Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Présentation | Controversé, politiquement incorrect, Michel Holley. Et alors ? (29-02-2012)

29 étages depuis la dalle, 31 depuis le sol, voire plus, voire moins ; à «l'urbanigramme» d'en décider. Michel Holley évoque ainsi une théorie échafaudée au détour de vastes politiques de rénovations urbaines. A l'heure où l’architecte promet de revenir sur un parcours unique au sein d'un ouvrage à paraître au mois d'avril 2012, il livre au Courrier de l'Architecte les origines d'une création «controversée». 

Tours et gratte-ciel | France | Michel Holley

«L'urbanigramme est un système, un outil théorique, une image caractéristique. Il permet l'analyse d'un choix et de ses conséquences», explique Michel Holley. De fait, un volume, une hauteur, un gabarit interagissent avec les surfaces, les dispositions, les «gammes de densité».

Mais, avant d'en arriver à abstraire la composition urbaine en une logique quasi mathématique, Michel Holley a développé, aux côtés de Raymond Lopez, une pratique. Moderniste ? Nenni. «Je me suis vu actuel et la modernité est quotidienne», répond-il.

Chez lui, Michel Holley mêle les souvenirs d'une importante carrière à ceux d'une passion, la mer. Au mur, les oeuvres de son épouse, artiste. Derrière le piano, sur une table Knoll, les épreuves du livre à paraître. Au détour des pages, une oeuvre «hors de tout qualificatif» avec, pour leitmotiv, «comprendre l'organisation de la ville en un ouvrage».

Au parti, ses origines. L’histoire débute sur l'océan et peut-être par-delà. En 1953, l'Amérique.

Mais, avant la traversée, l'enfant est imprégné de citadelles bretonnes, denses et fortifiées et le jeune homme, arrivé en 1936 à Paris, impressionné par la vitalité d'une capitale préparant les festivités de l'Exposition Universelle de l'année suivante.

02(@MichelHolley).jpg«Deux événements ont été fondamentaux : la démolition du quartier du Trocadéro et la création de l'avenue Paul Doumer. J'habitais alors une affreuse cour parisienne qui m'a vraisemblablement dégoûté de l'urbanisme haussmannien», se remémore-t-il.

Autre souvenir, celui du Pavillon allemand. «Albert Speer m'a beaucoup intéressé. Voilà un architecte qui est devenu l'homme le plus puissant d'Allemagne. Il affiche, sans doute, la plus belle réussite en étant passé de l'architecture à la puissance de l'organisation. L'architecture est avant tout matière d'organisation», soutient-il. «Politiquement incorrect, non ?», ironise-t-il. «Rien à faire».

In fine, un reliquat Bauhaus «incompris», juge-t-il. Sulfureux, sans aucun doute.

Les affres belliqueuses révolues, l'architecte rencontre Raymond Lopez. «Un charisme, une autorité, une participation, un patron». Si l'école des Beaux-arts «était un compagnonnage», les charrettes en agence sont formatrices.

04(@MichelHolley)_B.jpgParallèlement, une vie bohème s'installe. Jacobsen, César, Dewasne et «une merveilleuse époque de création». A l'agence de Raymond Lopez, l'étudiant devient collaborateur puis chef de projet et enfin associé avant de succéder au maître.

«Il était l'homme de l'extérieur, moi, celui de l'intérieur», résume Michel Holley. Aux connaissances politiques de l'un, les connaissances en art abstrait de l’autre. «Lopez m'a appris le métier».

En 1953, enfin, l'Amérique. Au programme : Bunshaft, Saarinen, Mies van der Rohe. «J'ai pu de nouveau admirer la puissance et la technique allemandes», sourit-il. Voyage retour avec, en bagage, l'idée de proposer un urbanisme vertical qui ne serait, à la différence, pas un «urbanisme individuel».

L'idée d'un modèle s'ébauche alors. L'étincelle n'était autre qu'un paquebot. 'Le Liberté', navire transatlantique, «était en soi une façon d'organiser l'espace». Le «zoning vertical» était né.

06(@MichelHolley)_S.jpg1954, Paris et le plan Lafay. 1957, Berlin et Interbau. Deux occasions de parfaire cet urbanisme debout. Si, aux premières heures il s'agissait, à Paris, de délimiter des zones de rénovation urbaine, il était question en RFA de répondre aux projets de la «démocratique» Allemagne, en face de la Stalin-Allee.

«Berlin était un tas de ruines, une succession de pyramides de briques concassées», se souvient Michel Holley. Niemeyer, Alto, Jacobsen, Bakema et le duo Lopez-Baudouin étaient alors invités à penser chacun une tour marquant l'horizon d'un futur quartier «européen».

03(@MichelHolley)_B.jpgLe modèle dit «de Berlin» est alors conçu par l'équipe française. 

L'immeuble-tour dont les étages sont décalés pour animer la façade s'inspire du «Super Echec» de Paul Klee, une composition abstraite jouant des effets de damiers.

Et voilà donc une première typologie verticale adaptée quelques années plus tard au contexte français.

La plus connue d'entre elles n'est autre que la tour du Bois le Prêtre. 

«La mode est au strip-tease. Elles sont toutes déshabillées pour être rhabillées. Le damier a fait place à une robe de bure, puis la robe de bure à une façade mirobolante», souligne l'architecte. 

En un mot, «gâchées» les tours «de Berlin».

Michel Holley revient alors sur les croquis fondateurs de l'urbanisme vertical. «Il nous fallait sculpter l'espace, organiser les vides, les pleins, l'avenir», dit-il. 

Chaque soir, Raymond Lopez s'en revenait à l'agence. «Aujourd'hui, le Front de Seine», «Aujourd'hui, Montparnasse»... Chaque soir, des projets «magnifiques».

05(@MichelHolley).jpgA Beaugrenelle, dans le XVe arrondissement, Michel Holley ne proposera que l'organisation du quartier. «Nous ne faisions pas ici de dalle par idéologie. Le sol était tout simplement inondable et les barrages n'existaient pas encore en amont de la Seine», souligne-t-il.

La répartition des tours s'émancipe des alignements alors de mise pour reprendre l'organisation harmonique d'une partition grégorienne, plus aléatoire. «J'avais été enfant de choeur», précise l'architecte.

Pour Montparnasse, Raymond Lopez avait pour mot d'ordre «grand et fort». «Les tours aux Etats-Unis étaient métalliques, en France elles devaient être de béton. J'avais en tête le pont d'Abidjan». Un trait, une ligne.

07(@MichelHolley)_S.jpgAu parti architectural s'ajoute le jeu de l'image. 

«Brassaï a réalisé la photographie de la maquette. Son travail m'a fait comprendre qu'au crépuscule, New York bascule du positif au négatif. La silhouette se transforme, la ville devient lumineuse sur fond noir», débute-t-il.

Le cliché présenté à Malraux séduit. La signature du photographe n'est pas étrangère au succès.

Concomitamment, le travail sur Paris se poursuit. 

«Le contrat était fabuleux : réorganiser la ville et proposer son urbanisme vertical», lance Michel Holley. 

Au plan imaginé, l'architecte juxtapose une esquisse de Léonard de Vinci. Extraite du Codex Atlanticus, elle représente Milan, ses émergences et les rapports qu'entretiennent ces verticales. Le parallèle avec Paris est saisissant.

Reste alors à transformer «des plans passifs en action». Dans le XIIIe arrondissement, les Olympiades sont une opportunité parmi d'autres. Elles sont aussi l'occasion pour Michel Holley de breveter la tour, réduite à un produit industriel. «J'étais promoteur d'architecture. Je n'ai pas attendu les projets, j'ai proposé mes propres desseins», assure-t-il.

Huit tours seront construites selon le modèle. D'autres furent promises à Téhéran avant que la révolution ne bouleverse les plans de l'architecte.

«As-tu cru à tout ce que tu racontais ?», demande-t-on à Michel Holley. Sur la table, un livre, Centre Paris, cosigné par Raymond Lopez. L'ambition des quelques pages : détruire et reconstruire le centre de Paris le long d'un axe nord-sud. «Voilà une provocation, un bouquin d'agit' prop. Mais je répondais toutefois à une demande. J'ai cru à ce que me demandait ceux qui me le demandaient ; et puis la question n'était pas de croire mais de montrer ce qui pouvait être possible», rétorque Michel Holley.

Et la plus grande agence de Paris, avait-elle alors, le temps de croire ? Vraisemblablement pas, tant l'ambition était d'accéder à la puissance de l'organisation.

Jean-Philippe Hugron

Nota : L’ensemble des visuels de cet article sont extraits de l’ouvrage à paraître le 4 avril 2012 : Urbanisme vertical & autres souvenirs, de Michel Holley ; Editeur : Somogy ; Format : 29cmx24cm ; 144 pages ; Prix : 37 euros.

Réactions

alain joubaire | habitant | 75 | 01-03-2017 à 07:55:00

Les Olympiades sont plébiscitées par ceux qui y vivent. Ce témoin des années 70 mérite d'être reconnu à sa juste valeur. La rénovation de la dalle de 24000m² (hors emprise des bâtiments) au coeur de la "Zone Tourtstique Internationale" des Olympiades est un fort potentiel, jusqu'alors négligé.

Pourquoi pas une dalle verte au même titre que les voies vertes promues par le ministère de l'écologie.et une rénovation générale soutenue par le Ministère de la culture?

alain joubaire | habitant | 75 | 01-03-2017 à 07:54:00

Les Olympiades sont plébiscitées par ceux qui y vivent. Ce témoin des années 70 mérite d'être reconnu à sa juste valeur. La rénovation de la dalle de 24000m² (hors emprise des bâtiments) au coeur de la "Zone Tourtstique Internationale" des Olympiades est un fort potentiel, jusqu'alors négligé.

Pourquoi pas une dalle verte au même titre que les voies vertes promues par le ministère de l'écologie.et une rénovation générale soutenue par le Ministère de la culture?

Lamberto Deho | architecte | Venise | 01-03-2012 à 13:02:00

Parfait,
ressort exactement le caracther de mon ami Michel

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Métra+Associés

La livraison du collège et de la crèche rue des Pyrénées et des maraîchers dans le 20ème arrondissement de Paris  achève le grand projet mixte de remodelage urbain regroupant un centre-bus de la...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Atelier(s) Alfonso Femia

Atelier(s) Alfonso Femia est la nouvelle dénomination de l’agence 5+1AA depuis 2017.  Les Atelier(s) Alfonso Femia développent des projets participant à la transformation des villes méditerranéennes et...[Lire la suite]

Une villa possède une relation unique, poétique avec son parc ; un dialogue fait de références visuelles et de perceptions, de relations collectives et «intimes». Notre proposition veut créer un moment de réflexion afin de permettre à la Villa Bo


Album-photos |L'année 2018 d'Atelier(s) Alfonso Femia

Atelier(s) Alfonso Femia est la nouvelle dénomination de l’agence 5+1AA depuis 2017.  Les Atelier(s) Alfonso Femia développent des projets participant à la transformation des villes méditerranéennes et...[Lire la suite]

Une villa possède une relation unique, poétique avec son parc ; un dialogue fait de références visuelles et de perceptions, de relations collectives et «intimes». Notre proposition veut créer un moment de réflexion afin de permettre à la Villa Bo

Album-photos |L'année 2018 de Jacques Ferrier Architecture

En 2018, l’agence Jacques Ferrier Architecture a livré le projet Aqualagon, plus grand centre aquatique d’Europe situé à Marne-la-Vallée, ainsi que la réhabilitation des arènes de Lunel, dans...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Atelier du Pont

En 2018, Atelier du Pont a gagné des concours et suivi de nombreux chantiers, à Paris, à Tours mais aussi à Londres ou à Minorque. L’agence a voyagé. A Mayotte pour un concours et aux Pays-Bas, avec...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Engasser & associés

Encore une année à 100 à l’heure pour l’agence Engasser & associés !  2018 aura été intense, rythmée par une douzaine de concours, de belles réussites, un certain nombre de...[Lire la suite]