia-Ling Chien

06(@Plasmastudio)_S.jpgFiche technique

Lieu : Xi’an, Chine
Maître d’ouvrage : Xi’an International Horticultural Expo
Concepteurs : Eva Castro, Alfreo Ramirez, Eduardo Rico, Holger Kehne, Jorge Ayala, Nicoletta Gerevini, Evan Greenberg, Nadia Kloster, Steve de Micoli, Filippo Nassetti, Mehran Garlegui, Hossein Kachabi
Programme : jardins fluides et trois pavillons
Surface du site : 37 hectares
Livraison : 2011

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