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Présentation | Situé et urbain, l'Institut de Génomique marine de Roscoff (29-02-2012)

A Roscoff (29), livré par l'agence Barré-Lambot en janvier 2012, l’Institut de Génomique marine est, malgré son aspect contemporain, un bâtiment bel et bien «situé», selon l’architecte Philippe Barré. En clair, le projet est issu de son contexte autant que d’un souci de l’usage. Outre les ouvertures, les matériaux, tel le béton, cette pierre «du XXIe siècle», font écho au paysage alentour.

Bâtiments Publics | Education | | Barré Lambot Architectes

Finistère, Roscoff, ses murets en pierre sèche configurant ses parcelles, ses toits en ardoise et les flux et reflux de sa marée. C’est là qu’est implanté, depuis 1851, l’Institut de Génomique marine, centre de recherche de l’Université Pierre et Marie Curie.

Précisément là où l’agence Barré-Lambot vient de livrer des nouveaux locaux remplaçant une ancienne construction «de bric et de broc», selon Philippe Barré. Là où les architectes ont eu du mal à faire passer la pilule d’une architecture contemporaine en pleine ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager ndlr).

«Ce bâtiment a défrayé la chronique car d’aucuns pensaient que le fait d’être implanté en ZPPAUP détermine l’écriture architecturale alors qu’en fait, la zone de protection n’exclut pas une écriture contemporaine». Ayant remporté le concours du projet en 2007, l’agence Barré-Lambot ne voulait pas d’un pastiche. Béton, verre et zinc accueillent donc les 1.486m² dédiés à la station biologique.

Pour autant, Agnès Lambot et Philippe Barré n’ont pas parachuté un objet incongru au coeur de Roscoff. Au contraire, ils ont conçu «un bâtiment pérenne, urbain, c’est-à-dire généré par le site plutôt qu’a priori».

Pour ne pas «remettre en cause» l’espace du jardin, Barré-Lambot a choisi de caler «strictement» le nouveau volume sur l’ancien gabarit. «Nous avons travaillé au chausse-pied».

Plans et coupes font donc écho à l’empreinte. En clair, étroit, l’Institut de Génomique marine de Roscoff s’étend sur soixante mètres de long d’est en ouest, se déformant au gré des limites parcellaires. Lesquelles sont incarnées par un muret en pierre sèche, un écho à l’enclos en moellons contre lequel était adossée l’ancienne construction. Le résultat de la demande de l’ABF.

En effet, «au départ, nous avions imaginé un mur en béton mais, finalement, ce muret en pierre est une politesse que nous ne renions pas, bien au contraire», assure Philippe Barré.

02(@PhilippeRuault).jpgLes architectes ont d’ailleurs peaufiné les transitions. Ainsi, un interstice vitré conjugue le linéaire en pierre avec le «vocabulaire contemporain» des surfaces en zinc composant la façade sud du bâtiment.

Local, le zinc ? «Nous l’avons choisi pour sa souplesse», explique Philippe Barré. Une malléabilité permettant de gérer les contours irréguliers du site mais aussi une souplesse «symbolique». En effet, souhaitant préserver le gabarit du bâtiment compte tenu de la surface demandée, les architectes ont installé les chercheurs «au grenier». En créant non pas un troisième niveau mais un niveau sous comble, «à l’instar des toits habités de la région».

Barré-Lambot invoque le symbole autant que le confort. Même la répartition du programme tient à une stratification signifiante «du savoir», avec le hall d’accueil et les salles de cours au rez-de-chaussée, les bureaux et laboratoires aux étages.

Au sud donc, côté ville, une 'façade habitée' introvertie. Pour l’animer, Barré-Lambot l’a ponctuée d’ouïes, excroissances verticales vitrées, orientées soit à l’est soit à l’ouest.

Au nord et à l’ouest, l’Institut s'ouvre largement sur la mer via des baies vitrées ponctuant un corps en béton. En effet, un «laboratoire de pointe» ne pouvant se passer de lumière et le béton étant l’un des rares matériaux à permettre de larges ouvertures, sa mise en oeuvre était «indispensable».

Urbain aussi, celui là ? «Le béton est la pierre du XXIe siècle comme celle du XXe siècle», affirme Philippe Barré, invoquant Auguste Perret. Joignant le geste à la parole, il a demandé à l’entreprise d’apporter un soin particulier tant au choix des agrégats qu’au calepinage d’un béton coulé en place.

03(@PhilippeRuault).jpgBref, ne pas se fier à son apparence contemporaine. L’Institut de Génomique marine est un bâtiment «situé», terme que Philippe Barré préfère à celui d’intégration. L’architecte et son associée ont effectivement conçu la station comme «une pierre de plus» à un site où constructions du XVIIIe siècle côtoient une architecture des années 1950 et un aquarium datant de 1960.

«Le plus difficile fut de travailler sans l'approbation de la population». Pourtant, des parties de l’Institut sont le fruit des doléances des habitants. Par exemple, l’escalier de secours, «retravaillé en cours du chantier».

«Les associations ne voulaient pas d’un escalier dépouillé. Nous avons donc mis au point un système de ventelles en aluminium composant un filtre». D’une pierre deux coups, l’enveloppe permet aussi «de terminer le volume du bâtiment». Une autre politesse bienheureuse.

Aujourd’hui, les noms d’oiseaux ne pleuvent plus. «Les esprits se sont calmés car la partie qui saute aux yeux est le muret en pierre».

Sans doute, le temps fait aussi son oeuvre. L’urbanité du Centre de Génomique marine finira bien par conquérir les habitants de Roscoff.

Emmanuelle Borne

04(@PhilippeRuault)_B.jpg Fiche technique

Programme : station biologique (bureaux et laboratoires)
Lieu : Roscoff (29)
Maître d’ouvrage : Université Pierre et Marie Curie
Maîtres d’oeuvre : SARL Barré-Lambot (architecte mandataire), Isateg (BET structures, fluides et économiste)
Concours mai 2007, livraison janvier 2012
Surface utile : 1.486m²
Coût : 2.229.500 euros HT

Réactions

constructive | 01-03-2012 à 12:31:00

Non utilisable, pourquoi ? l'architecture (contemporaine, pas moderne) et l'architecte ont bon dos!!

Utilisateur | critique | Bretagne | 29-02-2012 à 20:36:00

Peut être livré, mais non utilisable !
bravo l'architecture moderne

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